No et moi de Delphine de Vigan


« Moi je sais que parfois, il vaut mieux rester comme ça, à l'intérieur de soi, renfermé. Car il suffit d'un regard pour vaciller, il suffit que quelqu'un tende sa main pour qu'on sente soudain combien on est fragile, vulnérable, et que tout s'écroule, comme une pyramide d'allumettes. »
(P126)


Ce livre contient un conte de Noël que je ne présente pas dans cet article.

L'auteur

Delphine de Vigan est née en 1966 à Boulogne-Billancourt.

Romancière française vivant de ses écrits depuis 2007, elle a occupé un poste de cadre dans un institut de sondage auparavant.

No et Moi a reçu le prix du Rotary International 2009 et le Prix des libraires 2009.

Résumé officiel

Lou Bertignac a 13 ans, un QI de 160 et des questions plein la tête. Les yeux grand ouverts, elle observe les gens, collectionne les mots, se livre à des expériences domestiques et dévore les encyclopédies. Enfant unique d’une famille en déséquilibre, entre une mère brisée et un père champion de la bonne humeur feinte, dans l’obscurité d’un appartement dont les rideaux restent tirés, Lou invente des théories pour apprivoiser le monde. 
À la gare d’Austerlitz, elle rencontre No, une jeune fille SDF à peine plus âgée qu’elle. No, son visage fatigué, ses vêtements sales, son silence. No, privée d’amour, rebelle, sauvage. No dont l’errance et la solitude questionnent le monde. Des hommes et des femmes dorment dans la rue, font la queue pour un repas chaud, marchent pour ne pas mourir de froid. « Les choses sont ce qu’elles sont ». Voilà ce dont il faudrait se contenter pour expliquer la violence qui nous entoure. Ce qu’il faudrait admettre. Mais Lou voudrait que les choses soient autrement. Que la terre change de sens, que la réalité ressemble aux affiches du métro, que chacun trouve sa place. Alors elle décide de sauver No, de lui donner un toit, une famille, se lance dans une expérience de grande envergure menée contre le destin. Envers et contre tous.

Le film

Un film au titre éponyme est sorti en 2010, réalisé par Zabou Breitman, avec Nina Rodriguez dans le rôle de Lou, et Julie-Marie Parmentier dans celui de No. Les autres acteurs sont Zabou Breitman, Bernard Campan, Antonin Chalon...
 

Ce film est très fidèle à l'histoire, même si No y paraît un peu plus délurée. 

L'histoire

Lou est une jeune fille de treize ans, surdouée intellectuellement, mais ayant réellement son âge émotionnellement. Au décours de ses balades, elle va rencontrer une jeune SDF, No, avec qui elle va se lier d'amitié. Sa candeur va la pousser à tenter de sauver No, de la sortir de sa misère. 

Mon avis

Illustration de Margot de Vigan
Il est rare que j'évoque les couvertures des livres, puisqu'elles varient suivant les éditions, en format broché ou poche... mais je dois signaler que celle-ci est particulièrement « moche » ! Après, tous les goûts sont dans la nature. C'était juste un avis, effectivement pas du tout objectif ! Les autres couvertures que j'ai pu visualiser m'ont paru moins atypiques.

Surtout que ce livre est illustré de charmants petits dessins, un peu naïfs, présentant les scènes phares de l'histoire, des moments clés. Pourquoi ne pas avoir tout simplement utilisé un de ces dessins ?

Mais bon, revenons au livre lui-même, au texte. L'entrée en matière m'a un peu surprise, mais, passé les premiers mots, j'ai lu ce petit livre (271 pages) rapidement. Lou, jeune fille surdouée, se pose vingt mille questions sur la vie, et passe son temps à compter les choses, tester, tenter des expériences... Mais ce petit génie au QI de 160 a l'émotion d'une gosse ! Malmenée par la vie, délaissée par une mère en dépression, elle affronte les événements avec une naïveté touchante. Ayant été confronté personnellement aux enfants surdoués, je les sais parfois très émotifs. Mais j'ai trouvé le personnage de Lou très caricatural. Peut-être justement parce que je peux aborder ce sujet avec un regard différent ? Peut-être parce que j'ai souri en voyant les réactions prêtées à Lou, y retrouvant, amplifiées, celle que j'ai pu voir, vivre ? En tout cas, ici, Delphine de Vigan accentue les traits, pour rendre Lou encore plus émotive, presque à fleur de peau. Ce n'est pas dérangeant outre mesure, juste que le personnage m'a semblé un peu faut, perdant ce supplément d'âme que l'auteur a voulu lui donner.

