Entre chiens et loups de Malorie Blackman (série)


« Je me suis collée contre lui, je l'ai enlacé, je lui ai rendu ses baisers. Mon désespoir était le sien, son désespoir était le mien. Comme si le seul rempart que nous avions trouvé contre le monde était notre amour. »
(P342)

L'auteur

Malorie Blackman est née en 1962 à Londres.

Écrivaine britannique pour les enfants et les adolescents, elle a suivi des études pour être programmeuse informatique. 

Résumé officiel du tome 1

Imaginez un monde. Un monde où tout est noir ou blanc. Où ce qui est noir est riche, puissant et dominant. Où ce qui est blanc est pauvre, opprimé et méprisé. Un monde où les communautés s'affrontent à coups de lois racistes et de bombes. C'est un monde où Callum et Sephy n'ont pas le droit de s'aimer. Car elle est noire et fille de ministre. Et lui blanc et fils d'un rebelle clandestin.

Son site

La série

La série se compose de 4 tomes :
  1. Entre chiens et loups, tome 1
  2. Entre chiens et loups, tome 2 : La couleur de la haine
  3. Entre chiens et loups, tome 3 : Le choix d'aimer
  4. Entre chiens et loups, tome 4 : Le retour de l'aube
L'histoire

Thème de Romeo et Juliette, encore, avec un amour impossible sur fond de ségrégation inversée, puisque cette fois, ce sont les noirs qui sont riches et puissants.

Mon avis

Ce livre fait partie des tops, des livres à lire, des livres phares que tout le monde ou presque a aimés. Sauf moi ?

J'ai entendu tellement de bien sur ce roman, sur l'histoire, triste à souhait, sur l'amour impossible, sur la fin tragique, que lorsque je l'ai ouvert, j'avais la sensation d'en avoir déjà lu une partie. Du coup découvrir la plume plus que simple de l'auteur m'a dérouté. J'avoue que je m'attendais à bien mieux, à être transportée par cet écrit. J'ai donc été déçue par cette prose, certes dynamique, fraîche, pleine de sentiments, mais manquant de relief, de profondeur.

L'alternance de narration entre les deux personnages permet de suivre l'évolution de l'histoire avec une rythmique intéressante. L'auteur a choisi de tout mettre à la première personne, et au présent. Ainsi, qu'on lise les passages sur Sephy ou sur Callum, pas de changement. Une façon de s'approprier leurs pensées ? Ce mode de narration, de plus en plus usité, me laisse pantoise, car il perd en finesse, en douceur. Du coup, le texte est plus abrupt, et, ici, colle bien aux parties plus dures, plus agressives du texte. C'est direct. C'est percutant. Ce mode n'est donc ni un échec ni une réussite.

Les personnages apparaissent au fil des pages, prenant de plus en plus de poids. Ils ont caricaturaux pour la plupart, ce qui permet à l'auteur de gagner du temps pour les principaux. Elle a fait le choix d'inverser les rôles, de donner aux noirs la place historique des blancs. C'est une idée qui se défend, elle a voulu inverser les tendances, confronter les idées, mais c'est du coup contre-productif, car les noirs deviennent les méchants, les ségrégationnistes. Le but était peut-être — je ne suis pas devin, je ne sais pas ce que pensais l'auteur au moment d'écrire le livre — de modifier ce point, de donner le mauvais rôle aux blancs, les rendre victime de tout ce qu'ont vécus les hommes noirs. Sauf que cela a sur moi l'effet adverse ! Ici, les blancs sont a nouveaux les gentils... les parias, ceux que l'on a envie de défendre. Et les méchants sont à nouveau les noirs. Bref, l'inversion n'a pas fonctionné. Et je n'en vois du coup pas l'utilité. Peut-être parce que la couleur de peau n'a, pour moi, pas d'importance ? Elle n'est pas ce qui définit un être.

Un mot sur l'intrigue. L'histoire d'amour entre les deux personnages est une nouvelle version de Romeo et Juliette, puisque les deux familles s'opposent, tentent de séparer le couple. Et la fin est là aussi tragique. Certes, c'est une comparaison comme un autre, qui se décale du modèle d'origine, les deux amoureux n'ayant pas les mêmes idéaux que dans l'œuvre de Shakespeare... et la scission n'est pas due à de vieilles querelles, mais à des fondements idéologiques, une conviction d'être différent, d'une autre race. Vivant dans un univers raciste, incapables de dépasser cet état de fait, les familles de Sephy et Callum ne peuvent accepter leur amour, et vont jusqu'à accuser le garçon de viol, puisqu'il est impossible, dans leurs têtes que leur liaison, leur relation soit partagée.

C'est le seul point qui a su attirer mon attention, et j'aurais aimé qu'il soit développé. Seulement, comme pour tout le reste, l'auteur en donne trois mots et file vers d'autres événements.

Je terminerai par les deux protagonistes. Autant Callum est crédible en gosse dépassé par les événements, amoureux d'une fille qu'il ne devrait pas aimer, essayant de vivre dans un monde où tous lui rappellent qu'il n'a pas sa place, même les siens, autant Sephy est trop surfaite. L'auteur lui donne un rôle de pauvre petite fille riche très caricatural. Elle plonge dans les affres de l’alcool, reproduisant un comportement connu, mais là encore c'est survolé, touché du doigt sans être approfondi. Et que l'on ne me sorte pas l'argument de littérature jeunesse ! Je lis suffisamment de ce genre pour savoir que l'on peut traiter intégralement un sujet.

Bref, un livre dont je ressors déçue.

