mercredi 16 avril 2014

L'hiver au coeur de Dalila Bellil





Éditeur : Editions Erick Bonnier - Nb de pages : 123
Série : / 
Catégorie : Contemporain - Drame





Enseignante et chargée de production comme de communication, originaire de Kabylie, et ayant vécu en France, elle s’attache à décrypter avec beaucoup de douceur les tragédies de nos sociétés déchirées.



Comment sauver notre mère quand une maladie aliénante a volé toute vérité sur celle qu'elle fut? Que deviennent les rêves d'avenir quand cette mère ne se révèle plus à la hauteur de nos souvenirs d'enfant?





Découvert sur le blog de C'éra, ce livre m'avait intrigué. Au décours d'un échange (swap) elle me l'a envoyé, afin que je puisse m'en faire ma propre idée. 


Lors du décès de sa mère, après une longue maladie, une femme fait son deuil, et à travers lui le bilan de leur relation.


Le sujet est difficile, et il serait facile de tomber dans le pathos, dans les larmes à outrance, dans une litanie de souffrance. Fort heureusement, l'auteure nous évite cet écueil, même si elle en met un autre en exergue. Pas de pleurs, ici. Un texte émouvant sur la mémoire d'une femme depuis longtemps partie, et sur les souvenirs cruels des instants passés avec un sosie de cette disparue au caractère si dur, si noir que tous l'ont fui, ou la craignent. De désespoir en désillusion, la cruauté de la vie des familles de personnes atteintes d'Alzheimer est montrée dans un roman aux allures de drame. 
"Et toi, maman, as-tu continué à aimer du fond de l'oubli ou les sentiments sont-ils morts avec la maladie? Que restait-il de vivant en toi? Est-on encore vivant quand on n'est plus capable d'aimer?" (p25)
Une fille qui écrit à sa mère. Voilà ce que ce roman traduit. Une lettre déchirante, un cri, long et parfois colérique, où se mêlent reproches et amour, tendresse et violence. Des mots simples, des mots puissants, par contre parfois un peu naïfs et maladroits.

À travers cet écrit, c'est l'histoire d'une famille que nous apercevons. Avec ces hauts et ses bas. Surtout ces bas. Car en ce jour de deuil, Victoire, la fille, ne parvient pas à voir les jours heureux. Elle focalise sur tout le mal, la douleur, les affres de ses proches. Et nous entrevoyons dans cette spirale vers les tréfonds de sa mémoire, tous les moments difficiles passés avec cette mère dépressive puis absente psychiquement.

C'est là mon regret le plus probant, outre les maladresses d'écriture, cette noirceur ambiante, ce cri vengeur. Cette mère est accablée. Certes, ce qui est narré n'en donne pas une idée très enchanteresse, mais ce texte est un peu à charge. La mort est là, et le pardon, lui, ne semble pas faire partie des mots que Victoire adresse à sa mère. Elle lui envoie tous les maux vécus, tous les remords, les chagrins. Elle l'accable.

Je ne suis pas particulièrement portée sur le pardon divin, mais j'avoue qu'en un tel jour, j'aurais aimé lire un peu plus de tendresse, d'amour. Alors, certes, Victoire a sacrifié une partie de sa jeunesse pour cette mère, mais, pourquoi le lui reprocher au jour de sa mort ? Ce n'est pas son choix, elle n'a plus de choix et c'est bien clair. Peut-on réclamer à un être inconscient des faits de notre propre volonté ?


Les personnages sont dépeints au travers des souvenirs de Victoire et chacun devient, un court instant, le principal protagoniste d'une anecdote, toujours en lien avec cette mère malade, ou auparavant, castratrice. Les sentiments de Victoire, en ce jour, donnent donc une vision faussée des autres, un brin trop noire. Mal gré tout, on ressent de l'amour pour se père un peu trop passif, pour ce frère déserteur d'une famille décomposée par la souffrance, pour cette sœur trop âgée pour avoir pu jouer avec elle...


Tout le texte alterne entre présent et passé. Les lieux sont peu décrits.


