La Horde du Contrevent de Alain Damasio

" Un siphon fond, fond, les petites marionnettes... 
Un siphon, fond, fond, trois p'tits tours et puits sans fond ?"
(P401)


L'auteur


Alain Damasio, de son vrai nom Alain Raymond est né en 1969 à Lyon.

Écrivain français spécialisé dans la science-fiction, Il a comme préférence l'anticipation politique qu'il marie a des éléments SF ou Fantasy. 


Résumé officiel


Imaginez une Terre poncée, avec en son centre une bande de cinq mille kilomètres de large et sur ses franges un miroir de glace à peine rayable, inhabité. Imaginez qu’un vent féroce en rince la surface. Que les villages qui s’y sont accrochés, avec leurs maisons en goutte d’eau, les chars à voile qui la strient, les airpailleurs debout en plein flot, tous résistent. Imaginez qu’en Extrême-Aval ait été formé un bloc d’élite d’une vingtaine d’enfants aptes à remonter au cran, rafale en gueule, leur vie durant, le vent jusqu’à sa source, à ce jour jamais atteinte : l’Extrême-Amont.


Mon nom est Sov Strochnis, scribe. Mon nom est Caracole le troubadour et Oroshi Melicerte, aéromaître. Je m’appelle aussi Golgoth, traceur de la Horde, Arval l’éclaireur et parfois même Larco lorsque je braconne l’azur à la cage volante. Ensemble, nous formons la Horde du Contrevent. Il en a existé trente-trois en huit siècles, toutes infructueuses. Je vous parle au nom de la trente-quatrième : sans doute l’ultime.

Les petit plus

  • Le roman peut-être accompagné d'une bande-son composée par Arno Alyvan. Vous pouvez tenter de l'écouter ici (tous les titres ne fonctionnent pas) 

  • Le roman devrait être adapté par Jan Kounen en film d'animation sous le titre Windwalkers - Chronicle of the 34th Horde. Ce film devrait sortir en salle courant 2013.
L'histoire

Il est des livres dans lesquels ont entre aisément, mais qui au final nous laissent presque indifférents. Il est des livres dans lesquels on a du mal à entrer et qui au final nous saturent et que l'on abandonnent sur le chemin... et puis, il y a ces livres qui vous happent. Ces livres qui vous donnent la sensation d'avoir inventé quelques chose, d'avoir su trouver la faille, la nouveauté.

J'ai ouvert ce livre avec dès les premières pages un sentiment d'inconfort, une gêne. Déjà, le livre démarre à la 700° page ! un compte à rebours, donc. Un conte à l'envers ? En tout cas, une touche d'originalité, avec un but à atteindre, comme pour les Hordiers. Et puis, les mots se bousculaient, me bousculaient et j'avais un mal fou à me concentrer. Certes, ce livre représente aussi la fin d'un challenge, la fin d'une année littéraire chargée en Fantasy et SF... mais c'était autre chose. Je ne parvenais pas à saisir qui parlait, qui avançait dans cette horde, et les mots percutant de l'auteur m'emportaient, me charmaient, mais me déroutaient, aussi.

Ce sentiment est assez vite passé, aidée par la présentation nominative des personnages, avec leur petit sigle, j'ai rapidement compris qui parlait, narrait sa partie de l'histoire. Puis, j'ai commencé à comprendre le fonctionnement atypique de ce bouquin, et j'ai foncé, tête baissée, dans cette horde. J'ai affronté avec eux ces vents sauvagement dévastateurs... et avec eux, j'ai avancé pas à pas vers cet Amont tant désiré.

Pour en revenir à l'histoire, 23 personnages affrontent les vents d'un pays particulier, constitué d'une longue bande de terre sise d'Est en Ouest, entourée de neiges sur les côtés... Personne ne sait ce qui se trouve à l'extrême Amont (à L'Ouest) et la Horde, la 34° Horde a pour mission, comme ses malheureux prédécesseurs, de remonter la bande en apprenant les 9 formes de vent, à pied. Ils partent très jeunes (onze à douze ans) d'Aberlaas, au pied des falaises immenses et impraticables en Aval et remontent, année après années, épreuves après épreuves, vers l'Ouest. 

Lors des premières pages, nous affrontons avec eux un vent particulier, le sixième : un Furvent. Le vent peut être considéré comme le 24° membre de l'équipe... en tout cas, il tient un rôle très important dans le livre et l'auteur par son talent de narrateur nous fait presque le sentir, au fil des mots. Il décrit ainsi neuf formes différentes, les six premières étant la zéfirine, le slamino, la stèche, le choon, le crivetz et le furvent (par ordre croissant de puissance). Je ne cite volontairement pas les trois derniers, ils sont connus au fil du livre, et ce serait vraiment dommage de vous les dévoiler. Sachez juste que la Horde les trouvera...

