Si jamais... de Meg Rosoff



Éditeur : le Livre de Poche Jeunesse - Nb de pages : 356
Série : / 
Catégorie : Jeunesse - Drame - Univers Fantastique.



Meg Rosoff est née en 1956.

Son premier roman, Maintenant c'est ma vie, a reçu un bon accueil auprès du public adolescent. Elle a remporté plusieurs prix littéraires : Luchs en Allemagne ; Michael Printz aux États-Unis ; Guardian du livre jeunesse en Angleterre. 

Son site


Que feriez-vous si un jour la Fatalité se mettait à vous poursuivre ? Vous vous mettriez certainement à courir comme un fou pour lui échapper. C'est exactement ce que fait Justin. A quinze ans, il change d'apparence, d'identité et même de nom, persuadé que la mort le guette à chaque coin de rue. Sa fuite éperdue l'entraîne vers des aventures extraordinaires. Il tombe même amoureux ! Mais la vie est ce qu'elle est, et les événements restent imprévisibles... Tu peux courir, Justin, nul n'échappe à son destin…





Rencontré sur un blog, il y a quelques temps, ce livre était entrée dans ma Pal, où il stagnait, régulièrement repoussé par d'autres lectures, d'autres choix. Intégré à l'ABC 2014, un bon moyen de vider sa Pal, il a été tiré au sort pour les lecture de février.  


Lorsqu'il prend conscience de la fatuité de la vie, un jeune garçon bascule dans la paranoïa, change d'identité (de David à Justin), de style... pour échapper au Destin. Mais, sa vie en fuite est-elle une vrai vie, et ce chien, Gaillard, qui l'aide à reprendre pied ? 


Étrange ! C’est le moins que l’on puisse dire. Ce livre est une petite bombe, une lecture fantastique et pourtant réaliste, une perle aux reflets noirs d’encre. Roman jeunesse ? Non. Roman sur les jeunes, leurs doutes, leurs troubles, leur évolution et les questions, les envies qu’ils nourrissent, oui. Du coup, je conçois que de nombreux jeunes lecteurs aient eu du mal à entrer dans ce texte.

La forme d’abord, avec une narration découpée, entrecoupée d’interventions de Destin, notifiées en gras dans le texte, soit dans de très courts chapitres, soit au fil des mots.
" Je ne passe pas de marchés, Justin. Et c'est moi qui distribue les cartes.
Voici les tiennes : deux cœurs sans importance. Un joker. un petit trèfle minable. Pioche !
Oh ! L'as de pique !
Je suis vraiment désolé." (135) 
C’est frappant d’efficacité, car au moment où l’on pense saisir le devenir, comprendre l’aspect psychologique, la douce folie, le Destin vient nous bousculer, nous montrer autre chose, nous amener, avec David/Justin, vers une autre voie. Du coup, j’ai longuement hésité entre crise de Schizophrénie, paranoïa ou dépression. Chut, à vous de lire et de découvrir l’étrange réalité.

Les descriptions sont assez riches, restant simples, avec des mots posés sagement, et un brin de fantasy, d’humour. Pourtant l’auteure n’hésite pas à intégrer de l’horreur, de la violence (crash d’un avion, accident de voiture), mais ses mots doux, sa façon de créer une intrigue allant du réel à l’irréel rend tout cela saugrenue. Le crash est vécu comme un élément extérieur, comme s’il se passait derrière un écran, comme s’il n’était pas véridique. Comme s’il n’était qu’un reportage photo…

Tout est vu au travers des yeux de Justin/David, le personnage principal, mais la narration reste extérieure. Les apports irréels — avec un chien imaginaire, sans oublier les paroles du Destin — donnent au roman un petit côté fantastique. Du coup, j’ai longuement hésité entre livre sérieux abordant des thèmes philosophiques ou pamphlet et j’avoue avoir souri à de nombreuses reprises, lors des déboires de Justin. Les passages à relever sont les échanges entre David et son petit frère et la distance mise entre la sagesse de ce dernier et ses paroles toutes enfantines.

