Le parfum de Patrick Süskind

" Oui ! C'était là son royaume ! Le Royaume grenouillesque, unique en son genre ! que Grenouille, lui_même unique en son genre, avait crée et sur lequel il régnait, qu'il dévastait quand il lui plaisait et reconstituait à nouveau, qu'il étendait à l'infini et défendait d'un glaive flamboyant contre tout intrus. Ici, tout était soumis à sa seule volonté, à la volonté du grand, de l'unique, du magnifique Grenouille. "
(P141)
L'auteur


Patrick Süskind est né en 1949 en Bavière.


Ecrivain et scénariste allemand, il a étudié l’histoire et la littérature à Munich et à Aix-en-Provence avant de travailler comme scénariste pour la télévision.


Le Parfum est son premier roman édité pour la première fois en 1985 à Zurich

Résumé officiel


Au XVIIIe siècle vécut en France un homme qui compta parmi les personnages les plus géniaux et les plus horribles de son époque.
Il s'appelait Jean-Baptiste Grenouille. Sa naissance, son enfance furent épouvantables et tout autre que lui n'aurait pas survécu. Mais Grenouille n'avait besoin que d'un minimum de nourriture et de vêtements et son âme n'avait besoin de rien. Or, ce monstre de Grenouille, car il s'agissait bien d'un genre de monstre, avait un don, ou plutôt un nez unique au monde, et il entendait bien devenir, même par les moyens les plus atroces, le Dieu tout puissant de l'univers, car " qui maîtrisait les odeurs, maîtrisait le coeur des hommes ".


C'est son histoire, abominable... et drolatique qui nous est racontée dans Le Parfum, un roman qui, dès sa parution, eut un succès extraordinaire et est devenu très vite un best-seller mondial.


Le Film


Le Parfum, histoire d'un meurtrier (Das Parfum : Die Geschichte eines Mörders) est un film allemand de Tom Tykwer, sorti en 2006.

L'histoire

Comment raconter en quelques mots cette histoire, et vous faire ressentir le millier d'odeurs qui parsème les mots de l'auteur ? Exercice difficile que de réaliser une chronique sur ce sujet... car outre d'être un thriller, ce livre est aussi un recueil sur les senteurs, sur tout le travail des parfumeurs, un magnifique condensé de savoir avec un apport sur l'histoire, et une balade dans le temps, dans les sens.

Dès le départ, sur ce marché, avec cette naissance sordide, sous un étal à poisson, les odeurs nous envahissent ! L'enfant subit le pire : l'abandon... mais sa destinée était de vivre. De survivre, plutôt, car l'auteur n'y a pas été de main morte. Nous suivons le petit Jean-Baptiste Grenouille dans cette enfance peuplée d'odeurs, mais dénuée de contacts (autres que les coups), dénuée d'amour tout simplement.

L'auteur nous offre là une belle étude des meurs en ces années difficiles, aux alentours de la révolution. Il nous montre le Paris des bouseux, avec ces odeurs putrides... avant les grand travaux d'assainissement, et le sort des enfants orphelins, ou tout simplement abandonnés-vendus par leurs mères sans argent. C'est touchant et cela fait un peu froid dans le dos.

Grenouille est placé tour à tour chez différentes nourrices, par un prêtre. Ces femmes refusent de le garder, et la dernière évoque son manque d'odeur ! Que nenni, Grenouille va aller chez une autre nourrice, qui gère sa maison en comptable, se sachant pas qu'une once d'amour aide bien mieux les enfants... (elle n'a pas encore lu Dolto... ) Mais l'enfant survit. Encore. Et une fois de plus se verra entraîné ailleurs, vers un autre maître, vers un autre lieu insalubre. De maladie en maladie, de blessures en meurtrissure, il grandira et affinera le seul don qui lui ait offert la vie : son nez.

De nos jours, on le qualifierait sûrement d'autiste. Inapte à parler correctement, son premier mot étant "bois", il vit par et pour les odeurs et semble peu touché par le monde qui l'entoure. Il crée son univers. Il y vit. Et il met tout en oeuvre pour apprendre encore plus d'odeurs.

Le premier drame, que nous appelons meurtre, est plus du à sa passion qu'a un machiavélisme assassin. En présence, pour la première fois d'une odeur "parfaite", il cherche à se l'approprier, la conserver. Et si, pour ce faire, il doit empêcher la demoiselle de bouger, de crier, il s'exécute. Son acte, aussi atroce que nous le voyons avec notre système de valeur, n'est pour lui qu'un moyen d'accéder à son désir : capter cette odeur, s'en abreuver.

Car tout est là, cet homme va, sa vie durant, vivre pour cette odeur. Cette unique odeur.

