Love & Pop de Ryû Murakami

" Elles avaient vu plusieurs hommes stationnés à gauche de l'arrivée de l'escalier mécanique. Surtout des hommes dans la trentaine mais il y avait également des vieux de plus de quarantaine ans et des salarymens d'une vingtaine d'années. Ils attendaient des lycéennes, espérant obtenir un rendez-vous contre de l'argent. "
(P43)

Livre lu dans le cadre du club de lecture Lire @ Montpellier

L'auteur

Ryū Murakami, de son vrai nom Ryūnosuke Murakami, est né en 1952 à Sasebo (Préfecture de Nagasaki).
Ecrivain et cinéaste japonais, il a écrit une trentaine de livres dont les plus célèbres sont ses premiers romans, Bleu presque transparent, qui retrace quelques jours de la vie d'un groupe d'adolescents, entre sexe, drogue et rock, Les Bébés de la consigne automatique (1980) et Parasites


Résumé officiel


Love & Pop aborde une forme de prostitution propre au Japon, dont Murakami avait déjà fait le sujet troublant de son film Tokyo Decadence. Par l'intermédiaire de messageries téléphoniques, de jeunes lycéennes acceptent des rendez-vous avec des inconnus pour pouvoir s'acheter des produits de marque. Le roman raconte la journée d'une jeune fille qui, désirant absolument s'offrir une topaze impériale, accepte coup sur coup deux rendez-vous avec des hommes. Mais les rencontres ne vont pas se passer comme elle l'avait prévu. La littérature n'a que faire des questions de moralité, dit Murakami Ryû, qui a construit son roman à la manière d'une œuvre d'Andy Warhol, en fondant dans la narration des bribes de conversations, d'émissions de radio ou de télévision, des litanies de marques, de titres de films ou des paroles de chansons à la mode. Comme un bruit de fond faisant soudain irruption au premier plan pour saturer le sens de ces rencontres qui ouvrent sur tous les possibles de l'humain. Tandis qu'une violence latente se fait de plus en plus pressante et précise.

L'histoire

Ce tout petit bouquin, lu en une seule journée, pourrait être considéré comme un reportage sur un sujet éloquent et tabou dans nos contrées : La prostitution des lycéennes. En tout cas, je veux en garder cette vision, car si je prends ce livre comme un roman, je ne pense pas que je pourrais en faire une critique satisfaisante, tant il m'a été difficile de lire les premières pages. Je parlerais du style un peu plus bas, comme d'habitude, mais c'est tout de même ce qui m'a gêné à entrer dans le livre, et si le contexte avait été différent, je ne suis pas sûre d'avoir continué la découverte... ce qui finalement aurait été dommage !

Hiromi, seize ans, est une demoiselle comme les autres qui vit à dans une grande ville du Japon et passe ses vacances en compagnie de ses amies à arpenter les grands magasins. L'histoire narrée dans ce livre retrace donc une de ses journées, et on voit la miss partir en quête d'un maillot de bain, pour être superbe la semaine suivante, sur la plage. Futilité adolescente ? oui, enfin, féminine aussi.

La particularité de la situation tient pourtant dans le fait que les amies de Hiromi et elle-même, vont trouver une bague fort attrayante dans une des boutiques visitées. Et c'est bien connu, quoi de plus sympathique que de s'afficher avec une topaze sur la plage ? Sauf que la bague en question vaut tout de même la modique somme de 128000 yens. Alors, ne sortez pas vos calculettes, j'ai fait la conversion pour vous, et cela donne 1260 € environ. Pour une plus grande facilité de comparaison, le maillot de bain qu'elle finira par acheter coûte 10000 yens (98€). Et Hiromi n'a en poche que la modique somme de 10000 yens. C'est légèrement problématique, surtout qu'elle veut absolument cette bague.

Elle va donc, en compagnie de ses amies, accepter un rendez-vous avec un homme pour 130000 yens. Oui, de quoi payer la bague ! Et que vont elles faire en échange ? et bien chanter... Comme quoi les cigales peuvent aussi gagner leurs vies. Dans cette scène, l'homme va aussi leur demander de croquer mais pas avaler, des grains de raisin. Je n'ai pas voulu chercher à comprendre le pourquoi de la chose, pensant qu'il était fétichiste et conservait les grains comme des trophées, là ou d'autres conservent les petites culottes. D'autant qu'il en leur demande pas leur véritable identité... on pourrait passer de nombreuses heures à extrapoler sur cet homme, j'en retiens essentiellement le fait qu'il a payé quatre jeunes femme pour passer un moment agréable dans un karaoké. Sa détresse et sa solitude m'ont un peu touchée. Sa marotte m'a fait sourire. L'auteur ne s'appesanti pas sur ce sujet, les filles non plus. Alors, passons.

L'histoire pourrait s'arrêter là, et Hiromi acheter sa bague avec l'argent gagné en quelques heures. Sauf qu'elle ne veut et ne peut accepter l'intégralité de la somme et propose à ses amies de partager. C'est un trait de caractère tout a son honneur. Et je pense que c'est a peu près a ce moment là que je me suis vraiment intéressée au livre. Jusque là je en voyais dans ce filles que des jeunes femme futiles attirées par des objets luxueux et horriblement chers. J'ai décelé autre chose sous les mots de l'auteur, grâce à cette réaction. Il rend Hiromi moins superficielle. Pour elle, l'amitié des trois autres compte plus que la bague.

