L'insoutenable légèreté de l'être de Milan Kundera

"On peut difficilement s'enivrer avec un roman ou un tableau, mais on peut s'enivrer avec la neuvième de Beethoven, avec la sonate pour deux pianos et percussion de Bartok, et avec une chanson des Beatles."
(P137)




L'auteur

Milan Kundera est né en 1929 en ex-Tchécoslovaquie.  Il a obtenu la nationalité française en 1981.

Il a grandi dans un milieu où l'art et la culture sont prépondérants (Son père était musicien).

Sa vie de pourrait se résumer en deux temps : l'auteur dissident en Tchécoslovaquie avec des critiques virulentes lors du printemps de Prague auquel il participe. Puis, une figure importante de la vie littéraire française et internationale.

L' Insoutenable légèreté de l'être', paru en 1984 traite de sa réflexion sur la parole, l'illusion et la condition humaine, ainsi que sur l'éternel retour nietzschéen. Cet ouvrage contient également sa définition du 'kitsch', devenue une référence :  Le kitsch, par essence, est la négation absolue de la merde ; au sens littéral comme au sens figuré : "le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l'existence humaine a d'essentiellement inacceptable". (P357)

Résumé officiel

Que faut-il choisir, légèreté ou pesanteur ? Cette dialectique entre deux attitudes antagonistes face à la vie est mise en fiction à travers l'histoire d'un couple : Tomas est un séducteur invétéré, Teresa, sa femme, ressent le poids du passé et de sa jalousie.

Le film

L'Insoutenable Légèreté de l'Être (The Unbearable Lightness of Being) a été réalisé par Philip Kaufman en 1988. Il met en scène Juliette Binoche et Daniel Day-Lewis.


L'histoire

J'avoue que j'avais peur de trouver dans ces pages une analyse de la guerre, des faits ayant touché ce pays envahie par un oppresseur Russe, et le début m'a surprise. La suite m'a emporté par moment et laissé de glace par d'autres. C'est donc un article mitigé que je vais vous livrer.

Ce livre est à la fois une histoire d'amour entre un couple de tchécoslovaques vivant à Prague lors des évènements de 1975, mais aussi une analyse des hommes (et des femmes), de l'amour, et de tout ce qui nous entraine dans un comportement, ou un autre. C'est doux, c'est puissant parfois, c'est troublant.

Milan Kundera nous narre la vie de Tomas et de Tereza. Tomas, que je qualifierai de libertin, est au début de livre un chirurgien renommé, qui va peu à peu descendre dans l'échelle sociale, (jusqu'à devenir tractoriste ) puisqu'il refusera de se soumettre aux lois des communiste et surtout de renier ses propres écrits.  Tereza, son épouse, sera tout à tour serveuse et photographe avant de terminer sa carrière comme gardienne de génisse... Elle sera surtout l'âme soeur de Tomas, qui même s'il la trompe copieusement, l'aime au point de renoncer à sa liberté.

L'auteur nous raconte donc leur vie, depuis leur rencontre jusqu'à la mort d'un être qui leur est cher : leur chienne Karénine. Au travers leur vie, leurs aventures, Kundera nous dévoile des idées, des pensées. Il aborde de nombreux sujets depuis l'adultère qu'il tente d'expliquer, presque d'excuser, jusqu'à l'envie de mourir... il parle du communisme, d'Hitler, de religion, du Kitsch, rappelle l'histoire de son pays... Bref, ce livre est une mine d'informations qu'il faut cueillir au fil des pages.

Et c'est le seul reproche que j'aurais à faire, car je me suis presque perdue dans ce livre si dense. (Mais comme j'ai du le poser mainte fois, j'ai du reprendre plusieurs pages... pour des raisons très très éloignés du roman lui même.) J'y ai glané beaucoup de choses, mais certaines m'ont parues un peu survolées... alors que d'autres étaient trop approfondies ou trop répétées. L'auteur présente des sujets variés, aborde des théologies et des idées très personnelles, mais au final, ne donne qu'une base de réflexion, sans vraiment nous donner le fond de sa pensée. Sauf pour le Kitsch, bien sûr !

Mais, cela reste un très bon roman d'amour... si l'on fait abstraction de ce petit point qui m'a un peu gêné. Un roman où de nombreuses conquêtes de Tomas sont présentées... alors qu'une seule semble retenir l'attention : Sabina. Cette femme très libertine, artiste comblée, entrainera Tomas jusqu'en Suisse... J'ai beaucoup aimé la scène entre Sabina et Tereza et leur mise à nue. Mais j'ai surtout apprécié la façon dont l'auteur se sert de Sabina pour nous montrer son personnage principal. D'ailleurs, l'auteur utilise toujours un autre personnage pour nous en présenter un. Sabina présente Tomas, Tomas présente Tereza et c'est Frantz qui présente le mieux Sabina...

Frantz est l'amant de Sabina lorsqu'elle vit en Suisse. Elle fuira en Amérique lorsqu'il quittera sa femme pour elle... préférant la liberté ! à toute forme d'attache. Frantz mourra après un traumatisme crânien glané lors d'une manifestation au Cambodge... Je n'ai pas trop aimé cette partie du livre, même si j'ai compris ce que Kundera voulait apporter dans cette réflexion. Après avoir tapé longuement sur le communisme, il fait une sorte de micro analyse du capitalisme et montre surtout que ce n'est pas forcément la panacée.