Les mots pour : Alzheimer bien décrite, style fluide

Les mots contre : Colère et manque de pardon

Notation : 14/20



Le début m'a surprise et conquise, mais bien vite, la colère et les remontrances de l’héroïne, la narratrice, m'ont épuisé. Fort heureusement, le livre est court, et le style fluide, simple et efficace.

mardi 15 avril 2014

Histoire de la Terre du Milieu, tome 1 : Le Livre des contes perdus de J.R.R. Tolkien



Éditeur :... - Nb de pages : ...
Série : / 
Catégorie : ...



Ayant posté plusieurs articles sur cet extraordinaire auteur, je vous invite à les consulter ici, ou  (pour une version plus axée vers le SDA)




Voici l'histoire des Temps rêvés par le Premier Être avant le commencement des Âges, des Temps créés par le Premier Etre à partir de l'Éveil des Dieux et des 37 000 années qui s'ensuivirent. Un voyageur venu d'Orient navigua jusqu'à l'Ile Solitaire où les Elfes lui contèrent ces contes ; la tradition s'est maintenue jusqu'à nos jours. Comment les Valar chantèrent le monde ; comment s'éveillèrent les Nains, puis les Elfes, puis les Hommes ; comment furent allumés les Lampes, les deux Arbres, les trois Silmarils et finalement le Soleil et la Lune, lumière des Trois Âges ; comment le traître cosmique, Melke — dit Melkor, dit Morgoth —, se rebella, et les liens qui l'enchaînèrent ; comment Valinor fut construit par l'action des Valar, puis assombri ; comment s'enfuirent les Noldoli, qu'on appela depuis les Noldor ; toutes ces histoires, et beaucoup d'autres, ont été couchées sur le manuscrit. 

Ouvrez-le avec précaution ; soufflez toute la poussière amassée sur les pages ; mettez votre jeune doigt sur ces vieilles lettres et lisez.


Ce livre fait partie de l'histoire de la Terre du milieu, avec trois autres :

 Histoire de la Terre du Milieu, tome 1 : Le Livre des contes perdus (en deux parties en poche)
 Histoire de la Terre du Milieu, tome 2 : Les lais du Beleriand 
 Histoire de la Terre du Milieu, tome 3 : La Formation de la Terre du Milieu
 Histoire de la Terre du Milieu, tome 4 : La Route Perdue


Il n'existe, à ce jour, aucune adaptation de la Terre du Milieu.




Il s'agit ici d'une relecture. J'ai lu ces contes perdus il y a quelques années (vers 1996-97), bien après avoir lu le Silmarillion, et à l'occasion du challenge ABC, je cherchais un auteur en T. Le choix s'est rapidement imposé... cet auteur reste mon mentor, et chacun de ses mots, de ses phrases, m'emporte dans son univers.


L'histoire de l'histoire... ou, comment l'auteur de la Terre du Milieu a conçu son texte. Comment il a, peu à peu, construit Arda, la planète, puis l'a peuplé.

Les « contes perdus » sont des bribes, des morceaux écrits entre 1915 et 1925 dans ces carnets et regroupés par le fils de JRR Tolkien : Christopher.

Il est à noter que ce livre a été traduit par le petit fils de l'auteur et le fils de Christopher, Adam Tolkien.



Partie 1 - mars 2013

Ici encore, avec la construction d'Arda, avec la naissance des Elfes, avec les oppositions de Melkor et des autres Ainur, avec... avec tous ces passages que l'auteur a écrit sur ce monde que l'on découvre complexe et complet. Ces textes pourraient sembler disparates, mais le travail de Christopher Tolkien, qui les a réunis pour nous, qui nous les offre dans un ensemble cohérent, m'a permis de replonger dans la légende, de ressentir, encore une fois, ces mots comme une évidence.

