Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre de Ruta Sepetys

" Mon mari, [..], dit que le mal gouvernera le monde jusqu'à ce que les hommes et les femmes de bonne volonté se décident à agir. "
(P416 - spoiler enlevé)

L'auteur

Ruta Sepetys est née en 1967 dans le Michigan.

Elle a  étudié la finance internationale et vécu quelque temps en Europe, avant de travailler dans l'industrie de la musique.

Son site officiel

Résumé officiel

Une nuit de juin 1941, Lina, quinze ans, sa mère, Elena et son petit frère, Jonas, dix ans sont brutalement arrêtés par la police secrète soviétique. Au bout d’un voyage épouvantable de six semaines, presque sans eau et sans nourriture, entassés dans des wagons à bestiaux, ils débarquent au fin fond de la Sibérie, dans un camp de travail soviétique. Logés dans des huttes, sous alimentés, brutalisés, les déportés tentent de survivre et de garder espoir. Dans le kolkhoze, le travail de la terre est éreintant. Mais malgré la mort, la maladie, le froid, la faim et la terreur, Lina tient bon, soutenue par une mère exemplaire, son amour pour un jeune déporté de dix-sept ans, Andrius, et portée par sa volonté de témoigner au nom de tous et de transmettre un signe de vie à son père (condamné à mort dans un autre camp) grâce à son art du dessin et à l’écriture.

Le petit plus

Un mot de l'auteur sur ce livre... 

“Between Shades of Gray” was my first published novel and was inspired by my father who escaped from Lithuania when he was a young boy.

L'histoire

Une jeune fille de bonne famille, en Lituanie, va voir sa vie basculer, lorsque des gardes armés russes vont venir les chercher — avec sa mère et son frère —, au milieu de la nuit, pour les entraîner dans une longue descente aux enfers...

Mon avis

Il est assez rare que je parle de couverture, mais je trouve celle-ci très belle et pleine de sens, avec cette plante qui continue de lutter malgré la neige, le froid... 


C'est bien l'image que je conserve, après quelques jours, de ce livre : une lutte contre le froid. Le cœur froid des hommes. Car, si cette histoire est totalement inventée, et il ne s'agit pas là de la vie de l'auteur, elle se base sur des faits réels, des recherches. C'est effrayant de voir la misère dans laquelle ces gens ont été menés ! De voir à quel point les êtres humains peuvent être des monstres. On est en 1941, et le monde a retenu le massacre des Juifs. Mais ces femmes, ces enfants, ces hommes ont subi les mêmes outrages, dans un silence historique révoltant. Dans les deux cas, l'horreur des gardes, Allemands ou Russes, désireux de détruire une race, une espèce, pour des motifs douteux, mais bien ancrés dans leurs esprits, a conduit à la perte d'hommes, de femmes, d'enfants coupables d'être nés du mauvais côté de la croyance ! 

Encore de nos jours, des violences telles que celles décrites ici ont cour. J'ai parfois honte d'être de ce monde, de voir des humains tués pour leurs pensées, leur naissance... la couleur de leurs yeux ! 

Alors, bien sûr, on peut trouver ce livre un peu trop mélodramatique. Pourtant l'auteur a évité le piège des pleurs à outrance, du mélo langoureux et volontairement pleurnichard. Ici, la sobriété est de mise, et si les larmes me sont venues, c'est pour le mal fait à ces gens, plus que pour le pathos créé par l'auteur.  

Le style choisi est presque un carnet où l’héroïne raconte sa traversée du désert Sibérien, des affres du froid, de la faim. De la peur. Avec les espoirs, les petits riens qui remontent le moral, les sourires, une fête, un Noël. Et des présents offerts malgré tout, malgré la misère de leur vie. Malgré la faim. Elle raconte. Elle donne un témoignage, et c'est donc un livre à la première personne que nous suivons. L'immersion pour ma part a été quasiment totale. J'ai frémi, j'ai soupiré, j'ai souri, parfois tristement. C'est le talent d'un auteur ! 

Bien sûr, en cherchant, on trouverait des détails gênants. Des reproches à faire. Je me suis laissée porter par cette lecture, envahir par ces mots et enchaîner avec eux, dans leurs douleurs. Les pages ont filé, les mots coulé, et je n'ai reposé ce livre que contrainte par le temps présent, par des obligations. 

Les personnages m'ont paru si vivants. Si proches. Avec leurs caractères dépeints finement, comme une étude de meurs dans un goulag. De celui qui râle sans cesse, mais devient le pivot du groupe, celui chez qui l'on se réunit. De celle qui houspille, grogne, rage, dont on considère le caractère comme dur, mais qui craquera, rapidement, donnera aux autres pour sauver ces filles, vingt-cinq années de sa vie, en une signature.

Bien sûr, les personnages proches de Lina sont ceux qui touchent le plus. Elle leur donne tant de poids, de vie qu'il serait difficile de ne rien ressentir en parcourant ces lignes. Son petit frère, qu'elle choie, protège même si elle veut continuer à vivre... Son père, que l'on ne rencontre qu'au travers de ses dessins, de ses souvenirs, et qui est pourtant très présent dans le livre. Sa mère, héroïne, qui se sacrifie pour ses enfants. Elle lutté tant qu'elle avait l'espoir de revoir son mari. Elle ne baisse les bras que tardivement, vaincue par la malnutrition et le désespoir, la perte étant trop forte. Joli personnage, très fin, très bien amené.

Un dernier mot sur le temps, maîtrisé par l'auteur, qui nous raconte des moments précis, laissant dans l'ombre les jours sombres, les jours répétitifs de faim, de froid... 

Trois mots

Trois mots pour :  style, Histoire, émotion.

Au final 

Un petit coup de coeur ! Un livre touchant sans mélo, sans atermoiement. Une part de l'histoire trop peu connue... à lire, absolument, pour ne pas oublier que les pire monstres restent les hommes.

3 commentaires :

Lau1307 a dit…

Hum... Personnellement, sauf pour l'histoire entre Lina et Andrius, je n'ai pas accroché à ce livre... J'ai toujours l'impression de lire les même choses dans ce genre de livres... Je me sens presque mal de ne pas avoir aimé... =s

nanet a dit…

Je ne lis que rarement ce genre de bouquins, j'ai donc pu apprécier l'histoire ! Mais je comprends ton avis, et c'est une des raisons qui m'a poussé, à un moment, à ne plus lire de polars... par exemple. Je trouvais systématiquement le coupable et la fin était frustrante. .

Ici, ces histoires narrent une Histoire connue (ou presque) et la fin est effectivement toujours a peu près toujours similaire. Mais c'est le style, le ton donné qui m'ont plu.

Biz

Froggy a dit…

je suis d'accord avec toi Nanet. Moi aussi j'ai honte par moment de faire partie de la race humaine! Et je trouve la couverture très sobre mais tellement inspirante !!! Merci pour cette découverte livresque xox

 

Les mots d'un autre

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"Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi je suis fier de ceux que j’ai lus" [Luis-Borges]

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