Le Passeur de Lois Lowry


" Il se demandait ce qui se trouvait dans le lointain, là où il n'était jamais allé. La terre ne s'arrêtait pas après ces communautés voisines. Est-ce qu'il y avait des montagnes, Ailleurs ? est-ce qu'il y avait de grands espaces balayés par le vent comme l'endroit qu'il avait vu en souvenir [...]."
(P175)



L'auteur

Lois Lowry est née en 1937 à Honolulu, dans l'île de Hawaï.

Avant de se consacrer entièrement à son métier d'écrivain, elle a travaillé comme journaliste indépendante, écrivain et photographe.

Résumé officiel

Le monde dans lequel vit Jonas est bien éloigné du nôtre : une société où la notion d'individu n'existe pas. Plus surprenant encore : ses membres ne ressentent rien. Ni amour ni haine viennent bousculer leur quotidien. Les gens ne meurent pas non plus. Ils sont "élargis". Tout comme le héros de cette histoire – un garçon de douze ans – le jeune lecteur brûlera de savoir ce qui se cache derrière ce terme si obscur.


La série

Ce livre fait partie de la Trilogie du Passeur
  • Le passeur
  • L'élue
  • Messager


L'histoire

Jonas, du haut de ses douze ans va devoir faire face à des vérités jusque là bien cachées : la vie dans sa communauté n'est pas vraiment celle qu'il croyait ! Les règlements taisent la réalité, masquent les différences et surtout les sentiments...

Mon avis

J'ai entendu parler de ce livre l'an dernier sur quelques blogs, et en cherchant la raison de son apparition en 2012, alors qu'il a été publié en 1994, j'ai pu constater qu'il faisait partie d'un des Baby-Challenge : celui de Science Fiction. Comme cette année je voulais tenter d'obtenir la médaille de Bronze, j'ai choisi dans la liste quelques livres... (Certes, j'ai du coup, déjà le Bronze, et je remonte un peu la barre pour aller quérir l'Argent.)

Dès les premières pages, dès les premiers mots de Jonas, puisque l'auteur a décidé de faire raconter l'histoire par son personnage, j'ai su que ce livre allait m'envoûter ! Et, je n'ai pu le poser qu'une fois terminé.

Tout, dans cette histoire, ou presque, m'a plu : le style d'une simplicité déroutante ; l'intrigue classique, mais efficace ; le rythme de l'histoire, vif et relativement rapide, entrecoupé des sentiments de Jonas ; les personnages... et la fin !

Je trouve que l'ensemble est adorable, doux, triste parfois, ce qui ne me dérange pas plus que cela. Jonas se dépatouille avec des sentiments nouveaux, après une présentation de son monde, de son mode de vie rapide et clair. L’auteur nous dévoile cet univers, ces communautés du point de vue de Jonas, qui y est né, qui y a vécu. Et l'on saisit peu à peu les éléments constitutifs de ce mode de fonctionnement, où toute différence est niée, balayée, afin que tous puissent vivre en harmonie, sans jalousie, sans désir. Ce procédé est décrit avec brio. L'auteur nous montre cette forme, cette structure sociale comme une évidence, puis, peu à peu, au travers des découvertes de Jonas sur le passé, sur les souvenirs, dévoile le reste. Les bons et les mauvais côtés. Le plaisir d'un feu de cheminée, et le malheur, la douleur, la tristesse.

Et, Jonas de comprendre que leur société est basée sur des mensonges. Que masquer ainsi les vérités est un choix fait par d'autres gens, avant et que leur vie est une faribole, un tissu d'ineptie, où on leur refuse finalement le droit le plus intime : aimer !

J'ai adoré cette perception de l'amour, de l'amitié, du droit d'aimer, de vibrer. Le droit, aussi, à la différence. Comme j'ai aimé le petit Gabriel, et Lily, la sœur de Jonas qui avance innocemment dans sa vie d'enfant de sept ans, avec les convictions intimes de faire les choses comme il le faut, comme doit le faire une enfant de cet âge, dans ce monde-là, avec, pourtant, un restant de foi, un brin de ce qui fait notre société : de la colère... de la colère contre un autre enfant qui ne respecte pas les mêmes lois. L'auteur prouvera par la suite que ce que Lily traduit par la colère n'est que de l'intransigeance, et c'est une belle leçon de vie. Nous sommes tous si intransigeants envers nos voisins, nos connaissances ou même de parfaits inconnus sous prétexte qu'ils ne font pas comme nous !

Le petit presque qui n'a pas dû vous échapper, concerne cette fin, justement, et un petit détail, un petit bémol général.

