mardi 3 mars 2015

Sombre dimanche de Alice Zeniter




Éditeur : Livre de poche – Nb de pages : 264
Série : / 
Catégorie : Drame Historique




Alice Zeniter est née en 1986.

Normalienne, Alice Zeniter est une romancière, et dramaturge française, chargée d’enseignement à l’université Sorbonne Nouvelle. Elle a également enseigné le français en Hongrie, où elle a vécu plusieurs années. Elle a publié son premier roman, Deux moins un égal zéro (Éditions du Petit Véhicule), à 16 ans.



Les Mandy habitent de génération en génération la même maison en bois posée au bord des rails près de la gare Nyugati à Budapest. Le jeune Imre grandit dans un univers mélancolique de non-dits et de secrets où Staline est toujours tenu pour responsable des malheurs de la famille. Même après l’effondrement de l’URSS, qui fait entrer dans la vie d’Imre les sex-shops, une jeune Allemande et une certaine idée de l’Ouest et d’un bonheur qui n’est pas pour lui. Roman à la poétique singulière, tout en dégradés de lumière et de nostalgie, Sombre dimanche confirme le talent d’Alice Zeniter, révélée par Jusque dans nos bras.




Ce livre fait partie de la sélection de mars 2015 du Prix des lecteurs du livre de poche

Il entre dans mon ABC 2015, lettre Z


L’histoire d’une famille et, à travers elle, d’un pays.


Je ne connaissais pas le livre et la quatrième de couverture ne m’attirait pas particulièrement. C’est donc typiquement le genre de roman que je n’aurais pas acheté. C’est donc bien une chance de participer à Prix du Livre de poche, car je découvre des bouquins fascinant, même si celui-ci n’est pas un coup de cœur, contrairement au dernier : Le quatrième mur de Sorj Chalandon

Ici aussi, c’est un pays torturé que j’ai rencontré. Si la guerre n’est qu’un souvenir, douloureux, présent dans les âmes, elle reste un fil tendu dans le roman, avec plusieurs périodes dures évoquées au travers des différents parents du jeune héros.

Imre qui porte le nom de tous les hommes de la famille, sauf son père, est le personnage principal autour duquel tourne toute l’intrigue. Sa vie nous est contée depuis son enfance jusqu’au jour où il comprend que pêcher dans un petit lac tranquille est la meilleure chose à faire, un peu comme Candide et son jardin...

L’auteure se sert de son histoire, banale au demeurant, pour retracer celle d’un pays : La Hongrie et de toutes les influences et changement politiques qui sont survenus au cours des ans. Alice Zeniter remonte bien avant la naissance d’Imre, puisqu’elle reprend aussi la vie de son grand-père, et donc de la Seconde Guerre mondiale, avec les Allemands. Ce sont donc plus de cinquante années que nous suivons, pas à pas, par à coup, par petites touches, par des bribes de souvenirs.

La plume est efficace, simple et douce, alors qu’elle aborde des sujets parfois très difficiles. Toutefois, cette belle plume n’a pas réussi à m’emporter complètement, et c’est surtout le rythme très lent, l’accumulation de souvenirs sans actes vifs, sans scènes un peu plus marquées qui m’a manqué. Le ton général est souffreteux, presque déprimant, comme l’ambiance de la maison, de la famille. C’est bien rendu, puisque c’est certainement ce que voulait faire ressentir l’auteur, sauf que j’aurais aimé un peu plus de brio, d’éclat par moment, pour sortir de cette morosité, et la rendre encore plus probante.

L’histoire en elle-même n’a que peu d’intérêt, et je ne retiens donc que la partie Historique, avec la découverte de ce pays peu connu.



Imre est attachant dans sa quête d’un monde meilleur, typiquement influencé par les images télévisées très américaines. Sa recherche d’autonomie, de liberté ne le poussera pourtant pas à partir. C’est un personnage bien construit, mais je lui ai préféré Pal, son père.

