Les noces Barbares de Yann Queffélec

" Depuis sept ans qu'il vivait au bord de la mer, Ludovic ne l'avait jamais vue. Il l'entendait. Mais au grenier la lucarne donnait sur la cour, sur le fournil, et là-bas sur des pins monotones que les brouillards matinaux calfeutraient."
(P29)




L'auteur

Yann Queffélec est un écrivain français né à Paris le 4 septembre 1949.

Auteur de nombreux romans, parolier et d'un recueil de poèmes, il reçoit le prix Goncourt pour son roman Les noces barbares. Il y décrit des personnages passionnés en mal d'amour.

Résumé officiel

Fruit d'une alliance barbare et d'un grand amour déçu, Ludovic, enfant haï par sa trop jeune mère - Nicole et ses grands-parents, vit ses premières années caché dans un grenier. La situation ne s'arrange guère après le mariage de Nicole avec Micho, brave et riche mécanicien qui cherche à protéger Ludovic. Hantée par ses amours brisées, sombrant dans l'alcoolisme et méprisant son mari, la jeune femme fait enfermer son fils dans une institution pour débiles légers. Mais Ludovic n'est pas l'arriéré qu'on veut faire de lui. Il ne cesse de rêver à sa mère qu'il adore et qu'il redoute. Même une première expérience amoureuse ne parvient pas à l'en détourner. Son seul but, son unique lumière : la retrouver. S'enfuyant un soir de Noël, il trouve refuge sur la côte bordelaise, à bord d'une épave échouée, écrit chez lui des lettres enflammées qui restent sans réponse. Et c'est là-bas, sur le bateau dont il a fait sa maison, que va se produire entre Nicole et son fils une scène poignante de re-connaissance mutuelle - qui est aussi le dernier épisode de leurs noces barbares.

Le film


Le livre a été adapté au cinéma par Marion Hänsel en 1987 dans le film Les Noces barbares.

L'histoire

Ce livre narre l'histoire de Ludo, enfant mal aimé (pour ne pas dire non aimé) qui va grandir seul, dans un grenier ! Ces rares contacts avec sa mère sont dus au hasard... Comme un petit animal, il va apprendre seul à marcher, à manger "proprement" subissant les attaques verbales de sa famille. Seule sa tante Nanette va lui donner un brin d'amour.

Plus tard, lorsque sa mère dégoûtée par la vision de cet enfant qui lui a été imposée par la vie, décide de le faire enfermer dans une maison d'accueil, il perd pied. Sa quête d'amour le pousse à tout accepter. Jusqu'à la dernière avilie ! fuyant le centre, il finira par retrouver cette mère aimée et crainte...

Mon avis

Ayant vu le film, je connaissais l'histoire. Pourtant, j'ai choisi de la lire. Je lis rarement les livres dont j'ai vu auparavant les films... pourtant, lorsque j'ai choisi un auteur en Q, ce livre s'est imposé.

Dès les premières pages, l'horreur vous saisit. Il ne s'agit pas d'un thriller, pourtant. Juste un drame humain, où le manque d'amour va conduire au désastre ! Des âmes maudites. Cet enfant naît dans une famille où l'honneur prime, rejeté au grenier pour ne pas être vu, montré, va subir la violence ignoble du manque d'amour. Traité comme un animal à qui l'on jette la nourriture, il devra apprendre seul, mais sera houspillé pour son manque d'éducation. Comme si un singe pouvait se tenir correctement à table ! habillé de frusques de sa mère, pas celles de son enfance, non ! celles de son viol, il va pourtant grandir, apprendre à lire et se tenir relativement droit.

L'auteur nous dresse le portrait d'un enfant quasi sauvage. Ses seuls contacts humains sont avec cette tante qui, une fois par semaine, vient lui faire un brin de lecture, lui apprendre un peu d'Histoire, de la vie... Il a vécu un moment chez elle. Mais sa mère n'a pas supporté d'être si loin de lui. Cette ambivalence entre amour et haine sera un des points forts du livre. La mère de Ludo ne peut vivre éloigné de lui, car il lui rappelle trop son viol, mais elle ne peut non plus s'en séparer. Elle aussi sera en quête d'amour, tout au long du livre.

Il serait assez facile de juger la mère, Nicole. n'oublions pas qu'elle a enfanté à 13 ans ! suite à un viol. Enfant elle-même, elle n'a pas su trouver sa place de mère. Elle a aussi subi la colère, la haine de ses propres parents qui l'ont accusé de tous les vices. Elle retrouvera un peu de joie, sur la fin du livre, lorsqu'elle aura réussi a se séparer de son fils, en le faisant enfermer. Mais, auparavant, sa propre descente aux enfers sera parsemée de verres de vin blanc !

