La saga Malaussène, tome 1 : Au bonheur des ogres de Danniel Pennac

" - Voyez-vous, le bouc Émissaire n'est pas seulement celui qui, le cas échéant, paye pour les autres. Il est surtout, et avant tout, un principe d'explication, monsieur Malaussène. 
(Je suis un "principe d'explication" ?)
- Il est la cause mystérieuse pais patente de tout évènement inexplicable.
(Et par dessus le marché, me voilà "cause patente" !)
- D'où l'explication des massacres de juifs durant les grandes pestes du moyen Age.
(Mais nous ne sommes plus au Middle Age, non ? )"
"
(P149)





L'auteur

Daniel Pennac (Daniel Pennacchioni) est né à Casablanca (Maroc "Français") en 1944. 


Après une maîtrise de lettres à Nice, il entre dans l'enseignement. Il commence à écrire pour les enfants et finit par proposer Au Bonheur des Ogres à la Série noire. C'est ainsi que Benjamin Malaussène et ses amis de Belleville font leur entrée dans la littérature.





Résumé officiel du premier tome


Côté famille, maman s'est tirée une fois de plus en m'abandonnant les mômes, et le Petit s'est mis à rêver d'ogres Noël.
Côté coeur, tante Julia a été séduite par ma nature de bouc (de bouc émissaire).
Côté boulot, la première bombe a explosé au rayon des jouets, cinq minutes après mon passage. La deuxième, quinze jours plus tard, au rayon des pulls, sous mes yeux. Comme j'étais là aussi pour l'explosion de la troisième, ils m'ont tous soupçonné.
Pourquoi moi ?
Je dois avoir un don...


La saga

La saga Malaussène, du nom du personnage principal, comporte 7 tomes :
  • Au bonheur des ogres (1985)
  • La Fée Carabine (1987)
  • La Petite Marchande de prose (1989)
  • Monsieur Malaussène (1995)
  • Des chrétiens et des maures (1996)
  • Aux fruits de la passion (1999)
  • Monsieur Malaussène au théâtre (1996)

L'histoire

J'ai beaucoup aimé le titre, sorte de référence au livre de Zola : Au bonheur des dames... sachant que ce livre aussi se passe, en grande partie, dans un grand magasin... je ne suis pas apte à faire une étude comparée (et je suis sûre que d'autres s'y sont attardés) je voudrais juste pointer du fait que dans les deux livres on retrouve une étude de société mais Danniel Pennac ajoute une grosse dose d'humour ! L'auteur parle de social, de politique, de grèves. Par contre, il n'a pas réécrit le livre de Zola transposé dans un temps moderne. Au bonheur des ogres se veut aussi une enquête policière.

Il me serait impossible de résumer en quelques mots l'histoire tant il se passe de petites choses, apparemment anodines, mais qui au final revêtent de l'importance. Je préfère vous parler d'ambiance, et vous dévoiler une part de l'histoire par petites touches. Danniel Pennac crée une une drôle de famille, avec une fratrie (six "enfants") de  vivant dans deux appartements distants de quelques étages, avec un frère aîné, Benjamin (le héros du livre) qui joue aussi le rôle de père pour les plus petits (douze et cinq ans). La mère ? en voyage avec un amoureux... comme elle le fait régulièrement, d'où la fratrie. Sans oublier Julius, le chien.

Rien que dans cette partie "famille", l'auteur nous a concocté des scènes savoureuses, pleine d'humour, de charme, et parfois tellement parlantes, tellement "vraies". Chacun des protagonistes de cette famille apporte son grain de sable à l'histoire et à l'intrigue. Et nous avançons dans la trame générale en glanant des informations sur les uns, sur les autres... en en comprenant que Benjamin est finalement un être vraiment sympathique, intelligent (licencié en droit de surcroît), mais qui doit mener sa barque en eaux particulièrement troubles par moment.

Parce que outre de s’occuper de ces frères et soeur en lieu et place de sa mère, il travaille dans un grand magasin, comme Bouc Émissaire. En quoi cela consiste ? A se faire engueuler... Et il le fait bien, le bougre. Et c'est là que l'étude de société commence (ou continue), avec ces scènes sur les grands magasins, bondés le lendemain de Noël, avec ces clients mécontents dupés par des vendeurs syndicalisés. Par les caissières au ventre arrondis de rester trop longtemps assises. Par ces surveillants abusant des voleuses, derrières des rideaux de cabines d’essayages ne échange de leur silence....

Tout cela l'auteur nous le montre depuis le regard de cet homme, bouc émissaire, accusé de tous des moindres maux. il est considéré par ses propres collègues (hormis son ami Théo) comme un incapable, un incompétent, que l'on appelle plusieurs fois par jour dans le bureau des réclamations !

Alors, bien sûr, le jour où une bombe éclate, au rayon jouets, et qu'il se trouve, comme par hasard à porté des éclaboussures sanguinolentes... qui croyez-vous que l'on va suspecter ? Surtout que les autres fois aussi il est par là, pas trop loin. Suspect évident, lui qui n'est même pas syndicalisé.

Quant à la véritable enquête policière, je ne vous en parlerais pas. J'ai découvert le coupable en même temps que Benjamin, ce qui est assez rare. Mais j'avoue que je n'ai pas porté attention aux détails distillés au fil des pages. Et pourtant, ces indices sont probants... et lorsque l'auteur nous les rappelle, savamment, on ne peut que saluer son talent.