Bref, un livre touchant par moment, souvent déroutant, et qui m'a laissé pantoise aussi lors de quelques passages.

Le style

Kundera utilise une narration extérieure, mais y ajoute des paragraphes où il intervient dans le déroulé de l'histoire. Il interpelle le lecteur ! Par moment, on se demande si Tomas n'est pas un sosie, un double de lui  même... la transfiguration par écrit de ce qu'il a vécu, subit. " J'ai connu et j'ai vécu moi-même ces situations , d'aucune, pourtant, n'est issu le personnage que je suis moi-même dans mon curriculum vitae. Les personnages de mon roman sont mes propres possibilités qui ne se sont pas réalisées." (P319) On dit qu'un auteur ne fait que raconter sa propre vie, ses envies, encore et encore... Le sujet ici est tellement proche du vécu de Milan Kundera et les faits rapportés flirtent tant avec l'histoire qure j'ai douté qu'ils soient juste une romance basée sur son passé. Mais non, l'auteur a su magnifier toute sa douloureuse expérience et nous donner une interprétation, certes subjective mais posée des évènements.

Les personnages sont abordés tour à tour, ayant chacun la primeur dans une des parties de l'histoire. Ils sont complexes, détaillés, passionnants. L'auteur se sert de leur devenir, de leurs pensées pour étayer ces analyses, ces idées. C'est extrêmement riche, et très bien construit. J'avoue que cette forme a su me plaire, et que je n'ai posé ce livre qu'avec regret. C'est une très belle plume que nous offre Milan Kundera, et ses petites incartades sont des bijoux qui donnent une grandeur incroyable au livre. Il devient si vrai. Si crédible. Du coup, j'ai eu le cœur serré lorsque Karénine s'en va...

Le temps coule sur plusieurs années et l'auteur donne de petites informations sur ce temps qui défile. Il ne raconte pas de façon linéaire et revient parfois sur un évènement plusieurs fois, puisqu'il l'aborde de part la vision de chacun des personnages.

Au final 


Un livre dense, une lecture très enrichissante. Je suis ravie de l'avoir enfin lu et je pense réellement tenter de lire autre chose de cet auteur passionnant.




Livre lu dans le cadre d'une Lc sur Livr@ddict avec :  Irislilas, reveline, Marmotte, Irrégulière, Nienor

14 commentaires :

Niënor a dit…

Une superbe chronique !
En la lisant, je viens de me rendre compte que j'ai oublié de parler de Karénine (j'ai sans doute fait ma chronique trop tard...), alors que c'est vraiment le passage qui m'a le plus touchée !

bambi_slaughter a dit…

Je l'ai lu il y a environ 2 ans et j'avais eu un gros coup de coeur pour ce livre. :)

nanet a dit…

@ Nienor : merci ! Souvent en lisant des articles d'autres chroniqueurs, je m'aperçois de parties, de sujets que j'ai oublié de citer.... c'est juste qu'au moment de faire l'article, on focalise sur un point.

Biz

nanet a dit…

@ bamby : Merci d'être passée. Ce livre n'entre pas dans les coups de coeurs, mais restera un bon moment dans ma mémoire. J'ai passé un agréable temps de lecture.

Biz

Reveline a dit…

Critique enthousiaste et intéressante ! Bravo. Pour ma part, déçue de ne pas avoir accroché à ce roman qui a su me plaire parfois mais m'a ennuyé souvent.

nanet a dit…

@ Reveline : Merci, c'est chou. J'ai bien aimé ce livre, et pourtant, au départ j'ai été déroutée...

Biz

Walpurgis a dit…

Un livre que l'on m'a souvent conseillé et dont ta chronique me donne envie de me lancer.
Dans mon entourage, ceux qui l'ont lu ont été conquis en tout cas.

nanet a dit…

Merci. C'est un très beau livre, passionnant et très bien écrit.

Véro a dit…

J'avais commencé à lire L'ignorance (je crois) mais laissé tomber par ennui... il faudrait que je réessaye quand même un titre de cet auteur.

nanet a dit…

@ Vero : c'est pour moi une découverte totale de l'auteur et un bon moment de lecture. Je ne sais pas si je tenterai autre chose pour le moment (vu ma PAL...)

Biz

Walpurgis a dit…

Je l'ai enfin lu et je ressens la même chose que toi au niveau de la densité, beaucoup de sujets abordés et parfois on frôle l'ennui mais à côté de ça une très grande beauté, une écriture ciselée et des moments très émouvants et éprouvants.

nanet a dit…

Ah ! je suis contente que tu l"ais enfin lu et apprécié. J'en garde, quasiment après six mois, une sensation plus qu'un réel souvenir. J'ai oublié les personnages, pour ne conserver que l'aura du livre, que je sais avoir aimé et des passages brefs, intenses. Bizarrement, (ou pas) c'est Sabrina qui se rappelle à moi...

Biz

Gigi-Sempai a dit…

Ta chronique est vraiment super !
J'ai adoré cette lecture mais j'ai du prendre mon temps pour ne pas passer à côté de certaines observations.

nanet a dit…

Le livre est super, la chronique n'est que son reflet :)
Merci pour ta visite

 

Les mots d'un autre

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"Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi je suis fier de ceux que j’ai lus" [Luis-Borges]

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