La liste de mes envies de Grégoire Delacourt

" Il n'y a que dans les livres que ml'on peut changer de vie. Que l'on peut tout effacer d'un mot. Faire disparaître le poids des choses. Gommer les vilenies et au bout d'une phrase, se retrouver au bout du monde. "
(P35)


Livre reçu en partenariat des Edition JC Lattès et du site Livr@ddict. 
Je les remercie pour cette adorable découverte. 

L'auteur

Grégoire Delacourt est né en 1960 en France.

Travaillant dans la pub, il décide en 2011 d'écrire des textes plus long que les slogans qui l'ont fait vivre. C'est dès son premier roman, l'écrivain de la famille, un succès...



Résumé officiel


Jocelyne, dite Jo, rêvait d’être styliste à Paris. Elle est mercière à Arras. Elle aime les jolies silhouettes mais n’a pas tout à fait la taille mannequin. Elle aime les livres et écrit un blog de dentellières. Sa mère lui manque et toutes les six minutes son père, malade, oublie sa vie. Elle attendait le prince charmant et c’est Jocelyn, dit Jo, qui s’est présenté. Ils ont eu deux enfants, perdu un ange, et ce deuil a déréglé les choses entre eux. Jo (le mari) est devenu cruel et Jo (l’épouse) a courbé l’échine. Elle est restée. Son amour et sa patience ont eu raison de la méchanceté. Jusqu’au jour où, grâce aux voisines, les jolies jumelles de Coiff’Esthétique, 18.547.301€ lui tombent dessus. Ce jour-là, elle gagne beaucoup. Peut-être.


Le petit plus 




L'histoire

Jocelyne avait une chance sur un million de rencontrer un homme portant son prénom... Et pourtant, elle l'a épousé. Jo. Jo fut son premier amant, son premier amour aussi. Il n'a rien du prince charmant, mais il est réel. Il est là, et parfois même peut se montrer charmant. En tout cas, ils ont su élever à deux, deux enfants, presque trois...alors, que Jo ne soit pas comme dans les films, comme dans les séries TV (Docteur mamour... ) n'a pas vraiment d'importance. Il est son mari. Et même s'il ne lui a dit qu'une seule fois qu'elle était belle, Jocelyne s'en contente. "On se ment toujours". (Première phrase).

Elle vit à Arras, une petite bourgade, loin de l'agitation parisienne et des envies snobinardes. Elle vit dans une petite maison, modeste et tient une mercerie ainsi qu'un blog dixdoigtsdor qui a du succès auprès des femmes de Arras et d'ailleurs. Une vie simple avec des amies, des vacances dans le Sud, et quelques coups de téléphones à ses enfants maintenant grands. Elle se fait du souci pour son garçon, qui a quitté ses études pour suivre une fille (qu'elle n'aime pas, bien sûr) et bosser dans une petite boutique. Elle s'en fait moins pour sa propre fille...

Une vie comme beaucoup de femme vivent, sans réels désirs, sans véritables envies. Sans besoins outranciers, juste celui de continuer à vivre tranquillement.

Enfin si, elle a un désir, un désir humain. Elle voudrait tant que la relation avec son père dépasse les six minutes fatidiques que sa maladie leur impose. Car après tout, la plus belle richesse n'est-elle pas d'avoir du temps ?

Jocelyne va le comprendre lorsque au hasard de la vie, elle accepte de cocher les cases d'une grille de jeu et remporte le pactole.

Mon avis

L'auteur a choisi de raconter la vie de Jocelyne, une femme rondelette, vivant dans une petite ville, pour nous faire mesurer la vrai richesse de la vie et les écueils des désirs. C'est admirablement écrit, avec une grande douceur. On avance à petits pas, chaque passage nous menant un peu plus loin dans la vie simple de Jo et l'on comprend peu a peu ses douloureuses pensées. Ses peines. Sans dramatiser. L'auteur aurait pu tomber dans une histoire mièvre, avec un grand renfort de scènes dramatiques, de pleurs. il joue en finesse sur les sentiments, et préfère les soupirs, les sourires. Le malheur est évoqué en quelques mots, vite dépassés par la vie qui tourne, qui reprend. Et lorsque l'on imagine Jo esseulée dans une vie triste, on la sait souriante dans des bras musclés.

Grégoire Delacourt a choisi de nous faire lire les mots de Jo, de suivre ses pas. Ce choix de narration à la première personne permet d'entrer dans la tête de Jo, de ressentir ses doutes, les affres de sa vie, sa douleur lorsque les six minutes avec son père sont écoulées : "Qui êtes-vous ?" (phrase revenant à plusieurs reprises). Je ne parviens que rarement à entrer dans les personnages, mais là, j'ai plongé. Cette femme, cela aurait pu être moi-même. Et ses songes ont eu un parfum si reconnaissable. Si véritable.

Plusieurs passages m'ont touché, au fil des pages, et je crois que comme Jo, j'aurais eu du mal à me décider. La peur de tout perdre est un sentiment si humain. Car après tout sa petite vie tranquille était déjà une vie.

