Dans la lumière de Barbara Kingsolver


" La densité des papillons dans les airs lui donnait maintenant l'impression d'être plongée en eau profonde parmi des poissons éclatants."
(P75)



Ce livre a été lu dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire de PriceMinister


PriceMinister-Rakuten propose depuis 2010 de recevoir gracieusement un livre de la rentrée littéraire et d’en faire la critique sur son blog, afin de déterminer les ouvrages à retenir de cette rentrée 2013.
Vous pouvez retrouver les livres participants au Matchs sur le blog

L'auteur

Barbara Kingsolver est née aux Etats-Unis en 1955.

Journaliste, poète et romancière, elle a écrit une dizaine de livres, tous publiés chez Rivages. Connue pour son engagement écologiste, elle tient une place à part dans la littérature américaine. En 2010, elle a obtenu le prestigieux Orange Prize pour Un autre monde.

Résumé officiel

Dans les Appalaches, au coeur de la forêt, Dellarobia Turnbow aperçoit une lumière aveuglante. La vallée semble en feu. Mais ces reflets rougeoyants n’ont rien à voir avec des flammes. Ce sont les ailes de centaines de papillons qui recouvrent le feuillage des arbres. Cette étrange apparition devient un enjeu collectif : la communauté religieuse de la ville croit reconnaître un signe de Dieu et certains scientifiques invoquent une anomalie climatique. Toute l’Amérique se met à observer ce coin isolé, ancré dans les traditions rurales : Dellarobia comprend que de simples papilons vont bouleverser sa vie, et peut-être l’ordre du monde.

L'histoire

Dellarobia, jeune femme sans histoire, va découvrir un monde en perdition aux porte de sa maison... la mise en lumière de la disparition des Monarques va lui ouvrir les portes de sa propre vie.

Mon avis

Le Monarque ! Non, ce n’est pas un livre sur un roi… mais bel et bien sûr ce magnifique papillon orange et noir.

Monarque - série Dome
Personnellement, je n’en ai vu qu’en photo, ou dernièrement dans la série Dôme, inspirée du livre de Stephen King. Je n’ai lu que le premier tome de cette mini série, et j’avoue que je ne me souviens pas si les monarques y sont présents ! En tous cas, ils sont dans le 4° épisode de la série, et ils se collent à la paroi de ce dernier, ce qui donne un spectacle magnifique, bien que légèrement angoissant.

Mais nous ne sommes pas là pour évoquer cette série, mais bien ce livre.

Alors, si comme moi, le Monarque reste énigmatique, je vous propose quelques lignes culturelles. Ce papillon, outre d’être un des plus grands (10 cm environ), a pour autre spécialité d’être un migrateur. Il traverse plus de 4 000 kilomètres, deux fois par an, d'août à octobre vers le sud, vers le Mexique, et au printemps vers le nord des Etats unis et le Canada.

Asclépiades
C’est en grande partie ce que raconte le livre. L’auteure a choisi de romancer une disparition annoncée, celle de ces papillons, suite à la dévastation de notre planète par toutes les pollutions tant humaines que naturelles. C’est un cri, un message d’alarme. Car la migration à pour but non seulement de protéger le Monarque du froid rugueux de l’hiver mais aussi de s’alimenter et de trouver une plante bien particulière : asclépiades qu’il est un des seuls être sur terre à pouvoir ingurgiter sans vomir...

Très écologique, tout en restant ironique, le livre veut nous pousser à la réflexion. J’ai, par exemple, beaucoup aimé le passage où un féru d’écologie, persuadé des fondements de ses actes, expose les mesures de protection de la nature à mettre en place.

Je vous explique en deux mots pourquoi ce passage est comique et grave en même temps.

Dellarobia, l’héroïne de notre histoire, vit pauvrement dans une petite baraque ouverte aux quatre vents, dans les Appalaches. Son mari, épousé à un âge où les jeunes vont plutôt vers leurs études, est un bonhomme simple, courtois, travailleur, mais sans ambition autre que de voir le prochain match de foot américain ou de se rendre à l'office du dimanche. Vous comprendrez que les mesures du type : « prendre moins souvent l’avion » ou encore « baisser la température intérieure de deux degrés » soient, pour elle, des mesures un peu utopistes.

Lorsque l’histoire débute, Dellarobia décide de plaquer l’espace d’une journée, son petit monde pour une aventure. Une romance. Un voyage au pays de l’interdit, dans des bras avenants, pour oublier que sa vie est une routine sans charme.


C’est là, au fil de ses pas, qu’elle va rencontrer les Monarques dans les sapins sur lesquels ils se sont massés en grappe compacte. Effrayée et surtout incapable de mettre un mot sur ce qu’elle observe, elle va revenir sur ses pas, et taire sa découverte, jusqu’au projet de déboisement des collines par son beau-père. Celui-ci, au bord de la faillite financière, veut gagner de l’argent en vendant les sapins, plantés quelques années plus tôt pour les marchés de Noël. C’est là que, pour la première fois, Dellarobia entre Dans la lumière.

