lundi 28 juillet 2014

Papa et maman sont dans un bateau de Marie-Aude Murail




Éditeur : Médium — Nb de pages : 294
Série : / 
Catégorie : Jeunesse — Contemporain



Marie-Aude Murail est née en 1954.

Publiant depuis 25 années, elle compte plus de 90 dix titres à son actif : contes, feuilletons, nouvelles, essais, récits et romans d'amour, d'aventures, policiers, fantastiques... Ses livres ont reçu des dizaines de prix, sont étudiés en classe et empruntés dans toutes les bibliothèques. 

Son site


Pauvres Doinel ! Ils s'aiment, mais n'ont pas le temps de se le dire. Ils ont chacun leurs angoisses, leurs soucis mais les gardent pour eux. 

Marc Doinel, le père aux allures de cow-boy, n'a toujours pas parlé du rachat de sa boîte par des Hollandais décidés à restructurer au lance-flammes. Nadine, la mère débordée, n'évoque jamais la lassitude qui l'accable devant les « fiches de suivi d'acquisition des compétences » de ses élèves de maternelle. Charlie, la fille aînée, se demande bien pourquoi elle est amoureuse de Kikichi, un héros de manga bisexuel, plutôt que d'un garçon de sa classe. Le petit Esteban, lui, ne se plaint jamais, au point de se laisser maltraiter sans broncher par les grands de l'école.

Pauvres Doinel ! S'ils savaient qu'ils partagent un rêve secret... En feuilletant un magazine, chacun d'entre eux est tombé en arrêt devant la même photo. Celle d'une yourte mongole plantée dans une clairière bretonne.




J'ai entendu beaucoup de bien de cette auteure, sur différents blogs, et au hasard de mes pérégrinations, j'ai trouvé ce roman, que je n'ai pas hésité à acquérir.

Il entre dans mon ABC 2014. 


Tout est dit, ou presque dans le résumé. C'est d'ailleurs assez frustrant, ces résumés.... ah, oui, je l'ai déjà dit.


Le style de Marie-Aude Murail est d'une simplicité exemplaire, étant destiné à un jeune lectorat. Du coup, lorsqu'un mot est un peu plus recherché, il est expliqué dans une petite note de bas de page. Cette simplicité du texte, a fait que j'ai lu ce roman de 294 pages en une après-midi. Ne vous y trompez pas, le style ne gâche pas l'histoire. Car, cette grande simplicité des mots, des phrases, n’empêche pas l'auteur d'aborder des sujets difficiles.

Chacun des quatre personnages principaux devient au détour d'un chapitre, le héros. Celui par lequel l'auteur nous narre l'histoire. Ce mode de narration, grandement utilisé, permet une vision assez générale de la situation, même si ce sont quatre histoires qui nous sont, au final, racontées, puisque cette famille est rarement réunie dans les parties narrées. Ce sont des passages tus, volontairement par l'auteure qui se consacre aux actes, aux événements, et peu à la vie calme et posée de l'intimité.

Les descriptions sont assez rares, finalement, si ce n'est les quelques digressions sur les mangas, avec des histoires rocambolesques racontées assez ironiquement. À moins que ce ne soit moi qui aie ajouté ce brin de sarcasme en lisant ces paragraphes. En tous les cas, ces morceaux étaient assez drôles, de par ce qu'ils narraient, et le ton employé.

C'est une des notions globales du livre, j'ai eu la sensation que l'auteur traitait le tout avec un petit décalage humoristique. Peut-être parce que j'ai regardé tout cela avec le sourire, que certaines scènes m'ont paru comiques, alors que le fond parfois ne l'était pas, puisque des sujets graves sont abordés. J'ai trouvé que l'ensemble, très cohérent, reflétait réellement la vie des gens. Tout est très probable, crédible, sans surdosage, sans masquer les difficultés de la vie. Ainsi, la maladie d'un enfant entraînant les absences répétées de sa mère, côtoie la douce folie d'un schizophrène stabilisé par un rituel journalier.

Non, vous lisez bien, je n'ai pas changé de livre. Je vous pare réellement d'un roman jeunesse. Et c'est là une belle chose, car des thèmes profonds sont abordés, et surtout bien traités. Solitude, séparation, alcool, drogue, chômage. Les heurts de la vie, sa violence, et puis, derrière tout cela les rêves, l'amour.

Alors, bien sûr, la situation s'enjolive rapidement, avec un petit rien de manichéisme. Mais cela reste très agréable.


Je n'ai pas de préférence pour l'un ou l'autre des quatre personnages principaux qui sont assez charismatiques, sans caricature. Par contre, j'ai beaucoup apprécié les secondaires, détaillés malgré le peu de pages du livre. On sait pas mal de petites choses sur chacun d'eux.


Peu d'informations sur les lieux où se déroulent l'histoire, cela pourrait être « importe où, en province.

Le temps, lui non plus n'est guère précisé, mis à part quelques données par-ci par-là. On sait que l'ensemble se déroule sur une année scolaire. Une révolution, un cycle, un changement.


Les mots pour : Style fort simple, intrigue bien menée

Les mots contre : rien de précis.

Notation : 17/20



Très belle découverte pour ce roman estampillé jeunesse mais qui traite des sujets profonds et pas si jeunesse que ça avec talent. Humour, amour, un brin de réflexion... à lire.

samedi 26 juillet 2014

Les Enquêtes de Nicolas Le Floch de Jean-François Parot [série]



Éditeur : 10/18 — Nb de pages : (tome 1) 384
Série : Les Enquêtes de Nicolas Le Floch 
Catégorie : Policier Historique



Jean-François Parot est né en 1946 à Paris

Diplomate et écrivain français de roman policier, il est titulaire d'une maîtrise en histoire et spécialiste du Paris du XVIIIe siècle.

