Une éducation libertine de Jean-Baptiste Del Amo


« Qu'importe, pensa Gaspard, ici personne n'a de nom, moi-même je ne m'appelle pas, je ne m'appelle plus. »
(P42)



L'auteur

Jean-Baptiste Del Amo est né en 1981 à Toulouse.

Auteur contemporain, primé pour plusieurs de ses œuvres, ses thèmes de prédilections sont la mort, la quête identitaire, le corps et la sexualité.

Résumé officiel

Paris, 1760. Gaspard, jeune Breton qui a fui la porcherie parentale, se trouve brutalement plongé dans l'univers grouillant et pestilentiel de la capitale, par un été caniculaire. Gaspard se retrouve d'abord pris en main par Lucas, un ouvrier qui travaille au déchargement de billes de bois sur les quais de Seine. Il vivra avec lui sa première relation sexuelle, puis dérivera peu à peu vers la prostitution, éduqué par un libertin pervers, Étienne. Gaspard n'est cependant pas une victime : il veut arriver, et se montre... prêt à tout pour quitter à jamais le souvenir de Quimper et de sa mère « qui sentait la truie ». Il pénètre ainsi dans une société huppée et décadente, séduit des aristocrates, connaît la richesse avec l'héritage d'un de ses amants, le baron Raynaud. Il finit par épouser la fille du comte d'Annovres, autre amant. Mais en lui persiste l'odeur méphitique de la porcherie de Quimper... Roman d'apprentissage mené avec une maîtrise et un sens du récit impressionnants — le cloaque urbain est décrit avec une précision hallucinée —, Une éducation libertine retrace l'ascension et la chute d'un homme asservi par la chair.

L'histoire

La vie d'un jeune homme, mignon, qui gravit les échelons sociaux en utilisant son corps.

Mon avis

J'ai lu un article dithyrambique sur ce livre, et, comme j'aime les belles plumes, je me suis arrêtée pour le feuilleter, avant de céder. L'écriture est plus que convaincante, et m'a renvoyé vers ces auteurs que j'affectionne, maniant l'art des mots, avec des phrases structurées et la sensation en lisant d'être plongé dans de la soie, tant l’enchaînement des sons se fait douceur.

Pourtant, si cette plume se veut ronde et parfois soyeuse, l'auteur a aussi su la noircir, la rendre horrible pour les descriptions de ce Paris chargé d'effluves nauséabonds. Une petite touche rappelant le Parfum de Süsking, à qui l'auteur rend hommage en citant l'un des personnages : « Il avait bien connu un parfumeur du nom de Baldini usant dans son art de procédés similaires. » (P100) Charnier, morgue, fleuve emportant déjection et cadavres, il ne nous donne pas une vision très sympathique de la capitale ! Il n'est sûrement pas très éloigné de la réalité historique, et c'est un des autres points que j'ai appréciés dans cet ouvrage. Au-delà des livres donnant des moeurs légères de l'époque une illusion de romantisme moderne, Del Amo peint la ville dans son horreur, puant, maculant les chausses et les bas de robe de boue, et inondant les salons de parfums masquant le manque d'hygiène.

Mon regret, mon seul regret dans ce texte, ce sont les répétitions. Utilisées pour fonder, ancrer nos sens, bien montrer les réalités de la ville, elles sont toutefois un peu redondantes, et m'ont donné par moment la sensation de remplissage.

L'autre versant de l'histoire, concerne Gaspard, le héros, qui gravite dans cette ville. Ayant fui sa Bretagne natale, il se retrouve sur les rives de la Seine, sans emploi, sans le sou. Ses rencontres successives et un brin de chance vont lui permettre de subsister, tout d'abord dans cette fange, puis de s'élever peu à peu vers les salons de la noblesse.

La rencontre majeure, celle qui changera sa vie, le faisant passer de sous-fifre sans valeur, un pauvre erre, au garçon que nous découvrons en fin de livre, est celle qu'il fait chez son maître. Là, obligé au silence respectueux tandis que le perruquier joue les créateurs, il va croiser le regard d'Étienne de V. Cet homme (dont la description rappelle le vicomte de Valmont — les Liaisons dangereuses de P de Laclos), épicurien porté sur le beau sexe, va l’entraîner dans ses sorties avant de l'abandonner lorsqu'il aura obtenu les charmes du jeune homme.

C'est la bascule du livre. Gaspard va se servir de son corps et accéder au monde tant envié. Certes, l'éloge de la prostitution, la présentation de l’homosexualité pourtant taboue en ce siècle, peuvent rebuter quelques lecteurs, d'autant que l'auteur ne cache rien, que les scènes sont dévoilées sans pudeurs. Mais le talent est là. La plume de Del Amo a su donner à ces scènes une patine qui les absout de toute volonté impure. Il raconte. Il narre et fait fi des voyeurs.

Enfin, l'auteur a utilisé pour ce livre une période historique troublée, et l'a dépeinte avec justesse. Dans cette période, l’ascension d'un homme du peuple semble plus aisée !

La gestion du temps, tout au long du roman, avec ces rappels sur le passé en exergue, venant s’incruster dans le texte, expliquant qui est réellement Gaspard, ainsi que de petites touches temporelles, parcourent le livre. La fin m'a un peu déroutée, bien que compréhensive. Elle donne une autre touche rappelant, s'il le fallait, les liaisons dangereuses...

Bilan en quelques mots

Les mots pour : style, sujets abordés
Les mots contre : quelques répétitions

Au final 

Un texte déroutant, une plume épatante, mais.... mais beaucoup de tergiversations, et une intrigue bien pauvre, noyée sous les digressions. Quelques références à Süskind, et un grand attachement au style, que l'on retrouve tout aussi noir, tout aussi coloré d'un point de vu olfaft ».

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