Le quatrième mur de Sorj Chalandon



Éditeur : Le Livre de Poche - Nb de pages : 329
Série : / 
Catégorie : Contemporain





Sorj Chalandon est né en 1952.

C'est un journaliste français qui a couvert de nombreux conflits et un écrivain souvent primé (Prix Médicis, Grand Prix du roman de l’Académie française, Prix Goncourt...).




« L'idée de Sam était belle et folle : monter l'Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé. Samuel était grec. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m'a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l'a fait promettre, à moi, petit théâtreux de patronnage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m'offre brutalement la sienne... »




Ce livre entre dans la sélection 2015 du prix des lecteurs du Livre de Poche.

C’est aussi, du coup, ma lettre C pour l’ABC option A.



Georges se retrouve au beau milieu des combats, au Liban, suite au projet un peu fou de son ami Sam. D’abord dubitatif, il va vite se prendre au jeu...


Lire un livre que l’on n’a pas choisi offre, déjà, l’objectivité du regard, et supprime les attentes, que l’on peut avoir. Objectivité qui, en quelques mots, peut être faussée. Ainsi, lorsque j’ai reçu ce roman, avec les deux autres de la sélection de février 2015, je l’ai posé dans la pile, mais un coup d’œil à la quatrième page l’avait poussé vers le milieu de pile, avec un sentiment préconçu : Antigone pendant la guerre, bof.

Mais, j’ai ouvert ce livre, finalement, sans a priori, et j’ai plongé. Car, ce texte prend aux tripes et nous amène au cœur de la guerre, tout doucement, après quelques émois politiques Parisiens ou Grecs.

Georges, militant convaincu, étudiant perpétuel, se voit confié par son ami, le parrain de sa fille, Sam, depuis sont lit d’hôpital une drôle de mission : monter Antigone d’Anouilh au Liban, en plein cœur de la zone de combat. Sam voit cette pièce, jouée là-bas, comme une parenthèse, un moment hors du temps où toutes les ethnies pourraient communier autour d’un texte, d’une idée. Il a déjà choisi les auteurs, il ne manque plus que les répétitions...

Alors, Georges accepte. Et c’est sa vie que nous montre ce livre, une vie d’homme qui comprend au fil des pas, semés de poussière d’obus, qu’Antigone peut être lue différemment, suivant son camp, ses convictions. Pour les chiites, Créon (le roi) est la puissance, l’homme qui remet cette femme à sa place (Antigone). Pour les chrétiens, il incarne l’honneur, et œuvre dans l’intérêt de tous. Deux religions opposées, réunies un instant par un seul personnage. Au détriment des femmes, certes, mais c’est un autre sujet, abordé aussi, dans ce livre majestueux avec douceur et délicatesse.

Et Georges, peu à peu, changera aussi sa façon de lire ce texte, éclairé par les lumières du Liban en proie aux armes. Lui, le militant qui a un jour peint un drapeau Palestinien sur un mur, lui qui a subi les coups de matraque et qui en a donné pour des idées voit ces hommes et ces femmes se battre et tangue. Finalement, la violence est-elle une solution ?

Antigone ne représentait rien, juste une pièce de théâtre jouée déjà en temps de guerre et dans laquelle peu à peu il va trouver des échos, des voix. Et l’allégorie entre pièce et réalité est touchante.

Alors, bien sûr, cela se passe au milieu des combats et l’auteur ne nous épargne rien, les morts, les murs défoncés, les enfants égorgés, les voitures en charpies, les femmes violées, le sang et les vomissements, les odeurs de phosphore ou de putréfaction. Cette réalité crue, magnifiée par un style simple, aux phrases courtes, efficaces, sans artifices, sans métaphores, vous saisit et vous donne l’envie de pleurer ces êtres sacrifiés pour un bout de terre, et des religions différentes.

Et qu’il est beau ce passage où Antigone/Imane et Créon/Charbel se regardent sans un mot, sachant qu’ils ne se reverront plus, lui, le chrétien, elle, la Palestinienne. En un autre temps, un autre lieu, un amour aurait-il pu naître ?

Bref, un texte sur le respect, sur l’amour oublié. Avec des mots justes, touchants, violents lorsque l’Histoire l’impose, et ce sentiment cruel d’être parmi eux, de sentir ces horreurs décrites. J’ai souri, j’ai grincé des dents, j’ai réagi à cette lecture, et, rien que pour cela, ce texte est mon coup de cœur de ce début d’année.

Georges est froid, au début, puis se met à vibrer. Et, ces vibrations créent une réminiscence dans le lecteur, l’emportent, lui donnent le sentiment de vivre ces événements. Ses choix, ses peurs, ses convictions anéanties, tout est si facilement compréhensible, acceptable, vécu.

Je mettrais un tout petit bémol pour le personnage d’Aurore, finalement très absente du roman. Sa réaction au retour de son époux, meurtri par la guerre, tant physiquement que psychologiquement n’est pas assez détaillée. D’un autre côté, c’est Georges qui raconte, et donc, il était difficile de traduire les pensées d’Aurore.


On replonge dans les années 80, avec le conflit du Liban. Les lieux sont décrits brillamment, on sent la patte du journaliste qui a vu des zones de guerre, ces atrocités et à un talent certain pour les conter.


Les mots pour : Le style, le sujet, les personnages, l’utilisation de la pièce Antigone.

Les mots contre : la violence de certaines scènes, bien que nécessaire à la compréhension de la situation.

Notation :

Style (sur 5) 4 Intrigue (/4) 4 Personnages principaux (/3) 2,5
Style 2 Crédibilité 2 Personnages secondaires (/1) 1
Narration 1 Action 1
Description 1 Violence/tendresse 1 Temps et espace (/2) 2
Sensation générale (/3) 2,5 Rythme général (/2) 2 Total (/20) 18



Coup de cœur ! Ce livre m’a pris par les tripes et je n’ai pas pu le poser tant qu’il restait des mots à découvrir. Je ne connaissais pas l’auteur, je vais lire autre chose de lui !

2 commentaires :

Léa TouchBook a dit…

J'aimerais beaucoup le lire :)

stephanie-plaisir de lire a dit…

et bien tu vois le sujet ne me tentais pas du tout (mais alors pas du tout !!!). mais ça c'était avant -ton billet !!!)

 

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"Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi je suis fier de ceux que j’ai lus" [Luis-Borges]

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