Son intelligence (car même s'il na pas reçu d’éducation, il possède une intelligence fine) le poussera à prendre une place chez un premier parfumeur, où il apprendra les rudiments de l'art des senteurs. La scène majeure de cette partie est pleine d'humour, avec le maître Baldini persuadé que son art ne peut exister qu'après de longues études, et Grenouille qui crée devant lui et a sa façon le parfum Amor &Psyché, (copie d'un parfum à la mode), puis l'améliore...

Et là encore, nous apprenons, nous découvrons un univers particulier, avec les assemblages et la création. Grenouille commence à entrevoir son rêve, à approcher de la capacité à maîtriser les odeurs. jusqu'à ce qu'il se rende compte que la Distillation ne permet pas de capter toutes les odeurs. Il lui faut acquérir d'autres techniques, d'autres savoirs... il part donc à Grasse.

Je ne vous conte pas la suite, ce serait vraiment dommage. Je voudrais juste m'arrêter sur le point qui m'a chagriné dans cette histoire, c'est l'errance de Grenouille. Certes, cela ne fait que confirmer son incapacité à vivre avec les humains, mais j'ai trouvé cette partie trop longue. Et j'ai bien aimé que l'auteur nous donne aussi le futur des personnes rencontrées par Grenouille, leur vie après lui, jusqu'à leur mort, parfois rapide.

Quand à la fin, je la trouve juste "parfaite", superbe. Il ne pouvait en être autrement. Grenouille meurt à 29 ans, il est devenu le plus grand parfumeur...

Le style

La narration est extérieure, c'est l'auteur qui nous raconte l'histoire de Grenouille, comme un conte, en nous prenant régulièrement à parti. "C'est son histoire qu'il s'agit de raconter ici" (P5 - premier paragraphe). Cette manière de raconter, nous met à l'état de témoin des faits qui du coup semble plus véritables. On est là pour observer l'histoire, se sentir concerné. C'est très bien fait, et cela marche.

Le livre se découpe en quatre partie distincte : l'enfance et le premier apprentissage de Grenouille, à Paris, qui nous révèle le personnage, son ambition, ses dons, aussi - l'isolement dans la grotte en Auvergne, partie que j'ai le moins appréciée, et trouvée trop longue - la descente vers Grasse après un passage à Montpellier, avec Grenouille qui commence à maîtriser son art et crée ses propres parfums, ses propres odeurs... - la fin à Paris.

Les personnages sont excellents ! Ce sont des caricatures, traités avec finesse, et qui deviennent risible, en comparaison du personnage de Grenouille. Cet artifice donne plus de poids aux actes de l'assassin, et allège l'histoire qui aurait été un peu languissante sans les pamphlets de Baldini, ou les théories risibles du Marquis de Taillade-Espinasse...

Le temps est notifié simplement, sans détour. les repère sont donnés régulièrement. Pas de flash-back bien que l'auteur narre le passé des personnages rencontrés, l'histoire est raconté de façon linéaire, les événements s’enchaînant dans l'ordre chronologique.

Au final 

Un livre qui traînait dans ma PAL, et que je suis ravie d'avoir lu... ce n'est pas un coup de coeur pour la deuxième partie que j'ai trouvée un peu longue et lassante.

Lu dans le cadre du challenge ABC 2012, lettre S

7 commentaires :

Laura (Lau1307) a dit…

J'ai eu un coup de coeur pour ce livre lors de ma lecture, mais ça fait un certain moment que je l'ai lu, il faudrait que je le relise !

Walpurgis a dit…

Un bon livre que j'ai lu il y a plus de dix ans donc une relecture serait à programmer. Je me rappelle que ça m'avait pas mal fasciné surtout lorsque Grenouille "s'enterre".
Je n'ai pas vu l'adaptation cinématographique par contre...

nanet a dit…

J'ai vu le film, cette après-midi. C'est pas mal. J'aime moins le personnage de Grenouille dans le film, et ils ont réduit à deux époques : Paris, et Grasse.. avec la fin qui reste la même.

La partie où il s'enterre est intéressante, mais trop longue à mon gout.

Bonne relecture à vous deux.

Frankie a dit…

Je l'ai lu en 86 et j'avais vraiment adoré ! Je n'ai jamais regardé le film, en revanche.

marmeline a dit…

Un livre que j'ai lu et relu - mais la prochaine fois, j'aimerais bien m'y attaquer en VO.
J'ai adoré autant le paradoxe du personnage que la description du milieu de la parfumerie, ses différentes techniques, et la question de la place de l'odeur dans nos sociétés et nos communications.
J'ai bien aimé le film, aussi.

Aidoku a dit…

Ton avis me donnerait presque envie de me jeter dessus. Presque, tout simplement parce que je ne sais pas où il est et que je vais sans doute devoir l'emprunter pour mon challenge ABC. ^^

Isa a dit…

Ce roman est un des rares livres obligatoires que je n'ai pas détesté à force de l'analyser. C'est tout simplement un roman génial, qui n'a rien de commun avec aucun autre livre !

 

Les mots d'un autre

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"Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi je suis fier de ceux que j’ai lus" [Luis-Borges]

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