Tout d'abord la fin qui est d'un onirisme incroyable, alors que le reste du livre est ce que je qualifierai d'écriture classique. On ne sait trop si ce que découvre Jonas est rêve ou réalité. Cette fin ne m'a pas dérangée au moment de la lire, elle coulait dans la suite de l'histoire, mais, après avoir posé le livre et éteint la lumière, j'ai repensé à cette touche intangible de merveilleux que l'auteur a glissé dans ces dernières phrases. Faut-il y voir une forme de vue de l'esprit de Jonas ? Ou bien est-ce la réalité, simplement magnifiée par son esprit encore embué des automatismes de sa communauté et incapable de saisir correctement ce qu'il voit ? Je ne détiens pas de réponse, je reste sur le sentiment d'un manque, d'une porte ouverte sur l'imaginaire. Chacun est libre d'y voir ce qu'il veut. Toutefois, après un livre construit pas-à-pas, où chaque détail compte, où chaque situation a son importance, cette fin m'a paru, après coup un peu trop différente du reste, comme bâclé, comme inachevée.

L'autre petit bémol évoqué est la gestion de la douleur physique ! Pourquoi laisser ces hommes, détenteurs de la mémoire, souffrir ? Quelle utilité ? Mais là, c'est la soignante qui parle... et, je conçois ce que l'auteur a voulu traduire, exprimer : les expériences vécues sont dangereuses, car elles entraînent une souffrance, il faut donc les bannir. Sauf que la douleur d'une fracture peut se corriger, alors que celle d'un cœur, touché par la mort d'un proche ne l'est que par le temps. L'auteur dans sa volonté de masquer toutes les expériences passées a amalgamé les deux pôles physiques et psychologiques. Attention j'ai bien dit que c'était un détail, un petit point très personnel, et qui ne gâche en rien cette adorable lecture.

Comme toujours, un dernier mot sur le temps qui est géré majestueusement, l'auteur donne peu d’informations, mais montre les étapes de la vie dans cette communauté. On sait, donc, qu'un an de la nouvelle formation de Jonas s'est passé, avant le dernier chapitre. Un an d'apprentissage qui va le conduire à un choix, déterminant.

Trois mots

Trois mots pour : Style, Intrigue, Respect.

Au final 

Quelle claque ! J'ai lu ce livre en un jour, et je reste épatée ! Superbe texte, avec une fin un peu rapide, effectivement, mais si poétique. Une ode à la vie, à l'amour, à la différence, pour sortir de nos carcans routiniers... et enfin, accepter les autres !

Lu dans le cadre du baby challenge SF de Livr@ddict

6 commentaires :

Unchocolatdansmonroman a dit…

Voici une belle chronique qui donne envie de découvrir ce roman. Je savais qu'il était envoûtant mais tu me le confirmes. Honte à moi, nous avons ce livre en série au collège mais je ne l'ai jamais lu ;) L'erreur sera réparée ! Merci de l'avoir remis au goût du jour. Liras-tu la suite de cette trilogie ?

Véro a dit…

Est-ce que cette fin onirique n'est pas due au fait qu'il s'agit de premier tome d'une trilogie ? C'est peut-être un tremplin pour préparer le 2e tome ?
En tout cas, ton billet me donne très envie de découvir ce titre...

nanet a dit…

Merci ^^

Ce livre est très prenant, et m'a emporté. La Dystopie est un style que je commence à apprécier, alors que je n'étais pas vraiment fan de SF. Ici, la douceur d'écriture et les thèmes abordés m'ont plu, ils sont ceux que je défends, dans mon propre livre : respect, amour, et droit à la différence !

J'espère que tu pourras le lire, cela vaut vraiment le coup.

Biz

nanet a dit…

Je ne sais pas, je ne pense pas que l'auteur ait voulu ouvrir sur les autres livres, qui d'après ce que j'ai appris depuis, sont sur le même "univers" mais pas forcément une suite.

Elle aurait volontairement laissé cette fin (interview trouvée sur le net), pour donner aux lecteurs le choix, la liberté de créer sa propre fin, ce, que je pressentais (peut-être parce que j'écris ? )

Je lirais sûrement la suite, si je la trouve, ce qui me parait moins évident...

Quant à trouver le livre, tu dois pouvoir te le procurer aisément en médiathèque, il est considéré comme un "classique jeunesse".

Biz

Frankie a dit…

Je suis ravie que ce roman t'ait plu et tu en parles merveilleusement bien ! C'est vrai que la fin est assez différente du reste du livre, presque trop rapide mais le reste est superbe surtout les passages entre le Passeur et Jonas ou concernant le petit Gabriel au sein de sa famille d'adoption.

Solessor a dit…

J'avais beaucoup aimé ce livre, aussi, sauf la fin ! Il faut dire que lorsque je l'ai lu, j'ignorais qu'il y avait une suite... Je trouvais ça injuste de la part de l'auteur de nous laisser là !

J'espère lire la suite un jour... Je pensais qu'il n'y avait que deux tomes, je découvre que je me trompais !

Très belle chronique en tout cas ! ;)

 

Les mots d'un autre

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"Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi je suis fier de ceux que j’ai lus" [Luis-Borges]

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