L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet de Reif Larson

"Cela confirmait l'hypothèse que j'avais formée il y a quelques temps déjà, que, passée minuit, les bruits dans les vieilles maisons n'obéissaient plus au bon vieux principe de l'effet généré par la cause : le bois de la véranda pouvait craquer de son propre chef, les petits cailloux pouvaient se frotter tous seuls les uns contre les autres."
(P103)

Ce livre m'a été offert en partenariat par les éditions le Livre de poche et le site Livr@ddict. Je les remercie pour cette adorable découverte.

L'auteur

Reif Larsen est né aux States en 1981. (29 ans en 2010)

Réalisateur de documentaires, il a effectué des études en "écriture". 

L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet est son premier roman.


Résumé officiel

T.S. Spivet est un enfant prodige de douze ans, passionné par la cartographie et les illustrations scientifiques. Un jour, il reçoit un appel inattendu du musée Smithsonian lui annonçant qu'il a reçu le très prestigieux prix Baird et qu'il est invité à venir faire un discours. A l'insu de tous, il décide alors de traverser les États-Unis dans un train de marchandises pour rejoindre Washington DC... Mais là-bas personne ne se doute qu'il n'est qu'un enfant. Muni d'un télescope, de quatre compas et des Mémoires de son arrière-arrière-grand-mère, T.S. entreprend un voyage initiatique qui lui permettra peut-être enfin de comprendre comment marche le monde... Notes, cartes et dessins se mêlent au récit avec un humour et une fantaisie irrésistibles.
Les illustrations

Les illustrations du livre ont été faites par Ben Gibson et Reif Larsen, sauf quelques planches qui ont été réalisées par Marie Holner et Ben Gibson.


L'histoire

L'histoire pourrait se résumer à la traversé de l’Amérique d'Ouest en Est,et donc dans le sens contraire des immigrants ayant conquis l’ouest, par un gosse de douze ans à peine, afin de récupérer un trophée. Ce serait extrêmement réducteur, car ce livre est bien plus que cela. Ce livre est une ode à la liberté, une réflexions sur l’humanité, sur le respect du passé, sur les différences, sur la nature, sur la géologie, sur les sciences, sur... sur la vie et la mort, aussi.

Page 177
Lorsque j'ai ouvert ce bouquin, j'ai tout d'abord été saisie par le nombre incalculable d'illustrations qui sont parsemée au fil des pages, croisant le texte, le suivant aussi - comme le tracé du chemin de fer parcouru pendant la lecture - et qui complètent le livre, donnant parfois de petites explications qui n'apparaitront jamais dans le texte principal. J'ai beaucoup aimé par exemple celle de la page 49, où Layton demande à sa mère si de "l'herbe peut donner le SIDA". C'est drôle, tout en étant grave et plein de charme.

C'est d'ailleurs une constatation que l'on peut faire sur une grande partie de ce livre : Drôle, grave et plein de charme. T.S. Spivet, est un enfant particulièrement doué pour la cartographie. Il dit lui même avoir toutes les cartes dans son cervelet et se contenter de les dessiner. On notera au fil des pages, que cet engouement pour les cartes cache une intelligence très développée avec des réflexions dignes de scientifiques, mais qu'il reste un enfant avec des petites manies, des habitudes marantes, comme le fait d'être addictif au Cherrios (céréales de petit-déjeuner). Affublé de deux nom bizarre, qui lui ont conféré un caractère particulier, T. S. nous entraine dans ses pensées, ses doutes, et nous le suivons sur plus de 3500 kilomètres. Comme un enfant, il lui arrive de parler seul, d’imaginer des amis invisibles. Dans le livre, il entretien donc une discussion avec Valéro  et au travers de cet artifice on peut comprendre qu'il parle directement à son père... je ne vous dévoilerai pas qui est Valéro, je préciserai juste que grâce à lui, T. S. a pu passer sans encombre la majeure partie de son voyage.