« Dérouté par la question, l’enfant réfléchit. Les circonstances m’échappent un peu, admit-il, mais en règle générale je m’efforce de ne pas compliquer les choses. Si je sais précisément ce que je veux, les autres ont moins de mal à me contenter. Ça paraît tout simple, ça fonctionne la plupart du temps néanmoins.
— Coin-coin.
Les mots étaient clairs, et il montrait son canard en bois. » (118)

Malgré tout, il y a eu un moment où j’ai eu la sensation de me perdre. Le livre devenait moins prenant, les doux délires de Justin n’avaient plus le même charme, ses digressions me pesaient. La partie centrale est vraiment moins bonne, un peu longuette.

Quant à la fin, elle est franchement déroutante et chacun y trouvera la réponse qu’il désire. J’avoue que la mienne m’a bien plu, et donne une teinte magique au roman, une aura sympathique. Toutefois, je pense qu’elle pourra laisser d’autres lecteurs sur la touche, comme toutes les fins ouvertes. L’auteure ne donne pas les clés ! À vous d’imaginer.


Les personnages sont raffinés et difficiles à schématiser. Loin des caricatures, ils sont essentiellement axés sur ce que ressent Justin. Comme ses sentiments changent, que la paranoïa lui fait imaginer des choses, les personnages évoluent.

Toutefois, Agnès est décrite comme une jeune femme excentrique toujours vêtue de fringues bizarres et qui passe son temps à photographier Justin. Amie, amante, elle est La femme, celle dont il rêve la nuit, sur laquelle il fantasme.

"La voix appartenait à une jeune fille de dix-neuf ou vingt ans qui l'observait de sous une épaisse frange rose. une couche de Khôl noircissait ses yeux, sa bouche ourlée avec soin d'un orange vif qui jurait parfaitement avec sa chevelure. Elle portait des bottes à talons compensés de dix centimètres de haut en serpent vert pâle, des collants aux motifs ahurissants, une jupe courte, un corsage collant et transparent imprimé de personnages de dessins animés japonais par-dessus lequel était tendu un bustier élastique beige des années 1950." (28)

Peter est l’ami calme, le copain sur lequel il peut compter.

Charlie, le petit frère aux pensées d’adulte dans un corps et des attitudes d’enfant. Important, Charlie, il est celui par qui tout arrive… puisque c’est sa possible chute qui fait basculer David.

Les autres sont tout aussi importants, des piliers dans l'évolution de David/Justin.



Le temps est intemporel. On suit bien, au départ, la fraction temporelle - semaine, jour - mais rapidement le temps perd de sa valeur. Ce qui est normal, puisque Justin lui même perd la valeur du temps.

L'espace aussi est inconstant. L’intrigue se passe dans une bourgade, aux portes de Londres, sans toutefois que cet aspect soit très important.


Les mots pour : aspect psychologique, écriture, idée.

Les mots contre : quelques longueurs,

Notation : 14/20



Amusant au départ, ce livre perd son souffle vers le milieu. Le thème choisi est intéressant, la forme utilisée novatrice, et la fin justifie le tout ! Entre foie douce, paranoïa ou crise d'ado, j'ai longuement hésité, pour comprendre mon erreur, avec ravissement, dans les derniers mots. Joli texte que je ne classerai pas en jeunesse...

2 commentaires :

c era una volta a dit…

Un avis fort intéressant Nanet. J'ai pris plaisir à te lire. C'est étayé et clair. De là à dire que j'ai envie de le lire, je ne sais pas. Est ce que le tout permet de rattraper les longueurs et l’essoufflement du milieu? Je suis en quête de lectures où je ne m'ennuierais pas ^^

nanet a dit…

Je ne pense pas que ce livre soit ce que tu cherches, si tu préfères les lectures où on ne s'ennuie pas ^^ il est sympa, pas du tout adapté à de jeunes lecteurs, mais restera une lecture parmi d'autres. Rien de plus.

Bizzzzzzzzzzzz

 

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"Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi je suis fier de ceux que j’ai lus" [Luis-Borges]

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