Les âmes grises de Philippe Claudel


« Je ne sais pas trop par où commencer. C'est bien difficile. Il y a tout ce temps parti, que les mots ne reprendront jamais, et les visages aussi, les sourires, les plaies. »

(Premières phrases)


L'auteur


Philippe Claudel est né en 1962 en Meurthe-et-Moselle.

Écrivain et réalisateur français (« Il y a longtemps que je t'aime » — « Tous les soleils »), agrégé de lettres modernes... il a également été professeur en prison et auprès d'adolescents handicapés physiques.

Il a intégré l'Académie Goncourt en janvier 2012.

Résumé officiel

Nous sommes en 1917 dans une petite ville de province. Toute la société des notables est présente et tient son rôle. Le maire, le juge, le procureur, le flic, le médecin… tous font rouler depuis des années l’agréable train-train de la comédie sociale faite d’amicaux échanges. C’est curieux, même la Grande Guerre ne semble pas avoir bousculé les positions et les habitudes de chacun. Tout reste bien en place dans l’immuable tranquillité de la bourgeoisie sûre d’elle-même. Pourtant tout bascule lorsqu’une fillette de 10 ans est retrouvée morte dans l’eau. La petite Belle-de-Jour, comme on l’appelle. Tous la connaissent, elle servait au Rébillon, la seule brasserie restaurant du coin. « Bien, bien, bien… » reprend le juge, tout content d’avoir un meurtre, un vrai à se mettre sous la dent, un meurtre d’enfant en plus, et de petite fille pour couronner le tout. Dès lors, le soupçon gagne et rogne les âmes grises de nos notables. En premier lieu le procureur qui habite au château, juste à côté du lieu du meurtre…

Le film

Un film éponyme a été réalisé par Yves Angelo, en 2005 avec dans les rôles principaux Jean-Pierre Marielle, Jacques Villeret et Denis Podalydès.

   
 Au vu du trailer, j'ai finalement décidé de ne pas le visionner...

L'histoire

Décembre 1917. Une fillette est retrouvée assassinée, étranglée, au bord d'un canal, près d'un village, lui-même aux portes de la guerre. Les âmes grises, tous ces gens qui vivent autour ce village, autour de ce drame, sont alors présentés, une à une par le narrateur.

Mon avis

J'avais lu de bons échos sur ce livre, qui a, l'année de sa sortie, été primé (prix Renaudot, grand prix des lectrices d’Elle et Meilleur livre de l'année 2003 par Lire) Il a donc, tout naturellement, intégré ma Pal, d'autant que je voulais, à l'époque de l'acquisition, découvrir cet auteur, ce que j'ai fait depuis avec la lecture du petit recueil « Le monde sans les enfants et autres histoires ».

Suite à un Tag, Lau, une amie blogueuse de longue date, m'a proposé ce livre en lecture commune. Vous trouverez donc son article en suivant ce lien.

Mais parlons donc un peu de ce livre. Dans les premières pages, et conformément à la quatrième de couverture, j'ai été happée par le meurtre et le début d'enquête. Mais, très rapidement les digressions de l'auteur m'ont perdue.

Le personnage principal, narrateur de l'histoire, raconte ses mémoires et ce faisant ajoute tout un tas de petites anecdotes, présente des gens, ces fameuses âmes grises surfant entre bien et mal, noir et blanc, sans rompre son conte. Du coup, tout se mêle, s'emmêle, pour ne jamais réellement se démêler. Et c'est là ce que je reproche le plus à cette histoire, finalement, l'intrigue est bien mince, mais saturée de petits riens.

Alors, bien sûr, l'écriture de P Claudel ne peut pas laisser indifférente. Ces mots vont droits au cœur, bousculent, touchent, mènent des larmes au bord des yeux, lorsque certaines scènes sont montrées, crûment, sans artifices si ce n'est un parlé vrai, presque comme si l'on venait nous susurrer ces moments froids et violents de sentiments au creux de l'oreille. Comment ne pas réagir à la tristesse d'un père, d'une marraine ?
Comment ne pas bondir de rage face au traitement infligé au suspect ?

Ce n'est pas ce qui m'a dérangé dans ce livre, la plume est convaincante, et sans elle, sans sa force, je n’aurais pas terminé cette histoire. Non, c'est bel et bien toutes ces petites gens accumulés, comme des petits cailloux sur la route de la mémoire.

J'attendais sûrement trop !

J'attendais une intrigue policière, sur fond de guerre et de conflit sociaux. Mais sûrement pas ces histoires de vie et de morts. Oui, d'une vie et de plusieurs morts. La vie d'un homme, Destinat, autour duquel tout tourne dans cette histoire, et que l'on soupçonne, dès le résumé. Et la mort de plusieurs personnages, importants ou non. La victime, belle enfant, et toutes les âmes grises qui peuplent les pages du livre.

Toutefois, je pointerai du doigt les descriptions des lieux, du village, de la guerre et des soldats. L'ambiance teintée de boue. La réalité d'une guerre que l'on sent proche. Les blessés frôlés. Tout cela est incroyablement probant.

Je retiendrai, enfin, le beau personnage Joséphine, qui, contrairement à beaucoup d'autres, a choisi la vie. Dans la misère, dans le froid, elle vit ! Elle a construit de bric et de broc un palais de clocharde, rose. Elle continue d'avancer sur les chemins tortueux, froids, glissants parfois de notre existence. Avancer pour ne pas tomber.

Quant au personnage principal, celui du narrateur, j'avoue qu'il ne m'a pas plu. Son manque de courage, de charisme m'a laissée pantoise jusqu’au chapitre final, jusqu’à son acte macabre, jusqu'à sa dernière trahison.

Bilan en quelques mots

Les mots pour : un style émouvant, descriptions de la guerre.
Les mots contre : intrigue, personnage principal.

Au final 

L'écriture est superbe, crue, émouvante, perturbante de vérité, mais elle n'a pas su me transporter et l'histoire m'a paru décousue, avec trop de digressions, trop d'anecdotes, trop de petits riens. La fin est plus contenue, plus directe aussi, les pensées s'alignent et du coup le livre redevient agréable, à mon goût.

Livre lu en Lc avec Lau : son article

6 commentaires :

  1. Eh bien, je peux dire qu'après lecture de ton avis, nous avons pensé pas mal la même chose de ce petit roman.

    L'écriture est le meilleur côté de l'histoire, et tout comme toi, j'ai trouvé les nombreuses digressions pas mal dérangeantes.

    Malgré cela, je suis contente d'avoir faite cette lecture commune avec toi ! =)

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    1. Oui, c'est un avis mitigé en fin de compte, à cause de toutes ces digressions, et qui se confirme : une semaine après la lecture, je garde un souvenir fade de cette histoire.

      Biz

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  2. Il était dans ma pal et comme je ne me lançais pas à le lire, je l'ai passé à ma mère...j'ai maintenant très envie de le récupérer !

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    1. Eh bien, me voilà ravie ! faire envie avec un article mitigé... qu'est-ce que cela serait si en plus j'avais adoré ?

      Biz et bonne découverte.

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  3. Avis mitigé… mais intrigant et même si ce n'est pas une priorité je vais ajouter ce livre à ma liste de lecture (je sais qu'il est à la bibliothèque).
    Merci pour ta chronique :)

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    1. Le style est puissant et déroutant, peut-être que tu accrocheras plus que je n'ai su le faire ?

      Biz

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