Le livre peut se lire de trois façons :
  • Soit en ne lisant que les textes JRR Tolkien, ce que je conseille aux néophytes, bien qu'à mon avis, il faille lire le Silmarillion avant et se détacher des différences.
  • Soit en s'arrêtant sur les explications de Christopher qui magnifient les textes et en donnent une traduction, une orientation, une précision. C'est un mode de lecture que je préconise, surtout si vous avez en tête le Silmarillion et voulez comprendre les principales différences. Elles sont nombreuses, et parfois déroutantes. Ces contes sont antérieurs, ils détiennent la base de l'histoire, la base du monde, déjà les fondements des langages elfiques, et sont donc à lire comme des amorces, des nouvelles, des préquelles. Les explications venant titiller notre vision de l'œuvre, apportant des renseignements majeurs pour bien saisir les orientations suivies par Tolkien, ses remaniements. C'est impressionnant de voir à quel point il a su gérer son œuvre, et surtout qu'elle était inscrite en lui dés son jeune âge. 
  • Soit enfin, en ouvrant en même temps le Silmarillion et puisant les références, comparant les textes, comme le suggère Christopher Tolkien. C'est cette dernière que j'ai choisie, puisque j'avais déjà lu les textes et poèmes de ce livre ! J'ai rapidement ressenti le besoin de retrouver les textes de l'auteur dans leur version définitive, pour voir le travail accompli, l'évolution, et j'avoue que je reste hébétée par la quantité, les heures que l'auteur à du passer sur son œuvre ! On a parlé d'œuvre d'une vie, je l'ai toujours cru ! C'est ici une évidence, puisque ces premiers textes ont été écrits vers 1915-16... pour être abandonnés. Pourtant, le Silmarillion en est une extension, une version remaniée, modifiée, améliorée dont il travaillait encore à la correction au moment de sa mort. L'ensemble étant global, complet, parfait, bien que l'auteur en doute lui-même.
Mais, pour revenir à ce texte, à cette création de la Terre du Milieu, j'ai pu redécouvrir le chant des Ainurs (La Musique des Ainur), qui reste un passage touchant et fort de symbolique, racontant la création du monde par Ilúvatar et les Ainur. Ce texte est devenu l'Ainulindalë dans le Silmarillion. Les différentes versions proposées sont intéressantes dans leurs infimes variations, et apportent la certitude d'une création unique, remaniée pour tendre vers la perfection, en se basant sur des valeurs profondément ancrées, tel que le respect, la bienséance, l'acceptation des autres... et déjà ce mal, récurent tout au long de l'histoire, que l'on comprend peu à peu, que l'on finit par accepter.
« Maintenant il se trouva en un temps qu'un voyageur venu de pays lointains, un homme d'une grande curiosité, fut par le désir de pays étranges et d'us et de demeures de peuples inhabituels mené par bateau tant loin à l'ouest que l’île Solitaire elle-même, Tol Eressëa dans le langage des fées, mais que les Gnones nomment Dor Faidwen, le pays de la libération, et un grand conte s'y rapporte. »(P21 - tome 1)

Dans ce livre, les contes sont narrés par différents protagonistes et c'est à travers Eriol, un marin venu d'orient, que nous les entendons. Cet artifice voulant que l'histoire soit racontée à un héros s'est perdu par la suite, les textes s'imposant d'eux-mêmes. Comme s'est perdu le lien entre le monde Elfique et l'Angleterre, alors que dans les contes, quelques références géographiques apparaissent, elles n'ont plus court dans le Silmarillion.

Je n'ai pas de passage préféré dans ce livre. Je n'ai pas non plus de personnage favori, j'ai juste aimé cette lecture pour tout l'apport sur l'œuvre globale. Je reste toutefois convaincue que ce livre ne s'adresse pas à tous les lecteurs, mais uniquement à ceux qui ont su trouver dans le Silmarillion une aura de vérité. Ici, nous sommes dans l'essai, dans l'explicatif, pas dans le rêve, ni dans l'aventure... bien qu'en ne lisant que les textes, on puisse plonger dans l'univers dUlmo... voguer sir le bateau-monde, aimer sous les arbres majestueux de Valinor...
parties 2 - avril 2014

"Voici des récits dont certains comptent parmi les plus anciens des Jours Anciens. Tolkien venait de participer à la bataille de la Somme, il était ébranlé, malade, quand il composa "La Chute de Gondolin", où Morgoth, le Sombre Seigneur, trouve le chemin du royaume caché et se présente avec toute son armée devant la cité forte; de là un carnage auquel n'échappèrent que quelques elfes en s'enfuyant avec Earendel, petit-fils du roi. 

