Le Château des Carpathes de Jules Verne


"Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive, - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes. D'ailleurs, il ne se crée plus de légendes au déclin de ce pratique et positif XIXe siècle, ni en Bretagne, la contrée des farouches korrigans, ni en Écosse, la terre des brownies et des gnomes, ni en Norvège, la patrie des ases, des elfes, des sylphes et des valkyries, ni même en Transylvanie, où le cadre des Carpathes se prête si naturellement à toutes les évocations psychagogiques. Cependant il convient de noter que le pays transylvain est encore très attaché aux superstitions des premiers âges"
(P 7 - introduction)


L'auteur

Jules Verne est né en 1828 à Nantes et est décédé en 1905 à Amiens.

Écrivain français dont une grande partie des œuvres est consacrée à des romans d'aventures et de science-fiction (ou d'anticipation), il a publié 62 romans et 18 nouvelles.

Richement documentés, les romans de Jules Verne se situent aussi bien dans le présent technologique de la deuxième moitié du XIXe siècle que dans un monde imaginaire.

Résumé officiel

Près du village de Werst, en Transylvanie, se dresse le château des Carpathes qui, depuis le départ du dernier représentant, Rodolphe de Gortz, est complètement abandonné. Un jour, une fumée est aperçue en haut du donjon. Malgré leur peur, le jeune forestier Nic Deck et le docteur Patak partent en reconnaissance et sont victimes de phénomènes surprenants. Peu après ces événements, le comte Franz de Telek qui voyage pour oublier la mort de sa fiancée, arrive à Werst. Apprenant que le château des Carpathes appartenait à celui qui l'avait maudit au moment du décès de la cantatrice Stilla, il décide de s'y rendre.

L'histoire

Dans ce village, dans cette région reculée, la superstition est une tradition ! Aussi, lorsque du vieux château isolé sur sa colline, un panache de fumé s'épand, les peurs les plus cachées refont surface. Le diable a pris possession des lieux, à n'en point douter !

Mon avis

J'ai lu nombre de livres de cet auteur dans ma jeunesse, mais, depuis vingt ans, j'avais laissé cette jolie plume de côté. Ce livre, publié en 1892 se déroule en Transylvanie dans les Carpates.

1892, c'est cinq ans avant Dracula de Bran Stoker (1897) et les deux histoires se passent dans la même région, avec dans les deux livres des châteaux isolés, des comtes plus que bizarres, et surtout un voyageur découvrant les rites du pays ! Pourtant, il n'a jamais été prouvé que le second ce soit inspiré, même librement du premier.

Mais ne vous y trompez pas, les deux livres n'ont pas grand choses d'autre en commun ! Jules Verne, fidèle à ses habitudes, joue sur un terrain fantastique auquel les nouveautés technologiques du XIXe siècle vont donner crédibilité, alors que Stoker a créé l'histoire plus que connu d'un vampire...

Revenons à ce livre. Jules Verne va, au travers de cet écrit, montré la puissance des croyances et de la superstition. Dans ce village, la simple apparition de fumée au-dessus du Château normalement inhabité, va créer panique et terreur. Les vieilles histoires dont sont friands tant le magister (maître d'école) que Mariéta (fille du maire) vont resurgir et devenir des preuves que le diable n personne à pris possession des lieux, fait indéniable surtout lorsqu'une voix, venue de nulle part, les averti de ne pas se rendre au Château !

Pourtant, deux hommes vont s'y rendre ! Au péril de leur âme, crient les villageois. Le premier est fort de sa jeunesse et doit encore prouver aux autres son courage, surtout qu'il est en passe de se marier, le deuxième s'est rit tant de foi des peurs des autres, qu'il est acculé par ces mêmes à monter enfin, vers ce château ! Jules Verne montre ici que les paroles des hommes sont souvent à double tranchant. Le docteur n'aurait pas du défier verbalement les villageois, se moquer de leurs peurs, car, finalement, c'est lui qui doit monter vers ces murs noirs, cette fumée bizarre. Pleutre, il tentera tout ce qui est en son pouvoir pour déjouer ce tour du destin... avant de suivre le forestier.