Mais ce livre n'est pas une sorte d'initiation. C'est plutôt un "traitement". T. S. a perdu peu de temps avant que le livre, et donc le voyage, débute un frère (Layton, que j'ai cité ci-dessus). Cet enfant était à l'opposé de T. S. Il aimait le ranch de leur père, il aimait courir, sauter, aire du cheval. il vivait dans une grande chambre à présent vide de vie, sous les toits de la grande baraque, et passait de longues soirées dans le Sellon (salon) à regarder des Western avec leur père. Pourtant, les deux enfants passaient aussi du temps ensembles : T. S. analysant et dessinant les exploits de son frère. Jusqu’au jour du drame. Bien sûr, je vous laisse la aussi lire cette partie, et voir combien les non dits, les sujets cachés peuvent entacher une croissance, maltraiter un enfant bien plus qu'une "tournée de baffe"... 


Puisque j'en suis à parler de la famille de T.S., je vais vous présenter Gracie, la grande sœur, seule personne "normale" et qui se trouve coincée "dans une maison d'abrutis". Elle rêve de star, de show télévisés, de paillettes, de musique, bref, elle est une adolescente normale avec des parents un peu trop éloignés de la réalité (c'est le cas de tous les ado, non ?). Elle apporte finalement peu à l'histoire sauf par le manque. Car T.S. va se rendre compte que c'est la seule personne qui lui manque réellement dans ce voyage. C'est d'ailleurs la seule qu'il ne "tuera" pas dans ses mensonges, lorsque enfin arrivé à sa destination, il devra expliqué l’absence de ses parents. 


Les parents sont deux être eux aussi opposés. Lui est un rancher. Il s'occupe d'une immense propriété, passe ses journées a réparer, sillonner les terres... et ses soirées devant des westerns (comme Layton). La mère, le Docteur Clair, est une scientifique dévolu à une quête unique : la cicindèle vampire. C'est un artifice trouvé par l'auteur pour nous présenter une entomologiste passant ses journées à compulser d'immense livres et à comparer les carapaces de ce petits insectes. Il montre là l'hostilité de ces métiers, les heures de recherches improductives. Es deux parents sont donc ici aussi deux extrêmes...

Mais le Docteur Clair va aussi permettre à T.S. un autre voyage. Il va en quelque sorte remonter le temps. Empruntant sur son bureau un petit carnet qu'il croit dévolu à la cincidéle, il sera surpris d'y trouver l'histoire de son aïeul, première géologue du pays, dans les années 1860 (autour de la guerre de Sécession). au travers cette histoire, l'auteur nous présente l'Amérique, l'évolution de la science et des pensées avec un passage sur Darwin et la religion fort intéressant, l'émergence des femmes... et bien d'autres sujets que je vous invite à lire.

Le style

La narration est intérieure, et nous suivons T.S. dans ses pensées, ses déplacement, ses actes... mis à part toutes les parties relatant l'histoire de Emma Osterville, l’arrière-arrière-grand-mère de T.S. Cette forme narrative permet d'entrer dans le livre, et de vivre les instants en même temps que le personnage principal. Je me suis sentie très proche de T.S., effectivement, sans m'identifier à lui. Ses réflexions et au travers lui, celles de l'auteur m'ont plu, et je n'ai posé le livre qu'avec un immense regret ! j'aurais aimé suivre encore ces mots, ses idées, puiser dans l'histoire du passé...

Les lieux sont décrits avec simplicité mais le style global est travaillé, sans recherche excessive. On a la sensation que les mots coulent, avec les idées, et l'on entre aisément dans les pages du livre. L'ensemble, texte et illustration, donne un livre attrayant. Et les longs passages narratifs sont entrecoupés des dessins (en marge du livre) qui donne du souffle à l'histoire. Pourtant, ils ne comblent pas de vide et ne surchargent pas l'intrigue. C'est un juste milieu. 