Le site officiel de l'auteur et de la série



1761. Nicolas Le Floch quitte sa Bretagne natale pour se mettre au service de M. de Sartine, chef des affaires secrètes de Louis XV. Nicolas prend vite du galon. Le voilà plongé dans une ténébreuse affaire. Meurtres, vols, corruption : secondé par l'inspecteur Bourdeau, il dénouera peu à peu les fils de cette enquête, qui touche de près le roi et la Pompadour...



La série comporte, à ce jour, onze livres.

L'Énigme des Blancs-Manteaux [lu]
L'Homme au Ventre de Plomb
Le Fantôme de la Rue Royale
L'Affaire Nicolas Le Floch
Le Crime de l'Hôtel Saint-Florentin
Le Sang des farines
Le Cadavre Anglais
Le noyé du grand canal
L'honneur de Sartine
L'enquête russe
L'année du volcan



Ces livres ont été adaptés en une série Télévisée, Nicolas Le Floch, diffusée depuis 2008 sur France 2.





Comme souvent, j'ai découvert ce livre sur des blogs... je n'ai pas hésité à l'intégrer à ma longue Pal, au vu des commentaires postés. Cette année, de surcroît, je l'ai mis dans mon challenge ABC.


Un jeune clerc, connaissant donc le droit, se retrouve embrigadé par M. de Sartine, responsable des polices de Paris... Pour lui, il espionne, sans en avoir l'air et surtout sans vraiment en prendre conscience, un homme, commissaire de police, jusqu'au jour où ce dernier disparaît. Nicolas se voit propulsé inspecteur et va démêler les fils de cette étrange affaire.


D'un style travaillé avec de nombreux mots venus du siècle traité dans l'intrigue, ce livre est pourtant d'une lecture facile. Les mots coulent, les phrases de longueurs modérées s’enchaînent rapidement, et les paragraphes courts, entrecoupés de dialogues, donnent un rythme de lecture soutenu. Bref, une lecture vraiment facilitée, même si les mots d'un autre temps viennent perturber par instant le flux. Fort heureusement, ils sont estampillés de notes explicatives sises en fin de roman. Ces approfondissements, tant sur le langage que sur des faits historiques réels, complètent le livre sans l'alourdir.

Je voudrais pointer plus précisément les dialogues, affinés et d'un style recherché, donnant un ton parfait à l'ensemble. On sent l'expert en histoire, mais aussi le talent, puisque ces dialogues sont les seules incartades de ce langage à présent désuet, et que le reste du roman est contemporain.
« Monsieur, dit Nicolas, je vous prierai de ne pas m'insulter. Il pourrait vous en cuire de diverses manières. Je ne sortirai pas et vous m'écouterez. » (81)
L'auteur focalise son histoire sur le jeune héros Nicolas De Floch, à part quelques rares scènes, comme le prologue. Du coup, une partie des informations nous arrive en même temps qu'au héros et je me suis amusée à jouer avec quelques morceaux d'écrits que celui-ci trouve (chut). J’avais donc trouvé l'astuce avant que l'auteur, magnanime, ne la dévoile. Toutefois, ce mode de construction est amusant, et laisse des zones d'ombre sur l'intrigue, pour mon plus grand plaisir.

Les descriptions, nombreuses et variées, agrémentent le livre qui serait bien maigre sans elles. L'auteur nous montre Paris, la Bretagne, et surtout les modes, les us, et la cuisine de ces temps ! Véritable recueil culinaire, ce roman présente au fil des pages de nombreuses recettes d'antan, avec moult détails au point qu'il serait aisé de les concocter. N'étant pas particulièrement portée sur la cuisine, j'ai lu ces recettes en souriant. Du coup, j'ai compris une des raisons d'adoration de mon amie Unchoco... Il parle aussi de vins, ce qui m'a bien plu.

Enfin, Jean-François Parot parle d'Histoire. La Grande Histoire, mêlée aux petites histoires des grands hommes, ces anecdotes croustillantes, mais aussi la façon de vivre du Roi. J'y ai appris, par exemple, que les postes de commissaire s'achetaient, comme les études de notaire, actuellement.


Très charismatiques, les personnages, finalement assez nombreux, m'ont bien plu.

Les « méchants » de l'histoire sont très modernes par leurs mœurs, à moins que ce ne soit les nôtres qui, se croyant modernes, s'en trouvent affreusement désuets. Les femmes et les hommes sont mis à égalité, ce qui ne peut que me satisfaire, bien que l'on ressente le poids des traditions et la plus grande liberté des hommes de cette époque.

Quant à Nicolas, j'ai beaucoup aimé le caractère que lui donne l'auteur, avec ses questionnements, ses doutes, sa réserve et pourtant cette grande audace dont il fait parfois preuve. J'aurais plaisir à le retrouver.


Les temps sont évoqués avec justesse, on est en 1771, en janvier et février, au temps du carnaval qui soutient l'histoire et entre dans l'intrigue.

Les lieux, comme dit plus haut, sont décrits avec finesse. J'ai trouvé assez macabres certaines descriptions, comme le Grand Equarissage. Brr..


Les mots pour : Style, Histoire, intrigue, personnages

Les mots contre : quelques petites longueurs.

Notation : 17/20



Très belle lecture, qui m'a emporté dans ce siècle méconnu... L'intrigue est bien menée et les apports historiques savoureux. Quelques petites longueurs, toutefois. Je découvrirai la suite des aventures de Nicolas avec plaisir.