Au delà d'une simple évocation de ces fameux vents, Alain Damasio a inventé un système de notation basé sur les sigles typographiques. Ainsi, par exemple, une bourrasque se note avec un accent grave et la virgule désigne une décélération et le Furvent devient : "^ : "^"^"^... ! °... ;  (...)  '^ "^!  !! ° !!!o!!!!.... ! - ! ? OOO  
Imaginatif ? C'est en tout cas dépaysant, amusant et cela retranscrit bien l'impression de chaos de ce vent furieux. Bref, face au Furvent, la horde se soude et chaque membre (en fait, surtout les principaux, mais j'y reviendrais) narre sa vision, sa douleur, ses envies. Ses peurs, aussi. De caracole à Golgoth, de Oroshi à Sov, nous apprenons, peu à peu à connaitre chaque être. Pour les différencier, A Damasio utilise en début de paragraphe, des sigles : Ω (Golgoth); π (Pietro Della Rocca); ) (Sov Strochnis); ¿´(Caracole); χ (Oroshi Melicerte)... il y a bien sûr 23 sigles, là sont cités les plus "important", en tout cas ceux que l'auteur fait s'exprimer le plus souvent, dans ce conte. A travers eux, il va évoquer tour à tour de nombreux sujets. Car, avant d'être une aventure dans un monde venté, ce livre est aussi une étude de meurs, de sentiments, des hommes, des relations. De politique aussi. Des sujets fort sont abordés : la différence, l'amitié, le servage (dans la Ville d'Alticio, avec les Tourangeaux et les Racleurs)... et la suprématie des Abrités, habitants de Aberlaas, ville capitale de la bande de terre arpentée, et lieu où se trouvent les décideurs, les maîtres. On sent que l'auteur à posé là les bases d'une étude politique puissante, avec une capitale éloigné de son peuple, prenant des décisions parfois incompréhensibles, et donnant des ordres que les hommes subissent. La Horde est un jouet que se sont offert les instances dirigeantes et les enjeux politiques en cours dépassent la chair à vent qui avance vers l'Amont.

L'ensemble pourrait être qualifié de Road-movie, moderne, et sans véhicule... marcher est plus long que voyager à bord des bateaux Fréoles (peuple vivant sur des navires convoyant rapidement, grâce aux vents et à leurs systèmes ingénieux de voiles et éoliennes, des marchandises et des nouvelles de ville en ville). Marcher donc. Marcher longuement. Et parfois, quelques petites longueurs sont donc apparues dans ce texte. C'est là le seul et unique petit regret que vous trouverez dans cette chronique. Le fait de tourner autour  de certains évènements ralentit un peu le rythme, et quelques passages m'ont semblé de trop. Rare, j'insiste mais je ne pouvais que le signaler, ne serait-ce que pour montrer le brio du reste. Mais comme dans un road-movie nous passons par plusieurs paysages, et ceux de ce livre sont finalement assez simples : désert, flaque d'eau-marais peu profond, prairie, jardin, ville, montagne et même glacier...

L'analyse des vents, les Chrones, le Vif... sont des points que l'auteur explicite longuement (et sans longueur, cette fois), soit grâce à son troubadour Caracole, soit au travers de la sage Oroshi. Ce sont les fondements de son livre, la base des vents. Et cette partie est tout simplement brillante. Des trouvailles m'ont fait sourire, d'autres frissonner, et je n'ai pas passé plus de trois pages sans trouver ce livre magique.

Le style

L'ensemble du livre est narré à la première personne ! Pourtant l'auteur change de narrateur tout au long de l'histoire. Avec les sigles déjà évoqués ci-dessus, l'auteur introduit le narrateur du paragraphe, mais il change aussi de style ! C'est très fort... Certes au départ, il faut décrypter, puisque l'auteur a donné à ses personnages une façon singulière de s'exprimer. Je ne cite que rarement, mais voici deux exemples plus que probant  : 


" ¿´ Je ne me suis pas présenté ? Excusez l'instant qui porte au lyrisme, nous sommes, bonjour, vous êtes ? Caracole, où suis-je ? Oui, lui-même, troubadour donc - et conteur. pour le Compte ? de la 34° Horde de Contrevent, messaigneurs, menée de haute main par son traceur, l'haigneux et percute-souffle Golgoth, neuvième du nom. " (p699)


Ω ça a crissé salement du crampon derrière, à essorer des miches, puis tout le Bloc a basculé avec moi. Y avait plus a falfinler, fallait aller au contact avec sept ou huit quintaux de poussée, aller chercher le rafalant en percussion pour trouver le calage." (97)

L'auteur  nous a crée quelques néologisme, tout au long du livre. C'est frais. Jamais lourd. Il donne à chaque membre narrateur un langage précis, usant de mot techniques par exemples pour l'aéromaitre, le fauconnier, le scribe... mais c'est sans contexte pour les discours de Caracole qu'il a le plus inventé, joué. Là, les jeux de mots deviennent un moyen d'expression, et l'auteur ose des poèmes, des jeux sur le langage (bataille de mots) avec notamment une création en mono-voyelle : le O !