Les personnages décrits sont touchants, attirants ou parfois répugnants (les bonhommes du Smithonian avec leurs sourires enjôleurs mais faux... ). J'ai beaucoup aimé le camionneur, même si son discours peut faire froid dans le dos (oui, il y a un camionneur, mais je ne vais pas non plus tout vous raconter !) sans oublier T.S. lui même qui est adorable avec ses principes, ses idées et ses peurs d'enfant. D'ailleurs, j'ai trouvé admirable le rapport à l'âge. L'auteur aurait pu tomber rapidement dans un personnage décalé, oubliant qu'il n'a que 12 ans. En faire un super héros, qui se sort de toutes les situations en réfléchissant ou faisant appel a des gadgets pseudo-scientifiques. Non, Reif Larsen a réussi a créer un vrai gosse qui sait quel âge il a, et qui va voyager dans un monde d'adultes, qui passe les étapes courageusement, laissant quelques goutes de sang au passage...

Le temps est relativement court, T.S. se rend de Coppertop, dans le Montana, jusqu'à Wahsington en quelques jours. Les incartades historiques représentent environ trois chapitres, mais sont entrecoupés de passages dans le présent. En fait, T.S. lit l'histoire d'Emma dans le train, pour s'occuper, car toute personne normalement constitué, il s'ennuie (La carte de l'ennui se situe page 221) contrairement à moi qui ai passé un adorable moment pendant cette lecture.
 
Au final 

Je vous conseille vivement ce livre, qui n'obtient pas le coup-de-coeur pour un petit point uniquement, je n'ai pas vraiment apprécié le Mégathérium, même si je conçois que cela passionne Tecumesh Sansonnet Spivet.

Je voudrais remercier à nouveau les éditions le livre de poche et le site Livr@ddict pour cette lecture passionnante.

11 commentaires :

  1. C'est une présentation très complète que tu as fait. Le titre m'intriguait ainsi que la couverture, ton article n'a fait qu'éveiller ma curiosité ! Il entre dans ma PAL :)

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  2. @ Floly : C'est vrai que le titre est long et intriguant. J'avoue que c'est un des points qui m'a fait pencher sur ce livre...
    Je te souhaite de passer un aussi bon moment que moi-même avec de bouquin. Biz

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  3. J'aime beaucoup ta critique. Elle est très complète. Et puis l'auteur, wah, il est plutôt mignon (le commentaire qui ne sert à rien ^^)...Dans les dessins, j'avais bien aimé quand T.S lisait l'histoire d'Emma et qu'en même temps, on avait l e tracé des rails qu'empruntait le train avec les commentaires enfantin de TS, comme le "beau coucher de soleil"

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  4. J'ai aussi été sélectionné pour ce partenariat, mais je ne l'ai pas encore reçu (pour cause la grève de la poste que nous avons eu il y a 2 semaines, j'imagine...)

    J'ai bien hâte de le lire !

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  5. @ Arlavor : Merci. Ce livre a été un dépaysement complet, et j'ai d"'ailleurs un peu de mal avec celui que je lis actuellement...

    C'est vrai que les annotations de T.S. sont mignonnes.

    Biz

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  6. @ Lau : tu vas adorer ! Il est superbe, en tant qu'objet, et la lecture est simplement divine. Biz

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  7. Ton billet m’a bien intriguée et je suis très curieuse de voir ce que l’on nomme ici les illustrations scientifiques. Le petit aperçu prouve en effet le talent du jeune Reif Larsen. Si j’en ai l’occasion, je lirai ce livre. Merci pour cette découverte.

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  8. Je ne suis pas fana des road movies (et le début de ton billet m'y fait un peu penser) mais le reste de ta chronique me tente quand même beaucoup.

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  9. @ Alcapone : les illustrations sont superbes, et donnent vraiment beaucoup de charme à ce livre. Elles vont de simples schémas à des cartes très détaillées.

    Le texte est lui aussi très bon. Un livre à découvrir !

    Biz

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  10. @ Véro : cela fait penser à un Road Movie, mais c'est bien plus que cela, c'est une réflexion sur la vie, sur les sciences, la nature, la mort, la solitude, l'ennui, l’absence.... et j'en passe. C'est sans prise de tête, en plus !

    Biz

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  11. J'ai feuilleté le livre en librairie et effectivement les illustrations sont vraiment de belle facture. Le livre est également un bel objet alors si en plus, tu dis que le texte est bon, alors...

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