Kirinyaga, une utopie africaine de Mike Resnick


Un monde recréé, où des hommes et des femmes vivent selon des traditions ancestrales, peut-il exister sans évoluer ? C'est le sujet principal de ce recueil : Kirinyaga, une utopie africaine de Mike Resnick.


Éditeur: Denoël

Nb de pages : 416
Série : / 
Catégorie : SF- Nouvvelles

Traducteur : Olivier Deparis


Pourquoi ce livre ? 


Ce livre m'a été offert par les Editions Denoël,
que je remercie vivement.

Il entre dans mon Challenge ABC 2015


Kirinyaga, c'est le nom que portait le mont Kenya lorsque c'était encore la montagne sacrée où siégeait Ngai, le dieu des Kikuyus. C'est aussi, en ce début du XXIIe siècle, une des colonies utopiques qui se sont créées sur des planétoïdes terraformés dépendant de l'Administration. 
Pour Koriba, son fondateur - un intellectuel d'origine kikuyu, qui ne se reconnaît plus dans un Kenya profondément occidentalisé -, il s'agit d'y faire revivre les traditions ancestrales de son peuple. Tâche difficile. 
Que fera Koriba, devenu mundumugu, c'est-à-dire sorcier de Kirinyaga, quand une petite fille surdouée voudra apprendre à lire et à écrire alors que la tradition l'interdit ? Ou lorsque la tribu découvrira la médecine occidentale et cessera de croire en son dieu, et donc en son sorcier ? L'utopie d'une existence selon les valeurs du passé est-elle viable dans un monde en constante évolution ?



Michael Diamond Resnick est né en 1942 à Chicago.

Auteur de romans et nouvelles de science-fiction, une partie de sa production littéraire est inspirée par l'Afrique




Est-il possible de recréer un mode de vie tel qu'il était et de le garder stable ? C'est le sujet de ce recueil de nouvelles. Il comprend :

  • Une matinée parfaite en compagnie de chacals (Prologue). 
  • Kirinyaga. 
  • Toucher le ciel. 
  • Bwana. 
  • La manamouki. 
  • Le lotus et la lance. 
  • De vagues connaissances. 
  • Quand meurent les vieux dieux. 
  • À l'est d'Éden (Épilogue). 

L'écriture de ce livre est vraiment très agréable à lire. L'auteur marie une narration intérieure avec des passages de narration extérieure lors des histoires racontées par Koriba, le personnage principal. Ajoutez à cela des descriptions simples mais belles de ce pays fictif ressemblant à une savane africaine, des sujets traités avec sagesse, sans jugement et vous comprenez pourquoi ce roman a été grandement primé.  

De l'art des mots


Mike Resnik jongle avec les mots avec un talent assez incroyable. Les nouvelles abordent des sujets parfois durs, mais son écriture fine et travaillée fait passer ces passages en douceur. Ce que je ne peux qu’apprécier. 

Il a ajouté à ses textes des mots en Swahili, tels que Boma (case), Jambo (bonjour), Mundumugu (sorcier) qui donnent au texte une grande crédibilité. L'apport restant limité, le lecteur n'a pas d'effort à fournir pour comprendre ces mots et ne sature pas. 

L'Utopie


Une utopie est, de par sa définition, irréalisable.
Construction imaginaire et rigoureuse d'une société, qui constitue, par rapport à celui qui la réalise, un idéal ou un contre-idéal. [larousse.fr]
C'est pourtant ce que vont tenter de réaliser les hommes et femmes qui ont accepté de suivre Koriba sur une planète reconstituée - nous sommes en 2123 - où le climat et la faune correspondent à celle existant au pied du mont Kirinyaga. Certains animaux, malheureusement disparus, comme le lion, l'éléphant ou encore le léopard n'ont pu être intégrés à cette création, mais d'autres tout aussi dangereux ont été apporté : la hyène, le crocodile, les serpents...

