Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez


« Les efforts qu'il déployait pour systématiser les présages étaient inutiles. Ils se présentaient d'un seul coup, en un éclair de lucidité surnaturelle, comme autant de moments de certitude absolue et éphémère, mais insaisissable. »
(P151)


L'auteur


Gabriel José de la Concordia García Márquez est né en 1927 en Colombie.

Écrivain et journaliste, il est à lui seul un mouvement littéraire : le « réalisme magique ». Il est devenu célèbre grâce à son roman « Cent ans de solitude » (1967) qui déjà mêle une fresque familiale, un roman politique ainsi qu'un récit fantastique.

Ses textes étant mal perçus par les autorités colombiennes, il a passé une partie de sa vie en exil (Europe, Cuba et au Mexique). Il se fait alors connaître pour son engagement auprès des causes révolutionnaires et son soutien au régime castriste.

Un an après la sortie de « Chronique d'une mort annoncée », Gabriel Garcia Marquez reçoit le prix Nobel de littérature, un prix qui vient couronner une œuvre exceptionnelle, en perpétuel renouvellement.

Résumé officiel

Une épopée vaste et multiple, un mythe haut en couleur plein de rêve et de réel. Histoire à la fois minutieuse et délirante d'une dynastie : la fondation, par l'ancêtre, d'un village sud-américain isolé du reste du monde ; les grandes heures marquées par la magie et l'alchimie ; la décadence ; le déluge et la mort des animaux. Ce roman proliférant, merveilleux et doré comme une enluminure, est, à sa façon, un Don Quichotte sud-américain : même sens de la parodie, même rage d'écrire, même fête cyclique des soleils et des mots.

Le petit plus

Un très beau site sur le livre (en espagnol) 100 Anos de soledad

L'histoire

Épopée de la famille Buendia sur sept générations, en parallèle à la vie d'un village, Macondo, d'un pays... acculée à vivre cent ans de solitude par la prophétie du gitan Melquíades

Mon avis

J'ai déjà lu quelques œuvres de G Garcia Marquez, et, à chacune d'elles, j'ai été emportée par la plume de cet auteur plus que talentueux. Le seul présenté sur ce blog, De l'amour et autres démons, a même été l'un de mes coups de cœur 2012. Ici, avec ce roman considéré comme l'un des meilleurs du siècle dernier (1967) je m'attaquais à du « lourd » ! Quelques personnes m'ont avoué ne l'avoir jamais terminé ou au contraire l'avoir adoré. J'avais donc un peu de pression...

Mais la magie a encore fonctionné !

Je vais tenter de rester objective, ce qui n'est pas gagné. Et du coup, je vais commencer par les points noirs, les petits riens (vraiment) qui m'ont (presque) dérangé : deux ou trois longueurs, vers le milieu du livre, et la guerre d'Auréliano, même si elle est importante dans ce livre, même si elle donne une réalité extérieure à ce village.

Car tout le reste, la redondance plus que volontaire des vies, des destinées, les cent ans de solitude partagés par ces êtres, leurs souffles mourants, la chaleur de leurs étreintes, les parallèles amoureux, les richesses suivies de ruines, tant morales que physiques, tout est magnifiquement porté par la plume divine de l'auteur.

Alors, oui, on peut critiquer ces phrases parfois si longues que l'on se perd en conjectures. Je noterai le monologue de Frenanda de la page 361 à la... 364 ! en une seule et unique phrase (que je ne citerai pas : trop longue ^^) qui traduit les pensées d'une femme, sa vie, tous les tourments qu'elle a accumulés, incomprise par ces gens, cette belle-famille qui ne l'a jamais totalement accepté et qu'elle-même a eu du mal à comprendre, accepter... cette litanie, longue et pourtant si facile à suivre, évoque toute la situation du passé, au futur, peut-être, de cette famille, rappelle des événements du point de vue unique de cette femme pieuse et tourmentée par une tradition séculaire, outrée par les qu'en-dira-t-on, et choquée par les us en cours dan cette demeure, où tout est permis, même des relations physiques avant mariage. C'est un plaidoyer d'une femme que le mari a ouvertement trompée, lui donnant l'argent d'un ménage riche, en compensation d'un silence, et surtout d'une tranquillité de couche.

Ces personnages sont brillants d'humanisme, et parfois de folie. Derrière chacun, l'auteur a semé des troubles, des doutes, des petites parcelles de vie : l'un est un génial trouve-tout, l'autre un conquistador dénué de moralité, l'autre un joueur invétéré, adultère et pourtant fidèle... mais parmi tous ces êtres, ce sont les femmes que Gabriel Garcia Marquez a mises en exergue. Elles sont si différentes alors que les hommes, volontairement, sont similaires. Elles apportent la force de caractère, la foi (en l'homme, en Dieu, en d'occultes traditions...) Elles sont appréciables ou détestables, ce qui reste un sentiment ressenti, donc une qualité de personnage.

La redondance des faits, des prénoms, qui peut déranger certains lecteurs m'a amusée. L'auteur c'est joué de ces familles où les enfants portent le nom du père... et le nombre de « juniors » de ce livre est effarant, puisque sur les cent ans de l'histoire, ils sont légion à se nommer soit Auréliano, soit José Arcadio.