Bilan en quelques mots

Les mots pour : racisme bien démontré, amourette
Les mots contre : manque de style, de profondeur, doute sur l'inversion des rôles

Au final 

Quel intérêt de rendre les noirs méchants ? C'est un peu contre-productif, je trouve, puisque les noirs sont ici les bourreaux ! Ils ont, du coup, encore le mauvais rôle. Mis à part ce point qui m'a énormément dérangé, l'histoire est émouvante, bien que le style soit très pauvre.

13 commentaires :

  1. Comme toi, j'ai été déçue, donc tu n'es pas la seule. ^^
    Bon, l'inversion des rôles ne m'a pas dérangée. Peut-être l'auteure voulait-elle montrer justement que les Noirs ne vaudraient pas mieux que les Blancs si les rôles étaient inversés ? Et donc ne pas s'enfermer dans le rôle de la Noire qui défend les Noirs.
    Mais ce qui m'a vraiment gênée, c'est le manque de style et de profondeur dont tu parles. Et effectivement, j'ai trouvé le personnage de Sephy trop caricatural.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je pense que le livre a eu un engouement chez les très jeunes lecteurs mais que dès que l'on passe un peu cette limite d'âge, on s'aperçoit des manques...

      Je n'ai appris l'origine de l'auteur que lors de la réalisation de l'article, mais ton argument tient la route. Toutefois, je trouve que cela n'apporte rien.

      Biz

      Supprimer
  2. Ah oui en effet, c'est la déception !!!
    Je vois que le style d'écriture ne t'a pas trop plu alors que j'ai aimé sa simplicité.
    Par contre là où je suis d'accord c'est que tout est survolé, rien n'est creusé en profondeur mais j'ai été embarqué dans l'histoire d'amour entre Sephy et Callum, amour parfois aux effets pervers.
    Quant à l'inversion des couleurs, il faut en effet souligner qu'elle n'apporte rien de neuf, pour moi c'était un détail dans ce livre.
    Je pense qu'à cause de nous (moi et autres copinautes) tu t'attendais à un super bouquin puis pssst ça se dégonfle comme un ballon ^^

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. L'accumulation de la simplicité plus le survol ont été à l'origine de cette déception. L'historie d'amour, même belle et triste n'a pas pu rattraper ce sentiment.

      Mais bon, nous restons "synchrone" à nos habitudes : tu aimes, donc... C'est bien, cela permet de savoir ce que je peux lire ou pas ^^

      Biz

      Supprimer
  3. Bon, ton commentaire m'avait annoncé la couleur ! Tu as tout à fait raison sur la question du racisme, j'ai trouvé que c'était très léger. Le point qui m'a le plus agacée, en fait, c'est que les personnages aient recours au terrorisme comme si c'était normal et qu'aucune autre solution ne puisse être envisageable : à aucun moment on n'a un personnage-voix-de-la-raison qui s'y oppose, et c'est vraiment, vraiment dommage. Quand je l'ai lu, je comptais lire la suite, mais ma volonté s'est émoussée !
    (J'aime cet argument que tu donnes sur la profondeur de la littérature jeunesse, il me fait toujours chaud au cœur !).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le terrorisme est une solution rapide et colle à l'idée d'Apartheid voulue par l'auteur. Callum résiste un peu au départ, puis cède, pour de mauvaise raison, mais elles sont toujours mauvaise lorsqu'il s'agit de céder à la violence.

      Quand à l’argument "jeunesse" certains sont fouillés, profonds, ne serait-ce que les HP ! Ecrire pour de jeunes lecteurs ne veut pas dire survoler les sujets.

      Biz

      Supprimer
  4. Je suis contente de voir qu'il n'y a pas que moi qui ai vu l'inutilité d'inverser les rôles des blancs et des noirs :) C'est à mes yeux plus une question de lutte entre ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne l'ont pas (et peu importe leur couleur). Bon dans l'ensemble, j'ai plus aimé que toi, sans doute parce que l'histoire de Stephy et Callum m'a touchée et en VO, je n'ai pas trouvé le style forcément pauvre (même s'il se lit très facilement).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le style est peut-être un peu plus soutenu en VO, les éditeurs ont tendance à rendre les traductions pour Ado simple, éludant les mots complexes, coupant même certaines phrases trop longues. C'est dommage, car le livre perd en profondeur. Ceci dit, c'est une pure spéculation basée sur d'autres exemple, notamment Uglies...

      Biz

      Supprimer
  5. tu résumes très bien ce que j'ai ressenti et ma déception

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bonjour et bienvenue sur le blog ^^ je suis étonnée de voir combien ont été déçu et les notes sur L@ !

      Biz

      Supprimer
  6. Je viens de voir ton commentaire sur mon blog. On partage grosso modo le même point de vue sur la superficialité des thèmes abordés. Certaines parties auraient gagnés en richesse s'ils avaient été plus exploités et approfondis, hors tout est survolé vaguement. En fait, je trouve que l'inversion n'est pas une mauvaise idée, mais si c'est pour survoler vaguement de loin le sujet... quel est l'intérêt en effet ?

    RépondreSupprimer
  7. bon ça sera plus pour ma fille que pour moi je pense...

    RépondreSupprimer
  8. J'avais beaucoup aimé le fait de finir par penser que Sephy était blanche et Callum noir... C'est vrai que l'histoire aurait pu être plus approfondis, mais personnellement, je trouve que les idées sont là et marquent le lecteur.

    RépondreSupprimer

Merci de laisser des commentaires constructifs, afin que nous puissions échanger sur les lectures présentées.

Les commentaires anonymes ne seront pas publiés.

Bonne journée, merci de vos petits mots, Biz, nanet.

 

Les mots d'un autre

Les mots d'un autre
"Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi je suis fier de ceux que j’ai lus" [Luis-Borges]

Ma liste de blogs

Pour me contacter

Nom

E-mail *

Message *

Membres

Articles les plus lus (7 derniers jours)