Ces hommes fuient un Kenya qui ne leur plaît plus, trop mécanisé, trop pollué et où les hommes ont troqué les traditions pour des téléphones et de l'argent. Leur but est de vivre selon les traditions ancestrales Kikuyu, leur peuple, évitant tous les apports des Européens.

De la nouvelle au roman


Tout au long des nouvelles, qui s'étendent sur 15 ans, Koriba va se battre pour faire respecter les lois et traditions des Kikuyu. Sa tache sera particulièrement difficile puisque toutes les sociétés évoluent, peu à peu, avec les découvertes faites par les hommes.

Sans compter que certains membres de sa communauté vont accéder au savoir, grâce à son ordinateur (le seul en relation avec l'administration qui gère les planètes ainsi récréées) et venir perturber les idées de leur peuple.

L'ensemble des nouvelles créé un texte cohérent, comme les chapitres d'un roman.

Des sujets durs


Mike Resnik nous raconte, au cours des 9 nouvelles du recueil, les différentes situations auxquelles Koriba va devoir faire face. Il aborde des sujets très durs et parfois choquants pour nos idéologies européennes comme l'excision ou encore la mise à mort d'un bébé né par le siège et, donc, porteur du démon. Il ne juge jamais et expose les traditions. Cela permet de poursuivre la lecture sans être traumatisé.

D'autres thèmes sont abordés, au fil des nouvelles : la position de la femme, la jalousie, l'acceptation d'immigrants, la difficulté de s'intégrer, le suicide... l'évolution de la société malgré tout.

Des contes


Pour chacune de ces situations et chaque fois qu'un événement se produit, Koriba, raconte un conte en transposant la réalité. Il utilise des métaphores et pousse les enfants à réfléchir.

Ces textes, très poétiques, contribuent à la beauté de ce roman.


Koriba porte le roman. C'est un personnage convaincu de sa mission et faisant respecter les lois et traditions ancestrales. Il réfléchit, pourtant, et sait que ses décisions perdent un peu d'humanité, mais son Utopie est plus importante que quelques hommes sacrifiés. Cela peut donner de lui une image un peu froide, voire "méchante" mais il garde un seul objectif : Kirinyaga doit rester la même. Il fait preuve de beaucoup d'inventivité pour y parvenir.

Ndemi, l'apprenti de Koriba, est très intéressant. Son évolution au fil des nouvelles est passionnante à suivre.

Les autres personnages sont traités avec talent. Pour ceux qui apparaissent sur plusieurs nouvelles, leur caractère est stable, même s'il est limité à quelques interactions. Ceux qui apparaissent sur une seule nouvelle sont détaillés et complexes.



Les mots pour : Style, personnage de Koriba, Utopie, contes, descriptions, sujets abordés.
Les mots contre : Quelques sujets un peu durs pour nos idéaux européens

Notation :

Style (sur 5) 4 Intrigue (/4) 3 Personnages principaux (/3) 3
Style 2 Crédibilité 1,5 Personnages secondaires (/1) 1
Narration 1 Action 0,5
Description 1 Violence/tendresse 1 Temps et espace (/2) 2
Sensation générale (/3) 2 Rythme général (/2) 2 Total (/20) 17


Un magnifique recueil lut avec passion, tant le style de l'auteur m'a conquise. Certains sujets peuvent choquer mais l'auteur a su les aborder sans jugement.


2 commentaires :

Mypianocanta a dit…

Il est déjà dans ma liste d'envies grâce à Lelf et MJ mais là tu me donnes encore plus envie de le lire. Hop je le mets dans les achats prioritaires :D
Merci pour cette belle chronique !

nanet a dit…

C'est vraiment un livre passionnant que j'ai lu avec grand plaisir. Mais attention, la deuxième nouvelle est très dure, ne te laisse pas impressionner et poursuit la lecture.

Le livre contient une autre série de nouvelles que je garde pour plus tard, sur le Kilimandjaro.

bises

 

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"Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi je suis fier de ceux que j’ai lus" [Luis-Borges]

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