L'auteur explique grâce au stratagème de la psychologue les risque liés aux gains importants. Ce sont des idées aisément saisissables, et imaginables. Presque parodiques. Mais si l'on reprend un peu le vécu des gros gagnants, des gens devenus rapidement riches, ce sont ces phénomènes qu'ils évoquent : Des demandes émanant de personnes qui tout à coup se sentent vos meilleurs amis, quitte à vous avoir ignoré peu de temps auparavant. Ils perdent vite la mémoire... les pique-assiettes.

Du coup, le choix de Jo, son abstinence, ses petites listes, sont plus que compréhensible. Elle prend le temps. Elle se remémore des moments du passé où elle a été heureuse, ne serait-ce que quelques heures. D'autres où au contraire le malheur était la seule émotion. Ces allez-retour dans sa mémoire, amenés par un souvenir, puis traités au passé avec du présent lors des actions, donne du rythme au livre et nous pousse vers les pages suivantes. Jamais l'auteur ne tombe dans la morosité. Jamais il n'use d'un seul temps le long d'un paragraphe alternant la narration au passé et au présent.

Il fera une seule incartade pour évoquer, sur un chapitre, le devenir de Jocelyn. La narration devient extérieure et cette troisième personne nous éloigne. Les évènements sont là pour que nous puissions saisir le comportement de cet homme. Mais l'histoire est raconté avec un certain détachement. Il est assez facile de juger cet homme, son acte, ses actes. L'auteur nous les dévoile puis revient au présent, revient à la première personne, et nous tournons la page.

Les personnages de cette belle aventure humaine sont des êtres aux vies simplement riches de sens, d'amour, d'illusions perdues, d'amours évanouis. Les soeurs Françoise et Danielle sont des havres de paix, de joie pour notre Jo, elles sont ses mentors et ses débitrices, elles sont ses véritables amies. Leur histoire, racontée elle aussi au fil des pages, par petites touches, est amusante et triste. Leur amour fraternel a éloigné tous les amants potentiels. Leur couple vit cette osmose, bien que leurs désirs d'homme, de contact charnels flotte entre elles. Jo les a comprise. Elle les aime ainsi et respecte ce choix de vie. Elles sont son souffle, son rire du midi... des petits moments volés à la routine d'un couple épuisé par le temps, les non-dits.

Certes on pourrait reprocher à l'auteur des femmes caricaturales, avec ces deux jumelles et leur liaison symbiotique. Mais il a évité les pièges et ces deux personnages ne sont là que pour pousser Jo, lui faire prendre conscience que la vie peut continuer malgré les manques. Comme cette autre femme, rencontrée grâce au blog, et qui perd son enfant. Car cela aussi c'est la vie. Et Grégoire Delacourt n'oublie pas ces moment là, n'oublie pas la détresse des femmes, leurs douleurs.

Il ne puise pas dans ces histoires, il ne nous entraîne pas dans des pages sombres, douloureuses. Il évoque, délicatement les sujets graves, sans voyeurisme, sans apitoiement. Jo est une femme douce, heurtée par la vie et ce qu'elle donne elle le fait vraiment. Il en va de même pour ce qu'elle voit. Pas de longues tirades descriptives. Quelques mots suffisent à évoquer un lieu, à tracer l'esquisse d'un personnage. Je n'ai pas gardé souvenir des soeurs jumelles... qu'elles soient blondes, brunes, rousses n'a pas d'importance. Elles sont gaies, elles sont vibrantes, elles sont présentes.

Un livre étonnamment complet en 200 pages, évoquant la vie, le temps, l'amour. Je terminerai cette présentation par un petit extrait glané sur un texte reçu dernièrement. (pas d'auteur connu)

"Chaque matin, au réveil , nous sommes crédités de 86400 secondes de vie pour la journée, et lorsque nous nous endormons le soir, il n'y a pas de report. Ce qui n'a pas été vécu dans la journée est perdu, hier vient de passer. Chaque matin, cette magie recommence. Nous jouons avec cette règle incontournable : la banque peut fermer notre compte à n'importe quel moment, sans aucun préavis ; à tout moment, la vie peut s'arrêter. Alors qu'en faisons-nous de nos 86400 secondes quotidiennes ?"


Carpe diem. 

Trois mots

Trois mots pour : amour, vie, délicatesse.

Pas de mots contre.


Au final 


Un livre qui se lit rapidement, tant les mots de l'auteur nous poussent vers la découverte. L'histoire d'une vie, d'un désir. Très belle découverte. 

5 commentaires :

kincaid a dit…

Un très beau livre !

nanet a dit…

C'est bien vrai ^^

FaFa a dit…

Magnifique critique ! je viens d'écrire la mienne avant de la taper, je suis minée ^^. C'est tout ça effectivement, l'amour plus fort, l'argent-bonheur (soi-disant) et tout ça d'une simplicité et d'un réalisme très touchant.

Miss Bunny a dit…

tu en parles magnifiquement bien. et tu expliques mieux que moi ce que j'ai ressenti en le lisant.

nanet a dit…

Merci. C'est un livre touchant, je viens de relire ma chroniques (^^) et l'ambiance, les mots resurgissent. C'est vraiment à découvrir.

Biz

 

Les mots d'un autre

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"Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi je suis fier de ceux que j’ai lus" [Luis-Borges]

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