On échappe mal à l'impression que le royaume caché, c'est l'Angleterre - protégée par son Channel - et que l'invasion de Morgoth exprime l'angoisse de l'auteur devant les hordes acérées des Teutons.

Cependant le ton ignore la peur; il est tout de grandeur héroïque, de même que le "Conte de Beren et de Tinuviel" (qui prendra le nom de Luthien) respire l'élégie et même l'érotisme - un registre peu fréquent chez Tolkien."


Si je cite ce résumé de deuxième partie, c'est qu'il explique divinement l'état de pensé de l'auteur, expliqué à son tour par Christopher Tolkien dans le livre. De surcroît, il présente les deux grandes histoires de ces contes perdus : la chute de Gondolin, qui suit dans le roman la belle histoire d'amour de Beren et Tinuviel (Luthien dans le Silmarillion). J'avoue ma préférence pour la première, pleine de magie, de charmes et de charme aussi, et qui met en exergue les pouvoirs elfiques.

J'ai retrouvé avec un incroyable plaisir cette plume, douce et enjôleuse, spécifique de cet auteur tant apprécié. Ces mots qui m'emportent à chaque fois, me laissant la sensation qu'aucun autre auteur ne pourra l'égaler, m'épater et me donner ces frissons. Ici, pourtant, le style est moins travaillé, puisque ces textes sont des ébauches, des essais que Tolkien a repris, réécrits, retouchés pour créer le magnifique Silmarillion. Et déjà, pourtant, la plume est là. L'émotion. 

Les parties explicatives sont tout aussi prenantes, avec les détails apportés sur les textes, les différences notables, les petites retouches, et surtout les nombreuses versions. J'aime beaucoup cette présentation en deux tons, les textes de JRR Tolkien, la narration en caractère assez lisibles et ceux de son fils, les explications, en tout petit, laissant au lecteur le choix de les parcourir. J'ai, pour ma part, lu ces petites parties, ce qui m'a apporté une richesse incroyable sur le contenu, et de nombreux éclaircissements sur le fond, et la façon d'opérer de l'auteur.  
"Pratiquement toute la description des combats dans Gondlin existe uniquement dans le conte de La Chute de Gondolin : l'histoire entière se trouve résumée en quelques lignes dans Le Silmarillion." (281 - partie 2)
De plus, comme le mentionne cet extrait, certains textes ont non seulement été modifié mais aussi écourté dans le roman final, et n'existent en version intégrale que dans ces contes perdus. Or, même si j'ai lu   Le Silmarillion, je ne pourrais le "réciter" et ce ne sont donc que les notes explicatives de ce livre qui m'ont permises de me souvenir des textes présent dans l'autre roman.

J'en terminerai avec cette courte présentation en parlant un peu de Beren et Tuniviel. Ce conte est l'une des seules histoire d'amour de l'oeuvre complète surement parce qu'elle est inspirée par l'amour que portait l'auteur à sa propre femme. Elle apparaît dans le SDA sous la forme d'un chant : "Le Lay de Leithian" (publié dans les Lai de Beleriand). Je vous laisse découvrir un essai sur ce texte superbe : Beren et Luthien


Les mots pour : explications, légende, magie, amour

Les mots contre : /

Notation : 16/20


Le superbe travail d'un auteur ! Les textes à leur origine, avant d'êtres retouchés, repris pour intégrer le Silmarillion. Très beau travail de Christopher Tolkien qui nous offre ici des textes bruts, l'origine de l'histoire, les bases... et toujours le talent de conteur de Tolkien. Superbe, ce livre est plus un essai qu'un recueil de contes.

La Complainte d'Irwam

ou Un extrait ! sur le site Atine Nenaud
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