Certaines n’avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka



Éditeur : 10/18 — Nb de pages : 143
Série : / 
Catégorie : Histoire



Julie Otsuka est née en 1962 en Californie.

D'origine japonaise, cette auteure américaine a suivi des études à Yale et Columbia, avant d'écrire son premier roman en 2002 — « Quand l’empereur était un dieu » — évoquant déjà les camps où 110.000 citoyens américains d’origine japonaise ont été internés aux États-Unis après l'attaque de Pearl Harbour. 



Nous sommes en 1919. Un bateau quitte l'Empire du Levant avec à son bord plusieurs dizaines de jeunes femmes promises à des Japonais travaillant aux États-Unis, toutes mariées par procuration. C'est après une éprouvante traversée de l'Océan pacifique qu'elles rencontrent pour la première fois à San Francisco leurs futurs maris. Celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui auquel elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir. À la façon d'un chœur antique, leurs voix se lèvent et racontent leurs misérables vies d'exilées... leurs nuits de noces, souvent brutales, leurs rudes journées de travail dans les champs, leurs combats pour apprivoiser une langue inconnue, la naissance de leurs enfants, l'humiliation des Blancs... Une véritable clameur jusqu'au silence de la guerre et la détention dans les camps d'internement – l'État considère tout Japonais vivant en Amérique comme traître. Bientôt, l'oubli emporte tout, comme si elles, leurs époux et leurs progénitures n'avaient jamais existé.




J'ai découvert ce livre en farfouillant dans la Pal de Unchocolatdansmonroman, à l'occasion du LPDA de ce trimestre. Peu de temps après, elle le lisait et son article m'a titillé. Alors, lorsqu'elle a proposé de faire voyager ce court roman, je n'ai pas hésité. Je la remercie ici pour cette belle découverte. 


Comme le dit le résumé, ce livre narre l'arrivée aux States de femmes japonaises, mariées d'avance, et leur vie dans ce pays inconnu.


La narration est atypique. L’auteure a choisi de parler à la première personne du pluriel et ce nous impose une intégration, une identification, une appartenance au groupe qui vit ces événements, les subits, parfois. Je n'ai pas été particulièrement dérangée par ce choix narratif, mais, comme j'avais lu l'article d'Unchoco, je savais ce que j'allais découvrir.

Alors, certes, par moment, on peut regretter un manque de personnification. L'auteure passe d'une de ces femmes à l'autre, accumule de courtes phrases, de courts vécus et continue dans un flot incessant, vers d'autres bribes de vies. On n'a pas le temps de s'attacher aux personnes, pas le temps de voir évoluer une situation, pas de nouvelles de cette petite fille née quelques jours après l'arrivée, tout se mêle, s’emmêle et c'est réellement la présentation globale qui prime. Comme une photographie de groupe, masquant les individualités, montrant l’éphémère d'un coup de projecteur.

Pourtant, ici, pas de beaux habits du dimanche, l'auteur à choisi des jours ordinaires. Des instantanés d'un passé, des points pourtant primordiaux dans la vie d'une femme, mais noyés dans une histoire globale, ramenée à des faits d'une effroyable banalité. Première nuit, après des noces consacrées à la va-vite, premier enfant, né sans s'attendrir, car il faut continuer le travail des champs... la vie et la mort, montrées côte à côte, sans s'émouvoir, sans plainte, sans rire.
« Nous voilà en Amérique, nous dirions-nous, il n'y a pas à s’inquiéter. » (27)
Car, ces femmes vont vite déchanter. L’Amérique vendue par prospectus n'est pas celle qu'elles vont vivre. Et les maris épousés n'ont rien des apollons que les photos présentaient...
« Que ces hommes massés aux casquettes en tricot, aux manteaux noirs miteux, qui nous attendaient sur le quai, ne ressemblaient en rien aux beaux jeunes gens des photographies. Que les portraits envoyés dans les enveloppes dataient de vingt ans. » (26)
Le court roman est découpé en huit chapitres de taille variable suivant le sujet abordé. Ainsi, la première nuit est traitée en trois pages, ce qui est largement suffisant, alors que les enfants, de leur naissance à leur vie d'adulte, obtiennent une vingtaine de pages. Si l'arrivée et la vie de ces femmes, de leurs enfants ont été bien menées tout au long des années traitées, je suis restée pantoise face au dernier chapitre.

Autant la déportation, ses causes, son déroulement, la montée de la peur sont montrés avec talent, autant le livre s'arrête sans explication, sur un court chapitre présentant l’effroi et le questionnement des Américains face au devenu de ces Japonais. Toutefois, elle n'apporte aucune réponse ! Que sont-ils devenus ? Où sont'ils passés ?
« Tout ce que nous savons c'est que les Japonais sont là-bas quelque  part, dans tel ou tel lieu, et que nous ne les reverrons sans doute jamais plus en ce bas monde. » (139)
L'autre roman de l'auteure traite justement ce sujet, et elle n'a certainement pas voulu réécrire, redire tout cela. Mais je suis donc restée sur ma faim. J'ai donc effectué des recherches sur le sujet, et je vous laisse la possibilité de cliquer sur les liens suivants et lire quelques pistes de réflexion sur ces Japonais déportés : ici et .


Il n'y a pas de personnages à faire ressortir, puisqu'il n'y a pas de héros dans ce livre et que toutes les femmes de cette histoire le sont. Pourtant, les personnes apparaissent au fil des mots, avec leurs caractéristiques communes, ces cheveux noirs typiques, mais chacune apporte ces différences, son caractère, ses épaules larges, sa taille menue...

Et puis, la deuxième génération et sa mixité, son intégration. Toujours vue depuis ces femmes, ces mères.


Le roman décrit une trentaine d'années (environ 1910 — 1942) et de nombreux lieux, bien que cela se concentre sur la bande côtière des States, environ une centaine de kilomètres, côté Pacifique.


Les mots pour : style, sujet, Histoire.

Les mots contre : la fin qui m'a laissé sur ma faim,

Notation : 15/20



Un drôle de roman. Je connaissais avant de le lire, le sujet et surtout le mode narratif, je n'ai donc pas été étonnée, et, surtout j'ai bien aimé. Même si cela donne un petit aspect impersonnel, qui fait grandement relativiser le vécu de ces femmes. C'est un peu dommage, leur sort devient presque lassant, trop éloigné de nous.

1 commentaires :

  1. je suis contente que tu aies apprécié cette lecture malgré son côté original. J'aime bien de temps en temps me plonger dans une lecture atypique ;) Pour la fin je ne sais pas si c'est l'explication mais je crois qu'on a voulu nous laisser un peu comme ces femmes qui ont du tout abandonner pour partir, dans l'urgence, sans savoir pourquoi, pour combien de temps ...

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