Si l'étude des comportements est chez Jules Verne un atout, j'avoue que dans ce livre, les passages sur le Docteur m'ont un peu saturé. C'est une des parties qui m'a le moins plu, avec, au départ les longues descriptions du pays, avec moult noms de lieux, de rivières, montagnes... L'auteur a voulu préciser l'endroit, mais c'est un peu soûlant, car la quantité noie finalement le lecteur.

Le livre se découpe en quatre parties : la présentation du village, avec ses habitants et des faits : la fumée sur le Château ; l'expédition du forestier et du docteur, avec leur déconvenue ; enfin, l’arrivée du comte Franz de Télek, avec un rappel de son passé amoureux avec la belle cantatrice Stilla puis son accès au château ; enfin, la découverte de toute l'histoire, l'explication des événements.

Si j'ai adoré la fin, depuis l'arrivée de Franz de Telek au village, jusqu'à l’avènement  avec les avancées technologiques utilisées, comme toujours par l'auteur, a bon escient, avec ce talent de visionnaire que l'on connait, le reste du livre m'a pesé. Je n'y reviens pas, j'ai évoqué les raisons ci-dessus, j'ajouterai juste que la partie sur le forestier était nécessaire, puisqu'elle donne du poids aux croyances.

Dans les découvertes mise en avant par Jules Verne dans ce livre, nous retrouvons le phonographe, mais aussi l'électricité et une sorte de téléphone (avec le comte Rodolphe de Gortz qui a secrètement installé une ligne ouverte entre le village et l'auberge pour entendre tout ce qui s'y dit !). Il aborde aussi les prémices du cinéma, avec une image projetée par des miroirs...

Tous ces artifices sont utilisés par l'auteur pour donner foi aux superstitions ! Dans le livre, c'est le comte de Gortz qui les introduit et s'en sert pur effrayer quiconque voudrait venir près de son château. Mais je ne vais pas vous en dire plus, c'est la partie la plus intéressante du livre.

Le temps est, comme toujours, particulièrement maîtrisé et l'auteur joue du présent, du passé, amenant des sujets, revenant sur d'autres, évoquant des souvenirs... il jongle en permanence. Cette technique de narration, mettant le lecteur dans la confidence, est une de ses touches personnelle. Il nous dévoile des secrets, il nous raconte une histoire en s'arrêtant d'un coup pour nous parler d'un autre sujet, afin de bien nous faire comprendre l'ensemble de l'intrigue.

Trois mots

Deux mots pour : Intrigue, technologie
Un mot contre : longueurs descriptives du début

Au final 

Le début est fort long, mais dès que l'histoire est mise en place, le talent de conteur de J Verne nous emporte dans cette sombre histoire de superstition, croyance et autres réalités.

Lu dans le cadre du Challenge ABC 2013

6 commentaires :

Pauline a dit…

J'ai bien aimé ce Jules Verne. Je crois que tous les débuts de ses romans sont longs! J'ai lu "Le secret de Wilhelm Storitz" la semaine dernière et ce que tu dis, je l'ai ressenti. C'est long à démarrer par contre, ensuite, c'est l'éclate!

Pauline,
Entre Les Pages : http://areader.over-blog.com

nanet a dit…

Oui, je pense aussi que tous ces débuts sont longs, mais comme je ne l'avais pas lu depuis fort longtemps ^^

J'ai appris en réalisant cet article qu'il avait écrit 62 romans ! j'ai dû lire les 15 meilleurs ^^

biz

Frankie a dit…

Je n'avais jamais entendu parler de ce livre ! Il faut dire que je n'ai lu que les Jules Verne "classiques", L'île mystérieuse, Le tour du monde en 80 jours et quelques autres. Mais il n'a pas l'air mal du tout celui-ci.

POPPY a dit…

Je suis tentée de découvrir des livres de ce grand auteur lû adolescente aussi..... Tu es pugnace... et cela m'encourage, un jour prochain à m'y atteler...

nanet a dit…

Un régal, que cet auteur, même dans ces livres peu connus. Bonne lecture !

Véro a dit…

Qu'est-ce que je m'étais ennuyée avec Voyage au centre de la Terre... Pas plus envie de découvrir celui-ci !

 

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"Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi je suis fier de ceux que j’ai lus" [Luis-Borges]

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