Ludo est considéré comme un débile. Non éduqué, et victime d'une chute à l'âge de sept ans, qui a peut-être aggravé son état, il est effectivement inapte à la vie en société. L'auteur l'a bien démontré avec les idées répétitives de Ludo. Il ressasse. Sans cesse. Il répète les mêmes phrases, les mêmes idées. Un des médecins déterminera un complexe paranoïaque... mais il n'y a pas besoin de mots, de diagnostic ! L'auteur a créé un enfant traumatisé par le manque d'amour et nous a entraîné dans une descente aux enfers.

La relation d'amour entre les deux fait penser à un complexe d'Œdipe non réglé. Plusieurs éléments y font penser, mais principalement le niglou, sorte de grotte réaménagé par Ludo dans le jardin, où il se réfugie dès que la tension monte. Un peu comme la partie du grenier qu'il avait arrangé. L'autre point est la façon dont il regarde sa mère. Le désir est sous-jacent... mais comme il ne lui a jamais été expliqué que c'était interdit ! De surcroît, dans ses pensées, il se confond avec son père. L'auteur a sûrement écrit ce texte en ayant lu Freud ? j'avoue que je ne suis pas vraiment assez calée sur le sujet pour faire une analyse plus poussée.

Il n'y a pas vraiment de moment que j'ai plus aimé, ou moins. J'ai dévoré les pages en attente d'un moment, d'un infime moment de joie pour Ludo. Pas qu'il n'en ait pas, l'auteur a su montrer la simplicité d'un enfant qui sait se satisfaire de peu de plaisirs. Certes, il focalise sur les instants grave et triste et passe quasiment sous silence tous ces instants de presque bonheur. Mais il montre tout de même cet enfant qui grandit et avance peu à peu. Le style de l'auteur est frappant, l'écriture fine, avec une alternance de phrases longues et courtes. peu de dialogues, mais de nombreuses pensées. Les descriptions sont simples, sans artifices. Crues, même pour le début du livre, ou les scènes fortes.

Le livre se décompose en trois grandes parties, si l'on ôte les scènes d'ouverture avec le viol. Commencer le livre ainsi, c'est emmener le lecteur dans la noirceur, dans la violence. D'autres choisissent de monter crescendo, lui a décidé de nous assommer ! C'est efficace, le livre est prenant et l'on tourne les pages en cherchant le petit moment où, enfin, un rayon de soleil, de joie nous fera souffler.

Les trois parties, donc, sont l'enfance de Ludo chez ses grands-parents, son adolescence chez Micho, l'époux de sa mère, bonhomme trop gentil qui se fera abuser par la jeune femme. Il est le seul à avoir donné un peu d'amour à Ludo, avec Nanette. Enfin, la troisième partie est celle comprenant les scènes du bateau, après la maison de repos pour débiles. A ce sujet, j'ai trouvé bien amené les passages dans cette maison, avec la folie douce des protagonistes.

Je terminerai par dire que ce livre m'a touché, profondément. La douleur de Ludo est palpable. L'auteur a écrit un drame humain fort intéressant, même si l'on peut émettre quelque soute sur une véracité de l'histoire. Mais après tout, on est dans la tête de Ludo...

Trois mots

Trois mots pour :  Style de l'auteur, ambiance générale, quête d'amour.

aucun mot contre.

Au final 


Un livre magnifique, que j'ai dévoré. Un drame que l'on espère impossible...


Lu dans le cadre du challenge ABC 2012.

4 commentaires :

Isa a dit…

C'est drôle, contrairement à plusieurs, je n'ai pas tant accroché que cela. L'histoire est horrible, percutante, mais le style de l'auteur m'a déroutée à de nombreuses reprises.

dandelion a dit…

Un livre qui contrairement à d'autres Goncourt n'est pas tombé dans l'oubli. C'est un heureux hasard qui me l'a fait découvrir et j'ai moi aussi tenté de lui rendre hommage...

http://blowawaydandelion.blogspot.fr/2013/03/les-noces-barbares-de-yann-queffelec.html

nanet a dit…

L'histoire, presque un an après, reste marquée, ancrée dans ma mémoire et relire mon propre article m'a donné un frisson ! Un vrai livre touchant et effectivement percutant.

Biz

nanet a dit…

J'avoue que le fait qu'un livre soit primé aurait plutôt tendance à l'éloigner de mes lectures.... mais, celui-ci est très bon ! Et, il ne faut pas généraliser.

Biz

 

Les mots d'un autre

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"Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi je suis fier de ceux que j’ai lus" [Luis-Borges]

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