Je ne vais volontairement pas vous raconter la suite, du moins en détails. Je dirais juste qu'Hiromi va accepter d'autres rendez-vous, ce jour là. Deux autres pour être plus précise. Elle ne va pas aller directement voir les hommes mais va consulter une série de messages enregistrés et choisir parmi eux deux personnes. J'ai trouvé cette façon de faire très osée. Après tout, qui peut savoir qui se cache derrière ces messages ? Un violeur, un assassin...

L'histoire, comme je l'ai évoqué ci-dessus se déroule sur une seule journée. Au final Hiromi n’achètera pas cette bague, faute de temps. L'auteur ne dira pas si elle le fera par la suite, comme il ne cherchera pas à donner de leçon de morale sur ce sujet. Il le montre. Il ne l'explique pas. Il se contente de mettre un coup de projecteur sur ces scènes, ces évènements. Nous devenons un peu voyeurs... le temps de quelques pages.

Un peu seulement, car l'auteur reste très pudique dans ces descriptions, (ce qui n'est pas le cas dans  d'autres oeuvres apparemment) alors qu'il ose des mots plus crus, des connotations sexuelles éloquentes dans les messages enregistrés. Pourtant, il aurait pu basculer dans des scènes glauques, ce que je craignais un peu, vu qu'il détaille d'autres points, comme les articles que lit Hiromi, ce qu'elle entend, ce qu'elle voit dans les magasins... jusqu'au point de satiété. C'est un peu désagréable, d'ailleurs. Mais cela fait parti du style.

Je reviendrai pour terminer cette partie, sur la morale, car il m'a été difficile de rester neutre dans cet article, ma morale toute française m'ayant conduit à "juger" les faits, les évènements. J'ai voulu les taire dans cette chronique, et ne pas mettre de valeur sur les actes d'Hiromi et des autres jeunes femmes. Je ne peux toutefois pas soulever une question : peut-on se vendre pour une bague ? une simple bague. N'est ce pas par trop futile ?

Le style

Dès les premier mots, le style très particulier utilisé volontairement par l'auteur dans ce livre, est saisissant. Il met au même niveau la narration, les pensées de Hiromi, et les dialogues. Tout se lie, se mêle, s'entrecroise et le lecteur doit faire le tri. Tout s’enchaîne sans respiration. Pas que le rythme soit soutenu, loin de là, l'histoire est très calme. non, les passages se suivent sans véritable séparation, et l'on passe des pensées de la demoiselle, au dialogue entendu à la radio, sans intermède, presque dans la même phrase. C'est déroutant. ce phénomène cède un peu lorsque le peu d'action apparaît 

Les descriptions sont assez courtes, quelques mots lâchés dans un flot, dans une longue liste. J'avoue que cela m'a un peu laissé perplexe dans les premiers chapitres, jusqu'à ce que je comprenne, en quelque sorte le fonctionnement du livre, et accepte le fait que les listes sont un sorte de paravent, de prétexte pour Hiromi.   Elle noie son esprit sous une quantité d'informations inutiles... ce qui lui évite de se poser des questions. Question qui reviennent dès que ces listes, ces subterfuges disparaissent. Et l'angoisse, la peur remontent à la surface, cruelle, froide.

Les personnages de cette histoire sont ébauché, surligné mais pas approfondi. Nous glanons quelques informations sur les amies de Hiromi, sur elle-même, mais cela pourrait être n'importe qu'elle autre jeune femme Japonaise. L'auteur les a rendu neutre. Les hommes rencontrés subissent le même traitement. Rien qui ne les différencie d'autres hommes en quête de rencontres faciles, arrangées. Un seul personnage a su me toucher, celui qui écoutera les mots d'Hiromi. Son empathie va permettre à la jeune femme d'extérioriser et surement de mieux accepter sa douleur, ses erreurs aussi. Et dans les quelques mots sur lui, on sent sa propre souffrance, sa propre errance, sa quête d'amour. Car après tout, si le fait de vouloir une bague à ce prix était une façon caché de chercher un peu d'attention, d'amour ?

Enfin, le temps file sur cette journée, et nous suivons Hiromi dans ses nombreux déplacements, son errance dans la ville... sa fuite en avant, aussi.

Au final 


Un livre déroutant par un style particulier, qui cherche à noyer la cruelle vérité. Si le début m'a dérangé, la suite vaut le détour, et amène une vision de ces rencontres arrangées et des meurs en cours eu Japon chez les jeunes femmes. Intéressant.

4 commentaires :

Eloo a dit…

Ce livre a l'air déroutant, à la fois à cause de son style mais aussi de l'histoire qu'il raconte... Merci pour cette découverte, ce roman me tente tout de même (effet de ta chronique!) :)

Liyah a dit…

J'avais repéré ce livre lorsque j'étais étudiante et que j'étais fan du Japon (je le suis encore, mais je me maitrise on va dire ! lol) Mais je n'ai encore jamais eu l'occasion de le lire ! Il est toujours dans ma wish list ! Un jour sûrement je craquerai !

Arcaalea a dit…

Plus je lis les différentes critiques de ce livre et plus je me dis que j'ai peut-être été un peu trop dure avec lui. Je n'ai pas réussi à passer outre ce style si particulier ce qui m'a malheureusement freiné sur cette histoire et sur les messages qui transparaissaient derrière.
Bref, lecture intéressante que je n’oublierais pas ! Ce qui était peut-être le but, d'ailleurs, nous interloquer :)
A une prochaine fois au club de lecture ^^

Laura (Lau1307) a dit…

Question #3 : Ouff, celle-ci, j'ai dû chercher un peu, car je ne connais pas vraiment l'Europe ! ^^
Mais ma réponse est celle-ci (pas sûre, du tout...) : 15 livres.

 

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"Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi je suis fier de ceux que j’ai lus" [Luis-Borges]

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