D'autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère

" Patrice vit dans le présent. Ce que les sages de tous les temps désignent comme le secret du bonheur, être ici et maintenant, sans regretter le passé ni s'inquiéter de l'avenir, il le pratique spontanément. "
(P283)


J'ai reçu ce livre en partenariat avec les Editions Folio et le site Livr@ddict
Je les remercie de cette magnifique lecture. 

L'auteur

Emmanuel Carrère est né en France en 1957.

Journaliste, scénariste, réalisateur (La moustache dont il a aussi écrit le texte) mais aussi auteur de plusieurs livres, ce touche à tout a obtenu quelques prix littéraires, notamment pour le livre présenté ici.





Le résumé officiel

A quelques mois d'intervalle, la vie m'a rendu témoin des deux événements qui me font le plus peur au monde : la mort d'un enfant pour ses parents, celle d'une jeune femme pour ses enfants et son mari. Quelqu'un m'a dit alors : tu es écrivain, pourquoi n'écris-tu pas notre histoire ? C'était une commande, je l'ai acceptée. C'est ainsi que je me suis retrouvé à raconter l'amitié entre un homme et une femme, tous deux rescapés d'un cancer, tous deux boiteux et tous deux juges, qui s'occupaient d'affaires de surendettement au tribunal d'instance de Vienne (Isère). Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d'extrême pauvreté, de justice et surtout d'amour. Tout y est vrai. 

Editions Gallimard (30 septembre 2010) Collection : Folio - 333 pages - ISBN-13: 978-2070437825


Le film.

Il y aurait un projet de film, qui serait réalisé par Philippe Lioret... avec Vincent Lindon. (Sortie prévue en 2011).

L'histoire

Ce livre m'a touché, ému au point que quelques larmes sont venues se nicher dans mes yeux... et je vais tenter de lui rendre hommage dans une chronique. Je ne suis pas sure de pouvoir rester aussi prude et simple que l'auteur ! C'est un gros coup au cœur, un grand coup de cœur.

Perdre un enfant est pour des parents une des pires choses que l'on puisse imaginer. Perdre un frère, une sœur, fait parti de ces tourments de la vie que l'on tente de calfeutrer au fond de son âme blessée, pour continuer à avancer. Perdre la personne que l'on aime, avec qui l'on a choisi de vivre, d'avoir des enfants...

Tous ces sujets sont cruels de vérité et lorsque j'ai ouvert le livre, je craignais malgré mon envie de le lire, de tomber sur un ouvrage usant de ces malheurs pour s'attirer un public de lecteur. J'avais peur de lire des scènes où les pleurs sont mis en avant, où l'auteur se sert de la misère pour tirer des larmes à ses lecteurs.

Ce livre n'est rien de tout cela. Il est un ensemble de souvenirs de l'auteur qui tente de comprendre ce que vivent ces personnes, proches de lui soit par pur hasard (Delphine, Jérôme et Philippe, rencontrés lors du Tsunami en 2004) soit par les aléas des remariages...

Le premier mot qui me vient, c'est la pudeur. L'adorable pudeur dont fait preuve Emmanuel Carrère dans tout son récit. Il va très loin, dévoile des scènes assez crues, des aveux troublants de la part des hommes et des femmes qui lui ont racontés leurs vécus. Mais c'est fait avec une grande délicatesse, et toujours se questionnement personnel : Et moi, qu'aurais-je fait, qu'aurais-je pensé ?

Emmanuel Carrère a accepté de raconter la mort. Mais, finalement, il nous raconte la vie.  Après les premiers chapitres narrant les événements survenus au Sri Lanka qu'il dépeint sobrement, se retranchant derrière ses propres sensations, ses peurs, ses doutes, il brosse le portrait de Juliette : sa vie, ses maladies, son mariage, ses filles et son travail. Il accorde une très grande part du livre à Etienne, l'ami ou confident de celle-ci (puisqu'il refuse lui même le terme d'ami), a sa maladie atrocement dévastatrice et pourtant surmontée, acceptée, assimilée... puis à Patrice, adorable mari qui sera celui qui reste, qui continue.

Je ne peux pas vous résumer les pages du livre, je ne peux que vous transmettre la sensation générale ressentie, de découvrir des vérités, d'apprendre à comprendre ces vies. J'ai beaucoup aimé les explications données sur le métier de Juliette et d'Etienne, cette sensation qu'elle a su devenir une "grande" juge.