Le style

La narration est à la première personne (directe, donc) et franchement exquise, avec de temps en temps, les pensées de Benjamin entre parenthèse afin d'ajouter au potentiel comique des scènes. Un ravissement. Mais attention, Pennac joue dans la cours des grands, et si son texte se veut amusant, il truffe sa prose de mots triés sur le volet. Il a le sens du verbe, et nous concocte des paragraphes savants, fameux, et quelques beaux  néologismes viennent compléter l'ensemble.

Les descriptions ne dérogent pas à la règle générale de la narration. L'auteur joue sur les mots, nous entraîne dans son univers, et nous fait voir les personnes, les décors avec des yeux de poète.

"Par la baie vitrée, je plonge mon regard dans le maelström du magasin. Un coeur impitoyable pulse des globules supplémentaires dans les artères bouchées. L'humanité entière me paraît ramper sous un gigantesque paquet cadeau. De jolis ballons translucides montent sans discontinuer du rayon des jouets pour s'agglutiner là-haut, contre la verrière dépolie. La lumière du jour filtre à travers ces grappes multicolores. C'est beau."

Les personnages nombreux qui croisent la route de Benjamin sont là pour agrémenter l'histoire, faire de notre héros soit le bouc émissaire parfait : les clients, avec des scènes franchement à la limite de la critique de société, encore une fois. Mais aussi le grand frère un peu dépassé :  la scène de l’hôpital avec Jeremy est admirable de sentiments humains... C'est d'ailleurs un autre point fort de ce bouquin, on sent beaucoup d'amour entre les différents personnages.

Je voudrais m'arrêter un instant sur deux personnages : Coudrier, le commissaire et Théo. Le premier est un archétype de commissaire, sérieux, sûr de lui, maître de ses hommes, le second est un ami fabuleux, porté sur le beau sexe, et portant des tenues bigarrées. Ces deux hommes sont très caricaturaux, mais là où c'st souvent gênant et pesant, c'est amusant et bien pensé. Ne vous y trompez pas, ils ne sont pas esquissé pour autant ! Aucun des personnages ne l'est, comme je le dis plus haut, il se passe beaucoup de choses que l'on peut trouver bizarre sur le moment mais qui finissent toujours par trouver crédit. Et bien il en va de même pour les personnages. Danniel Pennac parsème des infos, des indices, des petites touches qui au final composent des caractères, des entités.

Enfin, le temps est évoqué sommairement. Il y a peu de flash-back sauf la partie narrée par... chut ! ) et l'histoire avance globalement sur une grossesse... puisque Louna (la plus grande des soeurs) est enceinte au départ et finit par accoucher de ses jumelles.

Au final 


Une découverte charmante, qui m'a conquise. Premier coup de coeur de l'année... (ou presque si je compte Elantris en 2012) en tout cas premier du challenge ABC !



Lu dans le cadre du challenge ABC 2012 et du Big challenge Livr@ddict. 

10 commentaires :

charmant-petit-monstre a dit…

il faudrait que je le relise l'ayant lu il y a quelques années. Je m'en souviens absolument pas et j'étais sans doute trop jeune... mais ton billet donner envie de le redécouvrir.

Mademoiselle-R a dit…

Je lit et relit ce livre depuis quelques années, il fait partie de mes romans préférés. J'aime beaucoup le style d'écriture de Daniel Pennac et son humour. Toute la saga est superbe. En tout cas bravo, c'est une très bonne critique, très complète. :)

Roz a dit…

Un livre qui traine dans ma PAL, ton billet me donne vraiment envie de l'en sortir !

nanet a dit…

J'ai trouvé ce bouquin sur plusieurs blogs, et je l'avais pré-noté sur mon challenge depuis bien longtemps (je prépare la liste vers septembre, pour gérer mes lectures notamment pour les lettres difficiles a trouver) et lorsque j'ai vu qu'il était aussi dans le Big Challenge, j'ai été ravie.

Mon seul "regret" est de ne pas 'avoir lu plus tôt.

Frankie a dit…

Ce n'est pas à priori un livre vers lequel je me serais tournée mais tu en parles très bien et en plus, il fait partie du baby challenge contemporain Livraddict (c'est le tome 2 qui fait partie du Big Challenge) donc je le note !

nanet a dit…

Coucou, C'est le tome deux, mais c'est noté, ou un autre titre de la série... sur le big donc, comme je devais lire ce livre je l'ai intégré aux deux challenges. De tt façon, je pense poursuivre la découverte, tant l'écriture est agréable et drôle.

Si tu le veux, ma mère le lit, mais je dois pouvoir te l'envoyer...

Biz

Mélanie a dit…

oh, j'adore cette saga, elle est bien écrite et surprenante !

Frankie a dit…

Ah oui,c'est vrai qu'on peut remplacer par un autre tome. Merci pour la proposition de me l'envoyer mais je ne compte pas le lire dans l'immédiat donc quand j'en aurai envie, je l'achèterai. Mais merci encore.

LefsÖ a dit…

Ton avis fait remonter ce livre tout en haut de ma PAL. Merci !
Bonne lecture !

Isa a dit…

Ça fait tellement longtemps que je veux lire ces livres ! Il faudrait bien que je m'y mettre. Jusqu'à maintenant, je n'ai lu que Chagrin d'école de Pennac, mais il paraît que c'est très différent de ce qu'il écrit habituellement... J'ai hâte de m'y mettre !

 

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"Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi je suis fier de ceux que j’ai lus" [Luis-Borges]

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