Par la suite, Dellarobia va toucher du doigt un monde totalement inconnu et prendre conscience de la réalité tant de sa propre existence que de celle des Monarques. Cet insecte se met en hibernation (diapause) pendant l’hiver, puis revient à la vie au printemps pour effectuer un long voyage vers le nord. Les deux héros du roman sont en perditions, et le parallèle effectué par l’auteure est touchant. Au fil des pages, des mois qui s’écoulent, Dellarobia sort de sa coquille, de son hibernation forcée, prend naissance, puis s’envole. Sa diapause était un sacrifice sur l’autel de la bienséance, sa migration sera la conséquence de cette mise en lumière, tant médiatique qu’intellectuelle. Alors certes, elle ne va pas battre des ailes et partir vers un long périple, elle va surtout sortir du cocon d’une routine sombre et peu enrichissante, au travers l’acquisition d’un savoir. Elle va peu à peu devenir l’aide d’un scientifique, dans un laboratoire de fortune et apprendre tout ce qu’il y a connaître sur ces majestueux papillons et leur voyage. Leur long périple du nord au sud.

En fait, pour être précise, ce n’est pas un seul papillon qui migre, mais une génération de papillon. Comme la durée de vie normale d'un Monarque est d'environ deux mois l'été (en diapause, il peut vivre jusqu’à 7 mois), vous comprendrez bien qu’il ne peut, lui seul, effectuer le voyage vers le nord.

De même, Barabara Kingsolver n’évoque pas que la vie de Dellarobia, mais tisse autour d’elle toute une trame d’existence. Les personnages sont montrés depuis le point de vue de l’héroïne, l’ensemble du texte étant centré sur elle, sur ses pensées, ses doutes, ses souvenirs. Du coup, les rapports, les dialogues sont orientés. C’est très bien fait, et l’auteure a donné une grande capacité de réflexion à son personnage principal qui analyse sans cesse les événements, les paroles, les actes des autres. Le tout est mâtiné d’une pointe d’humour, de sarcasme, aussi. C’est un style qui m’a charmé, l’écriture est douce, travaillée, et les apports scientifiques se lient au texte, sans le rendre lourd ou pompeux.

Barbara Kingsolver aborde d'autres sujets dans ce roman, comme l'économie clapotante des States, la vie à crédit, les magasins de misère où l'on trouve une encyclopédie complète à un $, juste à côté d'un rayon empli de bagages d'occasion. Ces sujets sont abordés avec une petite pointe d'humour qui ne les rend pas plus faciles à lire, surtout à accepter, ils trahissent la réalité d'un monde en perte de vitesse, où tous les hommes désirent une télévision grand écran, la dernière voiture à la mode, un téléphone High-tech mais refuse de trier leurs ordures ou d'éteindre la lumière et mangent des pattes dès le 10 du mois. C'est probant de réalisme, c'est cru et parfois un peu provoquant. On pourrait croire que Dellarobia se plaint, que nenni, elle accuse le coup, elle saisit les choses qui lui étaient restées inconnues, qui n'avaient pas été mise Dans la lumière.

Tout ce qui se passe de façon chronologique est narré au passé, avec un retour permanent sur les événements, même récents. L’histoire évolue sur six mois, le temps que les papillons hibernent. Je terminerai par un bémol, quelques longueurs m’ont un peu ralentie dans ma lecture, et le rythme très lent des premiers chapitres a bien failli me faire oublier ce texte, pourtant très intéressant, au final.

Je terminerai par un petit passage qui m'a bien plu, preuve de l'humour de l'auteur, la scène du scientifique et de la journaliste, nommée Rita, (comme l'affreuse journaliste de Harry Potter, mais là, ce n'est peut-être qu'une coïncidence)... Mais chut, vous lirez.

Pour aller plus loin

Voici quelque sites sur le sujet de la migration des monarques et leur disparition

La grande migration du papillon monarque
Des papillons monarques suivis à la trace
La migration des monarques, un phénomène en voie de disparition?
Le déclin des Monarques

Et deux liens vers des sites éco-responsables : Manicore  ou WWF

Bilan en quelques mots

Les mots pour : Style atypique, écologie, science édulcorée, Monarque
Les mots contre : quelques longueurs

Au final 

Un livre surprenant, lent, qui s'immisce en vous petit à petit, et vous entraîne vers une prise de conscience de notre environnement. Le manque d'action m'a un peu pesé, au départ, mais finalement, ce texte, superbement écrit, m'a bien plu. L'héroïne, comme les Monarques, se retrouve Dans la lumière, et c'est aussi son évolution que nous observons. Pas mal !

Notation PriceMinister : 14/20

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