J'ai aimé aussi que ce livre soit écrit si tardivement, quasiment cinq ans après les évènements du Tsunami et qu'Emmanuel Carrère donne des nouvelles de Delphine et Jérôme (par contre, je ne lirai pas le livre de Philippe... Les larmes de Ceylan ), et je regrette un peu de ne pas en avoir de Ruth !

Le style

L'auteur nous donne une leçon de simplicité. Il appelle un chat un chat et un mort, un mort. C'est cru et beau, c'est pourtant doux, tendre, jamais cruel même si le sujet l'est. Pas de mièvrerie, pas de faux pleurs. Pas de sentimentalisme exacerbé.

L'histoire est raconté par lui-même, qui retranscrit les mots, les interviews des autres. Il en tente pas de déformer leurs propos et leur a soumis le manuscrit. C'est affolant de réalisme et ce qui m'a le plus frappé, ce sont les petites annotations d'Etienne.

Il n'y a pas de personnages mais des êtres humains dans ce livre, je m'abstiendrai donc de donner le moindre jugement de valeur à leurs réactions.

Quand au temps, l'auteur nous le dévoile au fur et à mesure et l'explique, lentement, par de petites touches. Six ans s'écoulent dans son récit. C'est le temps qui lui a été nécessaire pour nous donner un tel hommage.


Au final


Comme je l'ai dit au début de cette chronique,  

c'est un gros coup au cœur, un grand coup de cœur. 
&

18 commentaires :

lasardine a dit…

un grand, gros coup de coeur oui, nos avis se rejoignent!
difficile d'en parler tant c'est puissant!

nanet a dit…

C'est un très beau livre que je suis ravie d'avoir lu. Il est effectivement difficile d'en parler, et surtout d'arriver a faire ressortir tout ce que ce livre m'a fait ressentir.

BIz

Cacahuète a dit…

Déjà ?!?! tu ne fais pas trainer les partenariats toi !!!!! ^^
je le commence ce soir... je reviendrais donc lire ta chronique à la fin de ma lecture, j'ai juste lu que c'était un coup de coeur pour toi ça me ravie !!!

nanet a dit…

Oui, il est arrivé au bon moment, je venais de terminer un livre (Dragon Rouge)...et puis, tu verras il se lit rapidement tant il est prenant.

Biz

Hajar a dit…

Bon, il me faut ce bouquin !

mimipinson a dit…

Un livre apprécié lors que je l'ai lu il y a un an.
Il a de qui tenir, sa mère est académicienne, et secrétaire perpétuel de l'Académie. Elle écrit des essais historiques et politiques qui ont pour sujet exclusif la Russie.C'est très intéressant.

laeti a dit…

Je vois que nos avis coïncident...
Je suis ravie d'apprendre aussi qu'une adaptation cinéma est prévue.
Très belle analyse du livre :)

nanet a dit…

@ Hajar, j'espère que tu le trouveras, il est super !

nanet a dit…

@ Mimiponson : j'hésite avec l'Adversaire, mais je suis sure e lire autre chose de cet auteur !

nanet a dit…

@ Laeti : merci.
Pour le film,, c'est encore qu'un projet, à ce que j'ai pu en trouver...

Biz

Nelfe a dit…

J'aime beaucoup cet auteur mais je n'ai jamais lu ce roman ci.
A priori, je passe à côté de quelque chose. La lecture de ton billet et quelques commentaires ici me laisse penser qu'il faudrait que je me le procure au plus vite!

Merci pour ce partage.

nanet a dit…

Oui, c'est un livre à lire, mais attention : émotions fortes...

Biz

Véro a dit…

Le sujet semble dur, je ne sais pas si je vais le mettre dans ma LAL.

nanet a dit…

Le sujet est très dur et même s'il est très bien abordé, il remue les entrailles !

biz

Cacahuète a dit…

ça y'est ! lu et chronique faite ! je te rejoins ! un livre excellent, à lire absolument.....

nanet a dit…

Je suis super contente que tu ais aimé ! je viens lire ton article...

Biz

Yv a dit…

Je n'ai pas aimé ce livre dans lequel l'auteur se met d'abord en scène, totalement impudique et dans lequel il survole les sujets sans jamais vraiment s'y arrêter. Une vraie déception ! Mais je suis un peu seul sur ce coup !

nanet a dit…

@ Yv : J'ai été emporté par cette lecture, et je n'ai pas trouvé que l'auteur se vendait, au contraire. Mais c'est le charme d'un livre, chacun y ressent des choses différentes.
Avez-vous lu autre chose de lui ?

 

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"Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi je suis fier de ceux que j’ai lus" [Luis-Borges]

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