La lettre de Conrad de Fred Uhlman

Une lettre posthume pour une publication après la mort de l'auteur. Voici ce que nous narre Fred Ulhman dans cette magnifique lettre de Conrad adressée par un condamné à mort a son ami juif, qu'il a trahi lors de leur adolescence.


Éditeur : Éditions Magnard (Classiques & Contemporains)

Nb de pages : 138

Série : / 

Catégorie : Classique — histoire

Traducteur : Béatrice Gartenberg.

Pourquoi ce livre ? 

Ce livre a été lu dans le cadre de mon ABC 2016.

Ce bref et bouleversant roman, une suite de L'Ami retrouvé — qui valut à Uhlman sa célébrité — ne fut publié, à la demande de l'auteur, qu'après sa mort. Quelques jours avant d'être exécuté en 1944 pour avoir participé au complot contre Hitler, Conrad von Hohenfels écrit à Hans Schwarz, son ami d'enfance. La guerre a séparé les deux adolescents parce que Hans était juif. Dans cette lettre, Conrad tente de justifier ses choix et ses erreurs passées et de demander pardon à Hans avec qui il partagea autrefois tant de moments de bonheur exaltant. 

Bien que les personnages en soient différents Pas de résurrection, s'il vous plaît constituait, dans l'esprit d'Uhlman, une sorte de troisième volet à L'Ami retrouvé et à La lettre de Conrad.


Biographie

Fred Uhlman, né en 1901 à Stuttgart (Allemagne), et est mort à Londres en 1985.

Il était écrivain et peintre britannique d'origine allemande. Mais, bien avant, il fut avocat... après des études de droit, en Allemagne. Il quitta son pays de naissance en 1933 pour venir en France, échappant ainsi au sort des juifs...

Il se consacra à sa passion : la peinture et d'autres petits emplois pour subsister. En 1936, son périple et sa fuite continue : l'Espagne, où il rencontre son épouse, puis le Royaume-uni, où il sera enfermé dans un camp de réfugiés, à cause de son origine allemande !

L'histoire

  •  La lettre d'un condamné à mort, membre de l'armée allemande et du complot contre le Führer.

Mon avis

Lorsque j'ai lu L'ami retrouvé de Fred Ulhman, je me suis fait la promesse de lire ce roman, considéré comme une suite, comme l'autre côté de la pièce, la vision opposée.

C'est chose faite et je suis vraiment contente de ce que j'ai découvert.

Histoire et littérature.

Le premier point que j'aborderai dans cette chronique est la foule de références littéraires amenées par l'auteur. Il cite de nombreux auteurs contemporains de l'intrigue ou bien plus anciens et issus de toute l’Europe. De grands noms sont donc évoqués de Balzac à Dostoïevski en passant par Freud.

Cette richesse donne la sensation d'un individu très instruit, et j'ai bien aimé la partie où il parle justement de l'intelligence, avec une saynète dans son collège et la confrontation aux trois érudits férus de littérature et opéras contemporains, mais incultes lorsque Conrad leur pose quelques questions variées tel que la ville où fut arrêté Louis XVI.

Cette présentation de l’intelligence et des connaissances des uns et des autres reste une partie intéressante, car elle prouve que nous sommes tous le savant de quelqu'un et l'idiot d'un autre. La modestie est donc primordiale.


Naissance d'un nazi.


L'analyse de Fred Ulhman, sur la facilité avec laquelle Conrad bascule dans les jeunesses hitlériennes et accepte leurs idéaux, sacrifiant ainsi son amitié avec Hans Schwarz montre à quel point il est aisé de manipuler les esprits. Ce processus, malheureusement d'actualité, devrait nous guider et nous apprendre à éviter le pire. L'Histoire sert à cela : ne pas rééditer les erreurs. Mais nous oublions vite .

Les remords et la culpabilité dont font preuve Conrad, ses excuses et ses explications, son implication dans le complot — sujet abordé, mais non développé — donnent une vision de l'autre côté du miroir, de la vie d'un jeune homme abusé par des idéaux qu'il reconnaît néfaste par la suite.


Homosexualité ? 


Plusieurs fois, dans le texte, Conrad parle de beauté des hommes rencontrés, de leur physique attirant, de la magnifique prestance du jeune nazi rencontré chez ses cousins. Tous ces éléments m'ont amené sur la voix de l'homosexualité, sans que le pas soit franchi. C’est ma propre vision de cet être et je ne la confronterai pas aux analyses sûrement nombreuses.

Cette sensibilité du personnage déborde dans le texte. Ses mots sont délicats, emplis de cette volonté de pardon. 


Entre filiation et amitié. 


Son regard sur les autres et surtout son conflit avec sa mère, une femme qu'il adule au départ avant de se rendre compte, peu à peu de sa véritable personnalité, de son antisémitisme qui l'a poussé, lui, dans les rangs des SS, place ce court roman dans l'histoire.

L’éducation reçue, confiné dans des pièces avec des tuteurs, et le piège tendu par sa propre mère qui lui fait rencontrer, à 16 ans, de jeunes nazis, écarte Conrad de son amitié avec Hans. Il n'a pas su, à cet âge tendre, entrer en conflit contre elle et s'il parvenait à concevoir sa haine pour un jeune juif et faire en sorte que ces deux personnes ne se rencontrent pas, il ne mesurera que bien plus tard toutes les ficelles et les implications des actes de sa mère.


Vie, mort et religion.


Je terminerai par un petit mot sur la mort, abordée dans plusieurs parties de cette courte lettre, avec la vision de Hans, par exemple, à travers sa religion et ses lectures.

L’acceptation par Conrad, même s'il avoue avoir peur, de son propre trépas dans un avenir proche (l'écriture du texte débute trois jours avant son exécution) m'a dérouté. Ce sera mon unique bémol, je trouve cette partie un peu trop froide.

Au final

Les mots pour : style, Histoire, littérature.

Les mots contre : /

Style : 4/5
Intrigue : 3.5/4
Personnages  : 3.5/4
Écriture : 2 Crédibilité : 2
P principal(aux) : 2.5/3
Narration : 1 Action : 0.5
P secondaires : 1/1
Description : 1 Violence/Tendresse : 1
Temps et espaces : 2/2
Sensation générale : 2.5/3
Rythme général : 2/2
Total : 17.5/20

En bref : Un roman très court et touchant, sur une amitié perdue. Les regrets d'un jeune homme aux portes de la mort. Magnifique texte épistolaire et historique. 

1 commentaires :

Walpurgis a dit…

Il faut que je le lise alors vu ce que tu en dis, ça a l'air beau. j'avais beaucoup été touchée par l'Ami retrouvé.

 

Les mots d'un autre

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"Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi je suis fier de ceux que j’ai lus" [Luis-Borges]

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