Je pense que j'ai été gênée, car c'est Lou qui raconte son histoire ! Et, du haut de ses treize ans, elle élude, inconsciemment, certaines choses évidentes pour un public mature. L'auteur a bien tenté de faire passer ces informations, en montrant des éléments que Lou relève sans les saisir. Sauf que, du coup, je suis restée en dehors de ce livre, que j'ai pris comme un reportage, plus que comme un roman.

Lou, donc, va au lycée, et, le soir, arpente les rues, les gares avant de rentrer chez elle. Elle se lit peu à peu d'amitié avec No, cette jeune SDF, qu'elle décide de sauver, en la ramenant chez elle. L'auteur a présenté dans la première partie, les affres d'une vie dans la rue, sans atermoiements, sans sombrer dans un jugement de ce mode de vie, parfois subit. Elle n'excuse pas. Elle ne donne pas de leçon. Elle montre. Elle nous pose le nez sur les événements, les gens qui dorment sur des grilles de métro, en quête d'un peu de chaleur. Cette justesse dans l'écriture, ce choix de montrer sans juger est certainement le plus réussi.

Plusieurs sujets sont abordés dans ce livre : les SDF — avec moult chiffres et pourcentages, ce qu'aime Lou — , mais aussi la dure réalité de la perte d'un enfant, la difficulté pour des parents de se voir confronté à un enfant surdoué, la dépression, l'alcoolisme... Chacun est traité sommairement, et l'auteure tourne autour, revient, repart, sans focaliser, sans s'arrêter et analyser. Là encore elle montre. Lou n'analyse pas. Lou vit et compte les gouttes de pluie. L'histoire narrée par un autre personnage serait tout autre. Plus troublante ? Pas sûr, car la naïveté du personnage nous pousse à réagir.

Je ne parlerai pas de No. D'autres articles, sur le Net, l'on fait et ont analysé son comportement, jugeant les faits. Je m'arrêterai sur Lucas, enfant esseulé par des parents en fuite. Son histoire est tout aussi troublante que celle de Lou. Il est son opposé au point de vue scolaire, en échec, et sans soutien. Il vit seul, dans un grand appartement qui peu à peu devient le lieu de tous les possibles. Pourtant son apparente maturité, qui attire Lou tout autant que leur différence, se heurte à la réalité de la vie. Il n'a que 17 ans. Il ne peut, à cet âge, venir en aide à une fille pommée. Il ne peut réaliser l'exploit demandé, alors que des adultes, certes amochés par la vie et en pleine reconstruction, ne l'ont pas fait.

Je garde de cette lecture un sentiment mitigé. Les sujets abordés m'ont touché, mais la narration par une enfant m'a laissé à côté du livre. Et puis, c'est tout était tellement prévisible, tout s'est enchaîné sans que le moindre rebondissement me fasse frémir, entrer enfin dans l'histoire. Même la fin...

Je finirai par un petit mot sur le style de l'auteur que j'ai trouvé aisé à lire, doux, sans heurt. Avec de jolies métaphores, des phrases que l'on note, que l'on voudrait retenir. C'est sûrement ce qui me fera lire autre chose d'elle.

Trois mots

Deux mots pour : Sujets abordés, Style.
Un mot contre : caricature du personnage principal.

Au final 

C'est bien, mais c'est tellement prévisible, tellement « déjà vu », et j'avoue qu'une ado de 13 ans surdouée (même si effectivement le sentimental ne suis pas forcément les neurones) j'ai eu du mal a y croire ! Cela se lit vite, fort heureusement. Un tantinet déçue, donc...

1 commentaires :

Véro a dit…

Il est dans ma LAL depuis un moment celui-là : ton billet met un bémol mais je reste quand même avec l'envie de le lire !

 

Les mots d'un autre

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"Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi je suis fier de ceux que j’ai lus" [Luis-Borges]

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