Pour les descriptions, chaque membre de la horde voyant les évènements en donne un point de vu qui permet de cerner les situations, de les ressentir. Comme pour le vent que l'on peut aisément imaginer, Alain Damasio va jouer sur les sens, et nous donner à voir, presque à entendre (j'ai découvert l'existence du CD lors de la création de cet article, j'aurais bien aimé le savoir auparavant... ). 


Les personnages sont touchants. On apprend à les connaitre au fil des pages, au travers des mots des autres. On finit par cerner leurs caractères, puisque nous avons plusieurs point de vues, là aussi. J'ai adoré Caracole et Sov... Golgoth est un meneur puissant et Erg m'a touché par sa dextérité. Oroshi est plus difficile à aborder, apprécier. Elle peut sembler un peu froide... mais finalement elle détient une si grande passion qu'elle finit par impressionner. 


Le temps, enfin, est aussi un des éléments du livre. L'auteur avance pas à pas, saute des années en revenant sur les points importants. Il parle du passé, évoque l'avenir par les rêves. Tout est fluide, et les changements d'années, de périodes sont notés par une petite remarque. 

Au final 


Un coup de coeur, fallait-il le préciser ? agréablement conquise par le style et une histoire moderne, novatrice...

Lu dans le cadre du ABC Challenge 2011 (dernier livre ^^)

7 commentaires :

BlackWolf a dit…

Pour moi ce fut une excellente lecture plaine de poésie, d'image mais aussi de relations humaines complexes. Une vraie réussite ce livre et je suis bien content qu'il t'ait plu.

facteur84 a dit…

Ce livre m'intéresse depuis un bon moment. Je l'ai acheté il y a peu, toujours hésitant, mais sentant que l'univers malgré qu'il soit compliqué allait me plaire. Présentant la puissance narrative derrière le peu du résumé. Ton avis critique m'a encore plus encouragé. J'ai découvert il y a peu aussi l'existence du cd de musique sur ce livre, mais je ne sais pas si ça me plait vraiment. A voir avec le livre plus tard quand je le lirais.

templedulivre.blogspot.com

Walpurgis a dit…

D'autres avis m'avaient déjà titillé sur ce livre et tu enfonces le clou ! Il semble que c'est à découvrir !

Luthien-Narmolanya a dit…

bonjour!
je voulais te dire un grand merci pour les commentaires que tu m'avais laissé, je viens juste de reprendre le blog,
je suis d'accord pour échangés nos avis sur les livres! Il n'y a vraiment pas de soucis, et ce sera avec grand plaisir!

Pour revenir au Seigneur des anneaux, merci, du courage je vais en avoir besoin, il est magnifique ce libre, mais vraiment très long, j'ai arrêté il y a quelques années, et je pensais reprendre après mes examens!
J'ai testé Bilbo le Hobbit, mais je 'ai pas du tout accroché, je devais être vraiment trop jeune...

Il se fait tard ce soir, je ferai un tour demain ;) je mets ce blog dans mes favoris!

je te souhaites une bonne soirée, ou nuit
a demain

Luthien

pom' a dit…

je ne conteste pas son originalité mais je trouve qu'en matière de Sf, il y a bien mieux, je ne sais pas si c'est l'âge mais je préfère des classiques comme Fondation que je suis en train de lire; j'ai du mal a retrouver le plaisir dans des SF contemporains, celui ci a été pour moi un moment difficile à lire, c'est confus

Laura (Lau1307) a dit…

Réponse à la question 3 :

Voici tes coups de coeur de 2011

- La horde du contrevent de Alain Damasio
- La voleuse de livres de Markus Zusak
- Les reines pourpres de Jean-Louis Fetjaine
- Légende de David Gemmel

marmeline a dit…

Ce titre me fait de l'oeil depuis un moment, et j'ai de plus en plus envie de le lire... c'est donc volontairement ici que j'ouvre ma participation à la 3e semaine du concours "2 ans" :-)
Outre La Horde du contrevent, tes coups de coeur 2011 ont été La voleuse de livres de Zusak, Les reines pourpres de Fetjaine (encore un auteur que je n'ai jamais lu, mais ça va venir) et Légende de Gemell. Soit 4 titres.

 

Les mots d'un autre

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"Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi je suis fier de ceux que j’ai lus" [Luis-Borges]

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