Je me suis amusée à réaliser un petit arbre généalogique de la famille Buendia, depuis les créateurs du village de Macondo, Josa Arcadio et Ursula, sur sept générations jusqu'à Auréliano. Afin que vous ne soyez pas choqués par cet arbre (unique spoiler de cet article), je dirai juste que les derniers protagonistes ignoraient être de la même descendance !...  Certes sans avoir lu le livre, je doute que cela vous apporte beaucoup, mais je voulais vous montrer à quel point l'auteur a joué sur les aller-retour, sur les noms, sur les croisements...

L'histoire globale peut se situer dans le temps (entre la moitié du xixe siècle et la moitié du xxe), dans l'Histoire de la Colombie, mais le fait que les événements se répètent donne l'illusion d'une redondance, d'une éternelle répétition. Les personnages du début sont réincarnés dans d'autres personnages portant le même nom et surtout ayant la même personnalité ! L'auteur aborde des thèmes forts : inceste, religion, et bien sûr la solitude. Cette fameuse solitude liée à l'incapacité des personnages à aimer les autres, et qui sera la cause de la destruction finale, lorsque, enfin, deux d'entre eux vont s'abroger le droit d'aimer.

Je terminerai par la classification de ce roman en réalisme magique, comme tous ceux de Garcia Marquez. Le livre pourrait se classer en contemporain, pour la grande majorité de l'histoire et comporte même des faits réels, historiques, comme les guerres civiles entre partis politiques ou encore le massacre des bananeraies (1928). Mais, ce livre trouverait aussi sa place en fantastique pour quelques petites anormalités, ou libertés avec la nature, ou encore des événements étonnants. Melquíades, le gitan du début de l'histoire, celui qui prophétisera les cent ans de solitude, pourrait à lui seul justifier cette classification... on gravite donc, au long des pages, en réel et inventions rocambolesques, pour mon plus grand plaisir ! 

Bilan en quelques mots

Les mots pour : style, apports fantastiques, apports historiques, épopée

Au final 

Cent ans d'une famille, d'un village, d'une maison, cent ans d'une destinée et la solitude de chacun au milieu des autres. De la magie des mots, des hommes, des amours, de l'amour des uns, à la haine des autres, de la folie d'aimer à celle d'exister... et ce talent fou d'auteur qui nous emporte, nous fait sentir, adorer les uns, détester les autres, puis, tout bouleverser pour recommencer. J'aime.

Livre lu dans le cadre du challenge ABC 2013

4 commentaires :

stephanie-plaisir de lire a dit…

ton billet est alléchant sur de nombreux points mais les passages sur les longueurs et redondances risquent de me démoraliser rapidement....
par contre je viens de lire ton billet sur De l'amour et autres démons et là ça me plaît davantage. je me laisserai plus volontiers tenter par ce dernier.

nanet a dit…

Je pense sincèrement que pour découvrir cet auteur, De l'amour et autres démons est bien plus accessible !

Biz

Le Marginal Magnifique a dit…

Pour ma part je trouve ce roman très surfait et peu brillant, certes bien écrit et témoignant d'une belle puissance narrative chez son auteur, mais totalement creux.

Gabriel Garcia Marquez a une imagination foisonnante, mais quel intérêt ? Où est le génie ? Le livre ne présente aucune structure construite, il n'y aucun fil conducteur, aucune analyse psychologique, nous sommes en présence de faits imaginaires relatés avec une densité décourageante, qui plus est sans beaucoup d'humour ni beaucoup d'esprit...

D'ailleurs Marquez a dit lui-même ne pas comprendre le succès de ce livre en particulier : "La plupart des critiques ne réalisent pas qu'un roman comme Cent ans de solitude est un peu une blague". Certains livres sont hissés au panthéon de la littérature mondiale et parois cela reste énigmatique, voire injustifié. Non, non, je ne trouve pas ce livre brillant...

Préférez l'œuvre de Tolstoï qui relève véritablement du génie !!!

nanet a dit…

Je préfère ce que je veux, premièrement, mais c'est vrai que Tolstoï à une belle plume, aussi.

Je trouve votre commentaire intéressant (dommage que vous postiez le même sur tous les articles de ce livre, vous perdez un peu de crédit) mais, je dirai que ce livre est plein d'humour, justement, puisque l'auteur créé cette boucle de devenir pendant cent ans avec les mêmes vies, les mêmes écueils. C'est très amusant.

Mais, fort heureusement, les livres sont là pour nous faire rêver et sont tous différents. De surcroît, ce sont les critiques qui trouvent des significations cachées aux textes... les auteurs, eux, se contentent d'écrire ^^

En vous remerciant de votre venue, et en vous assurant que je relirai Tolstoï (qui écrit, c'est vrai, vraiment bien) ainsi que Marquez (dont je vous conseille de lire d'autres magnifiques ouvrages), biz, nanet

 

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"Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi je suis fier de ceux que j’ai lus" [Luis-Borges]

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