Un sac de billes de Joseph Joffo

"Peut-être ai-je cru jusqu'à présent me sortir indemne de cette guerre mais c'est peut-être cela l'erreur. Ils ne m'ont pas pris ma vie, ils ont peut-être fait pire, ils me volant mon enfance, ils ont tué en moi l'enfant que je pouvais être... "
(P327)


L'auteur

Joseph Joffo est né à Paris en 1931.

Coiffeur comme son père, cet auteur a suivit l'école jusqu'au Certificat d'étude, et se targue de dire que c'est bien suffisant.

Son recours à des nègres littéraires chargés de réécrire ses romans (parmi lesquels Claude Klotz - Cauvin - pour un sac de billes) est désormais de notoriété publique. Joseph Joffo « écrit tout lui-même sur de grands cahiers à spirale à petits carreaux sans laisser aucune marge. 150 pages bien serrées, bourrées de fautes », avant de les donner à remanier.

Ces livres sont toujours fortement autobiographiques.

Résumé officiel

'Je n'ai rien d'autre à raconter, c'est mon premier et dernier ouvrage', dit l'auteur, un juif de 40 ans qui relate en un livre passionnant l'aventure du petit garçon qu'il fut durant l'Occupation en France. Exceptionnel par les événements racontés mais surtout par la manière qui, rare performance, est celle de l'enfant de 9 ans. Autrement dit, l'homme se souvient mais c'est l'enfant qui raconte, ce qui donne un ton particulièrement frais et juste à cette histoire qui vaut d'être lue malgré les nombreuses moutures que ce thème a inspirées depuis 1945.


Le Film

Jacques Doillon a réalisé en 1975 un film au titre éponyme : Un sac de billes.



La bande dessinée

Une Bd au titre Un sac de Bille est parue en mai 2010 marquant ainsi le 70° anniversaire de l'invasion allemande.

Publiée par Kris et Vincent Bailly, elle devrait à terme compter deux tomes de 62 pages, pour le premier roman.

Joseph Joffo n’a eu qu’une seule exigence : ses trois romans devaient être adaptés. Kris a accepté en respectant l’ordre d’écriture des livres pour les adaptations. Les quatre tomes devraient être publiés entre 2010 et 2014 aux éditions Futuropolis.

JPEG - 127.9 koKris & Bailly adaptent « Un Sac de Billes » de Joseph Joffo

L'histoire

Un enfant dans la folie de la Guerre ! Voilà ce que nous raconte avec vigueur et émotion Joseph Joffo. Un enfant Juif de surcroit pris dans un conflit qu'il a du mal à comprendre.

L'auteur signe là une aventure digne de tous les romans rocambolesques et d'aventure que j'affectionne sauf que celle-ci "flirte" avec la vérité. Flirte car quelques petites libertés ont été prises avec la réalité historique. J'y reviendrai un peu plus loin. Il n'en reste pas moins que la période évoquée est narrée avec simplicité et le regard qu'un enfant porte sur des évènements tragiques est  touchant. L'incompréhension de l'acharnement contre les Juifs vu par Joseph, enfant juif non pratiquant  - et même assez ignorant de ce qu'est la Juiverie -  est frappant. 

"J'avais une question qui me trottait dans la tête depuis le début de l'entretien à laquelle il me fallait une réponse. 
- Je voudrais te demander : qu'est-ce que c'est d'être Juif ?" (P52)

Après l'invasion par les Allemands du territoire Français et l'obligation de porter l'étoile Juive, le pére de Joseph et Maurice décide de les faire partir vers Menton, en zone libre, où ils retrouveront leurs deux frères ainés. Dans le livre, cet évènement est placé en hiver 1941. Hors le port de l'étoile n'a été obligatoire qu'en Juin 42. L'auteur a un peu anticipé ce fait... afin de faire partir ses héros avant l'hiver... Cette petite adaptation lui permet de rendre son récit plus poignant : les deux gosses vont devoir aussi affronter le froid. Un autre point est à souligner, Nice et Menton n'ont été envahies qu'en Novembre 1942. Les enfants auraient pu rester sagement à Menton jusqu'à cette date ! De même les bâtiments de Nice et de Menton ont été allégrement mêlés...

Mais malgré ces petites incohérences, le roman reste divin et surtout apporte un regard incroyable depuis l'intérieur de la guerre. Un vécu ! Et si les jours sont modifiées, on peut mettre cela sous l'égide d'un enfant qui n'a finalement retenu que les faits en oubliant les dates. Cela n'enlève rien à la difficile période qu'ils ont vécu, aux souffrances endurées : faim, froid, perte des proches sans savoir s'ils les rêveront...

Je pense qu'il faut surtout s'attacher au fond : deux gosses qui traversent la France dans l'espoir de rester en vie, d'éviter les soldats du Reich, et de subsister dans un pays ruiné. Les aides reçues, aussi.

