Total Khéops de Jean-Claude Izzo

" Ce qu'il avait à dire, il aurait fallu des siècles. Il pouvait le résumer en un mot et une phrase. Je regrette. Je t'aime. Mais ils n'avaient plus le temps. Ou plutôt, le temps les avait dépassés. L'avenir était derrière eux. Devant, il n'y avait plus que des souvenirs. Les regrets. "
(P65)





L'auteur

Jean-Claude Izzo est né en 1945 à Marseille, et est décédé en 2000.

Journaliste, puis rédacteur en chef du quotidien communiste La Marseillaise, il publie son premier recueil de poèmes en 1970.

Le premier volet de la trilogie marseillaise avec Fabio Montale, Total Khéops sera un succès dès sa sortie.

Résumé officiel

Du Panier aux quartiers nord, du Vieux Port à l'Estaque, nous suivons les pérégrinations de Fabio Montale, flic déclassé de la Brigade de surveillance des secteurs, fils d'immigrés italiens qui aime les poètes des Cahiers du Sud, la pêche, la soupe au pistou de la vieille Honorine, les bouteilles de Lagavulin, les femmes et Marseille bien sûr. Il y a vingt ans, il y avait Lole, la belle Gitane, et, autour d'elle, Manu, Ugo, et Fabio. À présent ses deux potes de braquage sont morts d'une balle dans la peau: une pour Manu, puis une pour Ugo venu le venger... L'enquête de Fabio le plonge dans son passé trouble et les plaies à refermer se multiplient. D'autant qu'une de ses amies se fait violer et assassiner. Dur! "Total Khéops" comme le chante le groupe IAM. Autrement dit, bordel généralisé, fange pestilentielle, dont on ne sort pas.

La série

La série Fabio Montale comporte trois opus :
  • Total Khéops 
  • Chourmo 
  • Solea
Les films

Total Khéops a été adapté au cinéma en 2002 par Alain Bévérini, avec Richard Bohringer et Marie Trintignant.

La trilogie marseillaise a aussi été adaptée à la télévision sous le titre Fabio Montale avec Alain Delon.

L'histoire

Un flic, ayant dans sa jeunesse flirté avec la loi, va se retrouver pris dans la tourmente, lorsque l'un de ses anciens amis est tué !

Mon avis

L'expression total Khéops - tirée d'une chanson de l'album Sad Hill du groupe Marseillais IAM - signifie qu'on est plongé au sein d'une situation particulièrement complexe. Et complexe est sûrement ce que voulait créer l'auteur. Sauf que je n'ai pas été déroutée, trouvant l'intrigue d'une facilité déconcertante. Mais, je pense que ce livre n'est pas voué à une intrigue insondable, introuvable. Nous sommes dans autre chose, et finalement, le fait que ce soit un policier n'est qu'un prétexte.

Ce qui m'a le plus gêné, dans les premières pages, c'est le style ! quelle claque. J'aime les phrases rondes, les mots qui coulent, qui emportent le lecteur vers le rêve, et là, J-C Izzo bouscule tous mes préceptes. Il utilise des phrases courtes. Dynamiques. sans aller jusqu'au mot isolé, il se sert de petites touches, de trois ou quatre mots précisant ses sens, appuyant les actions. C'est très fort, c'est brillant, et au final j'ai beaucoup aimé. Comme quoi, quand le talent est là...

L'auteur est passionné de poésie, et en a écrit lui-même. C'est donc tout naturellement qu'il en a glissé dans son roman. De la poésie d'auteurs qui me sont malheureusement inconnus - Louis Brauquier et Christian Dotremont -, et que J-C Izzo intègre à son histoire en créant un personnage principal peu orthodoxe. Fabio Montale est un autodidacte, tombé sous le charme des écrits en rencontrant un vieux libraire. L'homme lui a donné la passion des mots, des livres. Et Fabio, sa vie durant gardera en lui cette douce tendance à rechercher dans les écrits des vérités sur les hommes, sur le sens de leurs actes, sur les beautés que l'âme cache. Sa rencontre avec une des victimes du livre, Leila est aussi nouée intrinsèquement avec cette quête des mots... 


Bien qu'apparaisse ici aussi un des autres thèmes du livre, l'immigration. Fabio est un fils d'immigré italien. Leila est issue d'une autre vague, l'immigration arabe. L'auteur aborde ce sujet délicat avec un savoir inné, il est de là. Il a vécu dans cette ville "polyculturelle", avec les heurts, les conflits, les quartiers... L'auteur présente une ville structurée autour de vagues successives et massives d'arrivants. Il montre les difficultés des jeunes à s'intégrer déjà à l'époque de Fabio, dans sa jeunesse. Il ne dresse pas de bilan, il fait juste un constat. Pas de jugement. Et c'est fort agréable. Pourtant on surfe avec le jugement tout au long des pages, on touche le racisme, on le perçoit dans quelques réflexions de personnages secondaires... Fabio lui-même en parle et par exemple sait que les jeunes dont il s'occupe seraient accusés rapidement de pet leur pedigree, sans même passer par la case doute. 


Fabio, dans cette histoire n'est pas un super héros, flic en vue dans un commissariat de pointe. Non, il s'occupe de l'ordre public, et passe son temps à éviter les émeutes, les dérapages dans une ville posée sur un volcan prêt à exploser. Il jongle avec les jeunes et évite ds situations vertigineuses. Sauf que du coup, il n'est pas bien vu par ses collègues et supérieurs. C'est moins affriolant que les stups ! moins glorieux que les homicides... Toutefois, sa connaissance du terrain va être salvatrice dans cette histoire. Il sait où frapper, où s'informer, vers qui se tourner. Et dans l’imbroglio créé par une vendetta, il parvient à comprendre qui tire les ficelles et s'en servir alors que ses collègues préfèrent laisser faire et compter les points. 


Je terminerai par un petit mot sur les relations entretenues par Fabio avec les femmes. On sent un homme tourmenté, amoureux de quatre femmes de façon différente. L’auteur a su montrer que l'amour n'est pas une seule et unique chose, et que l'on peut aimer plusieurs personnes en même temps. L'amour se joue des lois, des rites et des bonnes pensées.  Le coeur a ses raisons...

Trois mots

Deux mots pour :  Style particulier, thèmes abordés

Un mot contre : facilité de l'intrigue

Au final 


Une découverte sympathique. Je lirais les deux autres épisodes de la Trilogie, ayant en ma possession l'intégrale.

Lu dans le cadre du challenge ABC 2012

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