Au pays des kangourous de Gilles Paris




Éditeur : J'ai Lu — Nb de pages : 220
Série : / 
Catégorie : Contemporain



Gilles Paris est un écrivain français.

Fonctionnaire au ministère de la Jeunesse et des Sports, puis journaliste dans le domaine du cinéma et de la musique pour la presse populaire, il est devenu attaché de presse dans l'édition, d'abord chez Jean-Claude Lattès et Plon, puis pour son propre compte.



« Ce matin, j'ai trouvé papa dans le lave-vaisselle. En entrant dans la cuisine, j'ai vu le panier en plastique sur le sol, avec le reste de la vaisselle d'hier soir. J'ai ouvert le lave-vaisselle, papa était dedans. Il m'a regardé comme le chien de la voisine du dessous quand il fait pipi dans les escaliers. Il était tout coincé de partout. Et je ne sais pas comment il a pu rentrer dedans : il est grand, mon papa. » 
 Simon, neuf ans, vit avec son père Paul et sa mère Carole dans un vaste appartement parisien au Trocadéro. Mais le couple n'en est plus un depuis longtemps. Paul est écrivain, il écrit pour les autres. Carole, femme d'affaires accomplie, passe sa vie en Australie, loin d'un mari qu'elle n'admire plus et d'un enfant qu'elle ne sait pas aimer. Le jour où Paul est interné pour dépression, l'enfant sans mère est recueilli par Lola, grand-mère fantasque, adepte des séances de spiritisme avec ses amies « les sorcières », et prête à tout pour le protéger. 

Dans les couloirs trop blancs des hôpitaux, il rencontre aussi l'évanescente Lily, enfant autiste aux yeux violets qui semble bien résolue à lui offrir son aide. Porté par l'amour de Lily, perdu dans un univers dont le sens lui résiste, Simon va tâcher, au travers des songes qu'il s'invente en fermant les yeux, de mettre des mots sur la maladie de son père, jusqu'à toucher du doigt une vérité indicible.





Ce livre m'a été proposé par les Éditions J'ai Lu. Le sujet m'a paru fort intéressant et les avis positifs de quelques amies blogueuses m'ont décidé à accepter cette lecture.


Tout est dit, ou presque, dans le résumé ci-dessus.


Il est des livres qui nous interpellent par leur texte, d'autres qui nous font sourire, d'autres, enfin, qui semblent prédestinés. C'est le cas de ce petit bouquin. Reçu quelques jours avant une excursion professionnelle sur Paris, j'ai trouvé sympathique de le prendre en voyage, puisque l'auteur se nomme Paris (à chacun ses façons de choisir ses lectures). Mais, lorsque Stéphanie m'a indiqué qu'il serait justement au Salon du Livre, où je devais me rendre le samedi après-midi, j'ai trouvé cela troublant. La rencontre faite, quelques mots échangés sur le livre et une signature plus tard, j'ai repris la lecture de ce drôle de petit livre avec un sentiment légèrement différent, l'auteur étant fort charmant, et son style, ici volontairement enfantin — son héros ayant neuf ans —, plus que convaincant.

Mais les coïncidences ne s'arrêtent pas là ! En promenant le lendemain du Salon, avec une amie, nous avons remonté la rue Paul Doumer, qui est celle où se déroule une partie de l'intrigue : c'est l'adresse de Simon. Ajoutez à cela que le prénom de la maman de Simon est le même que celui de mon amie... et qu'une partie de l'histoire se déroule à Montpellier, vous comprendrez que je ne pouvais pas passer à côté de ce livre.

Alors certes, ce petit roman est mignon, et manque parfois un peu de profondeur. N'oublions pas que le personnage qui raconte a neuf ans, et le travail magnifique de l'auteur pour rester dans cette logique m'a beaucoup plu. Les réflexions très enfantines, les visions naïves, le rêve aussi sont une parfaite réussite. L'adulte s'efface, l'enfant s'impose, avec sa candeur, ses doutes, ses envies.

Bien sûr, l'intrigue est un peu facile pour les adultes que nous sommes, et la vérité s'annonce rapidement, alors que Simon, enfant sage et un peu rêveur, tarde à comprendre. C'est là le paradoxe d'un texte écrit par un adulte, en mimant la grâce des enfants.

"Et les miroirs de l'avenue Paul-Doumer vont être bien seuls. Plus personne pour s'admirer dedans. Même pas les monstres qui se cachent sous les lits ou dans les placards, bien trop effrayés de découvrir à quoi ils ressemblent." (61)
Loin d'être un drame, même s'il en conte un, ce livre est d'une douceur attachante et la fin prouve que la vie continue, belle et enchanteresse... Une ode à l'amour, à la vie, alors qu'une grande partie parle de la mort et de la dépression.

Restent les valeurs mises en avant, et l'une d'elles m'a, bien sûr, dérangé : le déni. Heureusement, l'auteur rompt rapidement avec de point. Je n'en dévoilerai pas plus, mais l'auteur a su utiliser ce point avec beaucoup de talent, et cette fois, ce déni ne me pousse pas vers un bémol.


Lola, Simon, les sorcières, et Paul... une belle brochette de personnages vus par les yeux d'un garçon de neuf ans. Leurs réactions sont donc biaisées par ce regard, et j'ai beaucoup aimé la délicatesse de cet enfant fort sage, sa façon de s'immiscer doucement dans la vie de ces adultes, de les observer. De les aimer.

Le personnage atypique de Lilly, belle demoiselle qui aide Simon alors que les adultes se fourvoient dans un déni et des mensonges par omission, est brillant et très réussi.


Le temps est finalement assez court, l’ensemble se déroule en quelques mois que Simon passe chez Lola.

Les lieux se résument à l'appartement familial rue Paul Doumer, à l'appartement de Lola, rue Lamarck, et à une chambre d'hôtel en bord de plage... Le tout étant vu par Simon, ce qui donne des descriptions simples et assez vivantes, comme celle de l'intérieur du frigo.

"Le frigidaire de Lola ne ressemble en rien à celui de papa. Il est presque vide. La pomme verte est toujours là depuis que j'habite chez Lola, mais on dirait qu'elle est plus petite avec une grosse tache sombre un peu menaçante. C'st sûrement un petit ver de terre qui en a fait sa maison." (77) 


Les mots pour : style, intrigue, candeur, rêve

Les mots contre : quelques longueurs

Notation : 15/20



Très jolie lecture, touchante et si réaliste. Dépression, Deuil, et non-dits, sujets difficiles, mais que j'ai trouvé traités avec douceur et efficacité. Un petit bémol, tout de même, c'est parfois un peu longuet.

2 commentaires :

  1. je suis contente que tu aies apprécié :-)

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    Réponses
    1. Merci ^^ C'est un chouette petit bouquin, je ne pouvais que l'apprécier.

      Biz

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