Mal-aimé pour des raisons que je vous laisse découvrir, orphelin de mère trop tôt, comme son fils, d’ailleurs, il est exactement à l’image de sa maison, et on a envie de le secouer. Joli personnage tout en douceur et délicatesse.

J’ai beaucoup moins apprécié la façon d’aborder Agi et Kerstin, que j’ai trouvé très fades.

Enfin, le grand-père est une réussite ! On passe par plusieurs sentiments à son égard, au fil de la lecture.


Des années trente aux années 2000, en Hongrie, dans une capitale déboussolée. Les descriptions sont simplement belles avec des tonalités grises, sauf lorsque Kerstin apparaît avec son sourire qui rend tout si brillant.


Les mots pour : Style, personnages, Histoire

Les mots contre : rythme, manque de souffle

Notation :

Style (sur 5) 4 Intrigue (/4) 2 Personnages principaux (/3) 2
Style 2 Crédibilité 1 Personnages secondaires (/1) 0,5
Narration 1 Action 0
Description 1 Violence/tendresse 1 Temps et espace (/2) 1,5
Sensation générale (/3) 1,5 Rythme général (/2) 1 Total (/20) 12,5



Bien que la plume soit agréable, je ne me suis jamais sentie entraînée par l’histoire. Pourtant l’Histoire de ce pays, retracée au travers des personnage de cette famille, était intéressante, au départ.

jeudi 26 février 2015

Le Cercle de Farthing de Jo Walton


Éditeur : Denoël

Ce livre m’a été offert par les éditions Denoël dans le cadre d’un partenariat avec ce blog


Nb de pages : 335
Série : Oui*  - Catégorie : SF - Policier





Jo Walton est née en 1964 au Pays de Galles.

C'est une romancière britannique de science-fiction et de fantasy.

Son site

Huit ans après que « la paix dans l’honneur » a été signée entre l’Angleterre et l’Allemagne, les membres du groupe de Farthing, à l’origine de l’éviction de Churchill et du traité qui a suivi, fin 1941, se réunissent au domaine Eversley pour le week-end. Bien qu’elle se soit mariée avec un Juif, ce qui lui vaut d’habitude d’être tenue à l’écart, Lucy Kahn, née Eversley, fait partie des invités. Les festivités sont vite interrompues par le meurtre de Sir James Thirkie, le principal artisan de la paix avec Adolf Hitler. Sur son cadavre a été laissée en évidence l’étoile jaune de David Kahn. Un meurtre a eu lieu à Farthing et un coupable tout désigné se trouvait sur les lieux du crime. Convaincue de l’innocence de son mari, Lucy trouvera dans le policier chargé de l’enquête, Peter Antony Carmichael, un allié. Mais pourront-ils ensemble infléchir la trajectoire d’un Empire britannique près de verser dans la folie et la haine ?



* Ce livre est le premier d’une trilogie, non traduite en France pour l’instant.




Ce livre m’a été offert par les éditions Denoël dans le cadre d’un partenariat avec ce blog. 

Il entre dans mon ABC 2015, lettre W


Tout est dit, ou presque dans le résumé.


La narration en deux temps de ce roman lu donne un rythme un peu en dent de scie, qui m’a tenu éloigné de l’intrigue durant le premier quart. Puis, peu à peu, le style aidant, je suis rentrée dans l’histoire, et j’ai grandement apprécié, même sur la fin, cette alternance.

D’autant que la chronologie est respectée et peu ou prou, chacun raconte ce qui se passe dans le même laps de temps, avec une partie au début plus orientée sur le passé, permettant de cadrer l’intrigue.

L’auteur joue vraiment sur deux types narratifs, avec une histoire vue depuis l’épaule du policier, et l’autre racontée par Lucy Kahn. Ces deux modes roulent, coulent, et Jo Walton a poussé l’expertise jusqu’à rendre crédible la partie interne. Les souvenirs de la Miss mêlent d’adorables enchâssements sur tout et rien, comme une véritable pensée, alors que les chapitres du policier sont plus cartésiens, axés sur l’intrigue, avec des doutes, des avancées, des reculs... Enfin, chaque partie a son style propre, notamment au niveau des dialogues que l’on sent plus soutenus chez Lucy.