Le livre n'est pas qu'une longue fuite, il s'y passe aussi des moments de joie, des rencontres superbes notamment à Menton avec les italiens que Jo et Maurice livrent en tomates... ils en arrivent presque à oublier la répréssion qui officie au même moment ! Pourtant elle est là, et les rattrapera de façon assez brutale lorsqu'ils seront arrêtés à Nice et retenus par la Gestapo. Cette arrestation montrera l'absurdité de la situation, puisque ces hommes prendront plusieurs semaines à décider si ces deux petits sont juifs ou non alors qu'au dehors la déroute allemande est de plus en plus évidente.

De l'amour, de la tendresse, un brin d'humour... Ce bouquin m'a tiré une larmette dans les passages de la fin. Il faudrait que tous les hommes sur terre en tirent une leçon de vie, et qu'enfin le respect des autres soit établie ! Nos pensées, nos religions, notre couleur de peau, l'être que nous aimons : qui cela regarde à part nous même ? Comment peut-on incriminer deux gosses ? Comment peut-on s'en prendre à leur vie ?

Le style

Je peux difficilement parler du style de Joseph Joffo, puisque comme dit plus haut, le livre a été réécrit par Patrick Koltz (Cauvin). Je ne sais pas ce qui appartient à l'un où à l'autre !  L'histoire vient de l'auteur, et la style du "nègre littéraire" sûrement.

Le style que nous découvrons dans ce livre est doux, frais, d'une simplicité déroutante. Les phrases sont courtes, s’enchainent rapidement. Tout est mis à la première personne et nous suivons joseph dans ses pérégrinations en France.

Les descriptions des personnes et des paysages sont assez naïfs, comme vues au travers des yeux d'un enfant. Ce qui donne encore plus de relief à cette histoire et de crédibilité, puisque comme évoqué ci-dessus quelques points ont été modifiés par rapport au véritables évènements historiques.

Le personnage de Joseph est adorable. Cet enfant est d'un courage rare, et nous avançons avec lui dans les épreuves mises sur sa route par une fuite en compagnie de Maurice, son frère légèrement plus âgé. du coup, on frissonne avec lui lors des grands froids, on tremble lorsque les Allemands sont à proximité et on aimerait bien rencontrer Tite et Marcello, ces Italiens envahisseurs pas trop envahissants...

Le temps est linéaire dans ce livre, même si quelques libertés ont été prises avec les dates.

Au final 


Un livre magnifique, que j'ai trop tardé à lire. Je ne peux que vous le conseiller...
.



Livre lu dans le cadre du challenge 26 livres - 26 auteurs.

13 commentaires :

  1. C'est effectivement un très beau livre. Je regrette juste de l'avoir prêté car je l'ai jamais eu de retour. Je me le reprendrais mais en attendant ça fait râler.

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  2. C'est vrai que c'est rageant de prêter un livre et de e pas le voir revenir...
    As-tu lu la suite ; Babyfoot ?

    Biz

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  3. Je l'ai lu quand j'étais au collège ou quelque chose comme ça et j'avais beaucoup aimé, je m'étais complètement identifiée aux deux gamins.

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  4. Non je ne l'ai pas lu. Un jour peut-être mais après avoir relu Un sac de billes, surement.

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  5. Je l'ai lu il y a très longtemps et il m'avait beaucoup plu à l'époque.

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  6. @ Nathalie : je n'ai pas eu la "chance" de le lire plus tôt, je tenais donc à le faire cette année... Il m'est du coup assez difficile de m'identifier aux enfants, mais l'histoire reste touchante.
    Biz

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  7. @ Thalia : on m'a aussi conseillé Cothias & Ordas : l'ambulance 13. Je vais voir a trouver les deux livres... Cela marquerait un retour aux romans historiques ! Mais pourquoi pas.

    Biz

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  8. @ Véro : c'est assez facile de comprendre pourquoi il plait. Je ne lis que des compliments sur ce bouquin et j'ai sourit sur ceux disant que c'est un auteur au style parfait ^^ Comme quoi, un auteur ne sachant pas écrire, mais super bien raconter, ça existe. L'association avec Cauvin est fabuleuse. Je ne sais pas qui a co-écrit les deux autres livres


    Biz

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  9. Je suis incapable de dire si je l'ai lu ou pas ! Il fait tellement partie de "l'inconscient collectif" que j'ai l'impression de le connaître. Si je l'ai lu, c'était il y a très longtemps, en tout cas !

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  10. Un sac de billes dont je me souviens encore.

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  11. @ Frankie : C'est vrai que c'est dans l'inconscient collectif, comme beaucoup de livre si connus... mais j'étais sure de ne pas l'avoir lu !
    Par contre, je me suis aperçue que j'avais lu un autre "classique" que j'ai acheté dernièrement : les contes à l'envers. Pas grave, mes enfants le liront... mais je ne me souvenais plus de l'avoir lu. pfff...

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  12. @ épopée : ravie de te voir par ici ^^ C'est un livre qui marque les esprits, est-ce suffisant pour que les hommes ne refassent pas les même erreurs ?
    Biz

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  13. Je l'ai lu au collège. je ne me souvenais plus trop de l'histoire, mais ce dont je me souviens c'est que j'avais adoré! :)

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"Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi je suis fier de ceux que j’ai lus" [Luis-Borges]

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