L’uchronie utilisée - la guerre a cessé entre l’Angleterre et l’Allemagne nazie, suite à un traité, mais perdure dans le reste de l’Europe - est abordée avec souplesse, et les éléments arrivent au fil de l’intrigue, donnant une trame de fond intéressante, mais pas pesante. On sent que l’auteur a bien construit son concept, tout en se laissant de la marge de manœuvre pour les livres suivants. Quelques faits Historiques sont rapportés sans modification, ce qui donne encore plus de crédit à cette prise de partie de l’auteur. J’avoue que je ne suis pas très adepte des uchronies, de façon générale, mais celle-ci est assez convaincante. Bon, certes, imaginer l’Angleterre signer un traité et abandonner le reste de l’Europe fait un peu froid dans le dos...

L’intrigue policière, quant à elle, est amenée avec ce flegme anglais si agréable. Tout en douceur et tasse de thé, avec les piques bien senties des majordomes et autres servantes, des lords et ladys face au peuple. L’étude de société est amusante, et les réactions de certains personnages m’ont fait sourire, tant elles correspondaient à l’image que l’on se fait de ces gens, à cette époque.

Les indices orientent, bien sûr, vers un coupable idéal... et le pauvre inspecteur va devoir se dépêtrer de toutes ces fausses pistes semées à son intention. Mais je vous laisse découvrir tout cela.

Les descriptions sont assez riches sans devenir pompeuses, mais par moment, j’ai eu un peu de mal à me situer en 1949, tant le personnage de Lucy paraît moderne. C’est, je crois, ce que je regrette le plus. J’ai vraiment, par instant, ressenti le manque de temporalité et si le résumé et une ou deux précisions dans le livre ne situaient pas l’intrigue en 1949, aucun élément ne permettrait de le savoir.

Le rythme est fluctuant, avec un début un peu long et une baisse de régime vers le deuxième tiers, avec quelques longueurs. La fin a titillé ma curiosité, et je pense que je me laisserai tenter par la suite, lorsqu’elle sortira.

J’ai beaucoup aimé l’inspecteur Carmichaël, que j’espère retrouver dans la suite ? Flegmatique à souhait, intelligent, et « gardant l’esprit ouvert », son analyse fine de la situation est bien amenée par l’auteur. Sans oublier qu’il aime le thé de Chine, ce ne peut être qu’une personne charmante...

J’ai eu un peu plus de mal à me sentir proche de Lucy, au départ, que je trouvais un peu surfait, mais, au fil des pages, on la voit évoluer et elle prend vraiment de l’ascendant sur les autres personnages.



Comme évoqué, c’est une histoire qui se déroule en 1949, sur une petite semaine, avec des rappels historiques ou uchroniques.

Les lieux sont assez restreints : le manoir des parents de Lucy en grande majorité, avec des descriptions assez amusantes suivant de qui elles émanent.


Les mots pour :  alternance de narration et de style, personnages, intrigue, uchronie.

Les mots contre : manque de temporalité, rythme fluctuant.

Notation :

Style (sur 5) 4 Intrigue (/4) 3 Personnages principaux (/3) 2
Style 1,5 Crédibilité 1,5 Personnages secondaires (/1) 1
Narration 1,5 Action 0,5
Description 1 Violence/tendresse 1 Temps et espace (/2) 1,5
Sensation générale (/3) 2,5 Rythme général (/2) 1 Total (/20) 15



Une uchronie de la Seconde Guerre mondiale convaincante, croisée à une intrigue politico-policière intéressante. Un style accrocheur, une fois passé les premiers chapitres, et des thèmes très actuels. Un petit bémol sur le manque d’éléments relatifs aux années 50, laissant un doute sur la période traitée.